Les jeunes et l’Entreprise: deux mondes qui se cherchent encore

Déjeuner avec six étudiants grenoblois, en première année d’école d’ingénieurs et de gestion … Objectif de cette rencontre: parler « entreprise », échanger sur ce monde qu’ils appréhendent mais qu’ils désirent connaitre. Et puis aborder ensemble le parcours professionnel…idéal.

Le début de l’entretien fut classique, ce qui est assez compréhensible. Déjeuner avec le Président d’une entreprise, comme première plongée dans le monde professionnel, en aurait bloqué beaucoup : mais ils sont à l’aise, curieux, sincèrement positifs sur l’apport que peut avoir cet échange pour eux. Des regards sérieux, attentifs et des sourires. Je m’en étonnerais presque, je leur dis mon bonheur d’être avec eux car cette confrontation « positive » m’intéresse au plus haut point.

Ce qui me surprend d’abord c’est l’importance qu’ils accordent à leur engagement associatif… Je les vois passionnés, érigeant une belle conviction et un vrai engagement qui ne dément pas ce qui semble caractériser cette génération dite Y.

Et puis ils me disent, qu’au-delà de leur passion, il y a ce qu’il en feront « après » : on leur a beaucoup dit que cet engagement serait un bon point dans leur dossier d’embauche… faisant ainsi un joyeux amalgame entre enthousiasme et réelle expérience professionnelle… Je sens que je les déçois un peu en relativisant l’un par rapport à l’autre…

Ensuite bien sûr ce qui me frappe c’est le mystère qui entoure pour eux « l’entreprise ». Ils le disent: ils ne savent rien sur l’entreprise. Ils ne sont finalement pas sur ce point bien différents des étudiants que nous étions il y a trente ans !

Tous les débats menés en France depuis des années sur les partenariats entre entreprises et écoles, mettant en exergue les initiatives de rapprochement, les partages d’expériences, les stages, tous ces débats ont-ils vraiment atteint leur objectif ? Force est de constater que ces jeunes, qui ont déjà entamé largement leur orientation professionnelle, n’ont fait que quelques semaines de stage et qu’ils ne savent de l’entreprise que ce que leurs parents leur en ont dit, éventuellement…

Nous parlons alors de l’ouverture au monde et ils se posent beaucoup de questions sur ce que les médias racontent de l’entreprise :  » on lit beaucoup sur des transferts de PDG.. est ce que cela se passe comme au foot ?  » , « c’est quoi un conseil d’administration et pourquoi un patron d’une entreprise peut il être dans le conseil d’une autre, ce sont toujours les mêmes noms ? ». Je me rend compte que l’école (la leur est quand même une école de gestion ou d’ingénieurs) ne leur donne pas encore les bases pratiques de la compréhension et du décryptage du fonctionnement de l’entreprise: les parties en présence dans l’entreprise, la gouvernance , la base sur l’entreprise…un sujet pour experts visiblement !

Et puis le web. Sont-ils connectés au monde au travers du web ? Oui mais pour le moment seulement à leur monde à eux… Facebook bien sur, avec leurs copains, le réseau des anciens de l’école… mais pas encore de conscience que le monde professionnel est là, accessible derrière leurs lucarnes… D’ailleurs qui le leur aurait dit et décrypté?

Pour autant ils savent qu’ils ne savent pas, ils le disent avec simplicité, et veulent apprendre au travers de toutes les expériences qu’on pourra leur apporter..

Ils ne craignent pas non plus de dire que l’entreprise leur fait plutôt peur. « Quand on pense à l’avenir on a peur… »

Il faut dire que l’image qu’on leur donne de l’entreprise est plutôt tristounette… Des parents qui ont du mal a équilibrer vie professionnelle et personnelle, et qui ne leur montrent pas que travailler, c’est aussi beaucoup de plaisir et d’accomplissement… (et d’ailleurs qui d’entre nous, rentrant en tard un soir n’a pas trouvé l’excuse d’exagérer sa journée terrible et harassante dont il était impossible de s’extraire plus tôt…alors qu’il a laissé s’allonger sa dernière réunion parce que le sujet était passionnant !) – et puis cette formule hilarante ou terrifiante, c’est selon, prononcée par un de mes jeunes invités : « on nous enseigne qu’être un manager c’est gérer des problèmes.. quand on débute, on a de petits problèmes et quand on est PDG ce sont donc de très gros problèmes.. çà doit être vraiment très dur ! »

Et on reboucle bien là sur le mal français, si souvent décrit : pas assez de pragmatisme et de concret, pas assez de confiance, pas assez d’éducation à l’entreprise, à son fonctionnement, à sa finalité, à sa possibilité d’épanouissement, de progression individuelle.

Un long chemin pour tous ceux qui travaillent sur ces sujets depuis déjà bien longtemps..

Quant à moi, je suis repartie de cet échange comme après avoir inspiré un grand bol d’oxygène. Finalement, cette génération Y, dont on promet qu’elle va révolutionner nos modes de management, ne sera pas si difficile à entrainer, pour peu qu’on lui parle avec transparence, simplicité et enthousiasme !

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Rapport Descoings : quel rôle pour le lycée dans l’insertion professionnelle des jeunes ?

Réforme du lycée et amélioration de la situation de l’emploi en France : voilà deux chantiers indissociables. J’en ai toujours eu la conviction, et la lecture du rapport de Richard Descoings, remis la semaine dernière au Président de la République, me conforte dans cette idée.

Un mot, d’abord, sur la démarche choisie par Richard Descoings pour mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Après les vives tensions qui s’étaient exprimées dans le milieu lycéen fin 2008, le directeur de Sciences Po Paris a compris que son rapport ne pourrait être une énième théorisation un peu pontifiante sur les carences du lycée français. Pour renouer le fil du dialogue et pour comprendre au mieux les aspirations des lycéens, il a choisi de leur donner la parole et de prendre en considération ce qu’ils avaient à dire. Au vu du résultat, le pari me semble plus que réussi : les paroles de lycéens citées dans le rapport ne donnent pas seulement une touche de « vécu » aux débats de fond, elles font émerger des pistes crédibles de réforme, qui témoignent d’une vraie réflexion des jeunes sur leur avenir.

Sur le fond, je dois dire que je ne partage pas les jugements sévères émis ces jours-ci par les commentateurs. On lit un peu partout que ses propositions seraient trop « consensuelles » – toute la presse semble s’être donné le mot ! – et que les sujets les plus sensibles auraient été prudemment évacués. Pour ma part, en tant que chef d’entreprise au cœur des questions d’emploi, j’ai été tout particulièrement intéressée par certains aspects de ce rapport.

Un exemple : Richard Descoings affirme d’emblée que la préparation à l’insertion professionnelle figure parmi les trois objectifs du lycée, avec la transmission des savoirs et la construction de la citoyenneté. Est-ce bien original ? me répondrez-vous. C’est en tout cas un point de départ essentiel pour toute réforme du lycée général et technologique. Certains considèrent encore que la question de l’avenir professionnel, trop directement matérielle, n’aurait pas sa place dans le lieu où se dispenserait exclusivement une culture par nature « désintéressée ». C’est là, me semble-t-il, une grave erreur d’appréciation. Face à cette vision élitiste, il faut inlassablement réaffirmer qu’une insertion réussie dans le marché du travail se construit dès la période lycéenne.

Le rapport Descoings a également le mérite de prendre à bras le corps la question cruciale de l’orientation. En soulignant qu’elle est aujourd’hui trop ponctuelle et trop subie, en préconisant de bâtir une orientation continue et éclairée, le directeur de Sciences Po vise juste. Certaines des mesures concrètes suggérées pour atteindre cet objectif me semblent prometteuses : multiplication des immersions en milieu professionnel, forums métiers au lycée, bilans individualisés de compétences, réorientations éventuelles en cours d’année… Autant de pistes à creuser pour faire que chaque élève puisse choisir, en connaissance de cause, le parcours qui lui convient le mieux et qui lui assure un avenir professionnel adapté.

Enfin, j’ai été sensible à la volonté résolue de Richard Descoings de revaloriser la filière professionnelle et la filière technologique, trop souvent victimes d’une injuste stigmatisation. Plaider, comme le fait le rapport, en faveur d’une rénovation de la filière STI (sciences et technologies industrielles) est une excellente initiative : destinée à former des ingénieurs et des cadres intermédiaires de l’industrie, cette filière technologique peut s’avérer décisive pour l’économie nationale. Rompre avec une hiérarchisation élitiste des filières et construire des parcours orientés vers des métiers socialement utiles : voilà exactement le chemin que doit prendre la future réforme du lycée français.

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L’alternance, un des meilleurs dispositifs d’insertion professionnelle

Hier, en route vers mon bureau, j’écoutais Martin Hirsch répondre aux questions de Jean-Michel Aphatie sur RTL. D’emblée, le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et Haut commissaire à la Jeunesse a reconnu que « les 80 mesures prises en trente ans » n’ont pas permis de rompre avec ce mal bien français que constitue notre incapacité à intégrer massivement les générations nouvelles dans le marché du travail : le taux de chômage des 15-24 ans varie chez nous entre 15% et 25% depuis le début des années 80, en fonction de la conjoncture, et il a grimpé de 30% ces douze derniers mois.

Attention aux chiffres néanmoins : un taux de chômage de 25% ne signifie pas qu’un jeune sur quatre est au chômage. Car le taux de chômage se calcule rapporté au nombre de jeunes qui ont effectivement un emploi…et fort heureusement environ deux jeunes sur trois sont élèves ou étudiants. Le nombre de 15-24 ans au chômage, ramené à la totalité d’une génération, serait donc plutôt de l’ordre de 8 à 10%.

Cette précision faite, il n’en reste pas moins, qu’en la matière, la France fait figure de mauvaise élève en comparaison des autres pays développés. Le rapport de l’OCDE remis au Premier ministre par Anne Sonnet la semaine dernière qualifie notre performance de « médiocre » et Martin Hirsch estimait hier matin qu’il faudrait « entre 3 et 5 ans » pour inverser cette tendance.

Comment faire ? L’alternance, a-t-il souligné, que ce soit sous la forme de contrat de professionnalisation ou de contrat d’apprentissage en formation initiale, reste le meilleur des outils, puisqu’il permet, dans huit cas sur dix, d’obtenir au final un emploi pérenne. Une actualité fournie ces quinze derniers jours tendrait à prouver qu’il se dégage un certain consensus sur l’efficacité du dispositif.

Tout d’abord, ce qui est particulièrement intéressant selon moi, c’est que les jeunes eux-mêmes sont parfaitement au courant de l’efficacité de ces contrats de professionnalisation ou d’apprentissage comme l’a démontré un récent sondage de la Chambre syndicale des organismes de formation en alternance (même si, en raison de la crise, les recrutements en contrats de professionnalisation et d’apprentissage ont chuté de 30% depuis le début de l’année).

Reste maintenant à encourager l’accès à ces contrats, plus particulièrement pour les populations fragiles que sont les jeunes sans qualification (en 2007, sur 170 000 contrats de professionnalisation signés, seuls 32% concernaient des jeunes avec un niveau inférieur ou égal au CAP et BEP). C’est tout l’objet du rapport Pilliard, remis à Laurent Wauquiez le 7 mai dernier, qui préconise une meilleure appropriation du dispositif par les différents acteurs de l’emploi et un assouplissement des règles de financement.

Certains recommandent des solutions plus radicales : en instituant une obligation de 5% de salariés en formation par alternance aux entreprises de plus de 50 salariés, on doublerait le nombre de jeunes en alternance d’ici à 2011. C’est une des mesures phares du rapport Sabeg, qui, à mon sens, est passée un peu inaperçue (en comparaison de celles consacrées à la diversité proprement dite).

Enfin, preuve supplémentaire de cet intérêt grandissant pour l’alternance, le président de Véolia Environnement, Henri Proglio, vient de se voir confier une mission de « promotion et de développement » des contrats d’apprentissage et de professionnalisation, au terme de laquelle une « Charte de l’alternance » (avec des engagements chiffrés) serait proposée aux entreprises et aux branches professionnelles.

PS : nous avons fait paraître dans Les Echos d’hier et dans Le Monde daté d’aujourd’hui une nouvelle annonce qui propose de retrouver sur manpower.fr plus de 2700 CDI, 400 CDD et 4800 missions dans tous secteurs, dans toute la France. Beaucoup de ces contrats sont destinés aux jeunes. Mais c’est encore malheureusement bien insuffisant.

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Japon, travail et emploi

Première journée à Tokyo et successions de rencontres. Immédiatement, je me rends pleinement compte de la puissance d’une marque comme la nôtre et de la réalité d’une vraie « culture Manpower ». A quelques détails circonstanciels près, mes réunions pourraient se tenir à Paris… Je me sens donc très vite « comme chez moi »!

En revanche (et ce n’est pas une surprise !)  la situation de l’emploi et le monde du travail sont vraiment très éloignés des nôtres !

En effet, avec 3,35 millions de chômeurs, le taux de chômage atteint 4,8% dans l’archipel. Il est en hausse de 25% en un an, son niveau le plus élevé depuis août 2004. On pourrait considérer ces chiffres avec envie : le chômage en France n’est jamais passé sous la barre des 7% depuis 1981 !

Mais la réalité est beaucoup plus complexe et rend l’exercice comparatif impossible. En cause principalement la méthode de comptabilisation des demandeurs d’emplois: quelques heures travaillées dans le mois suffisent pour ne plus être considéré comme chômeur, par exemple. Ou encore, l’exclusion des statistiques au bout d’une période beaucoup plus courte que dans les autres grands pays de l’OCDE. Bref, on admet qu’il faudrait, à mesure égale, multiplier ce taux par environ deux, ce qui le situerait à un niveau assez similaire à l’Europe.  Autre raison : la protection sociale au Japon est assurée par l’entreprise, et non par l’Etat… Résultat : l’assurance-chômage est inférieure à un an et l’indemnité quotidienne maximum est de l’ordre de 50 euros. La situation des sans-emplois est donc rapidement très difficile, ce qui rend la crise très présente et très visible.

Même si globalement, la législation du travail nippone permet davantage de flexibilité pour les entreprises qu’en France, le marché du travail est néanmoins très réglementé. Le travail temporaire, par exemple, est interdit dans les activités portuaires et dans la construction, deux secteurs fondamentaux de l’économie japonaise ; il est aussi limité à une année, sauf pour 26 qualifications spécifiques et bien précises… Par ailleurs, le travailleur intérimaire est très mal couvert socialement puisque l’obligation de l’inscrire à une caisse d’assurance sociale ou d’assurance chômage est soumise à une franchise de 90 jours… Contrairement à la France, où son statut repose sur un principe de continuité de protection sociale (au moins équivalente à celle d’un salarié en CDI) qui compense la discontinuité des missions. D’où une forte proportion de travailleurs pauvres au Japon.

Du côté des similitudes entre les deux modèles, il y a certainement le mauvais sort fait à la jeunesse : au Japon, plus d’un jeune travailleur sur trois âgé de 15 à 24 ans, à l’exclusion des étudiants, occupe un emploi non régulier ou à temps partiel, et surtout généralement très peu qualifiant. Ce qui a pour incidence, outre les aspects économiques et sociaux (le sous-salariat induit l’incapacité d’émancipation matérielle, ce qui conduit à un schéma familial de type « communautaire ») de bloquer l’accès à l’emploi permanent. Ce sont les fameux « freeter » (ou les « neet », qui eux, trop découragés, ne recherchent pas d’emploi) qui constituent une population bien particulière, avec ses modes de (basse) consommation, ses repères et sa propre culture, souvent urbaine et parfois violente car désespérée.

Depuis peu, le gouvernement japonais a d’ailleurs initié une série de réformes d’ampleur, destinées à améliorer le sort de sa jeunesse : formation professionnelle, centre multiservices d’emploi dédiés, système de cartes d’emploi, etc. Cela n’est pas sans me rappeler quelque chose…à 10 000 km de là.

Je tenterai demain, si mon agenda m’en laisse un peu le temps, de vous raconter la suite de mes étonnements et de mes enthousiasmes, ainsi que les initiatives de Manpower Japan pour répondre à ces défis.

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Le péril jeune ?

Quel avenir préparons-nous à notre jeunesse ? Dans un post précédent, j’évoquais, face à la crise, l’hypothèse d’un retour en grâce du « modèle français ». Or, s’il est un domaine dans lequel la France fait bien figure de contre-modèle, c’est bien celui de sa politique envers la jeunesse.

Le diagnostic est connu :

  1. un système éducatif qui fait encore la part trop belle aux parcours élitistes et reste insuffisamment tourné vers l’emploi (contrairement à l’Allemagne) ;
  2. un marché du travail qui fait principalement peser sur les nouveaux entrants le poids des impératifs de flexibilité et de mobilité (contrairement au Royaume-Uni);
  3. un système de protection sociale qui privilégie les aides sur les familles plus que sur les individus, entravant toute autonomie réelle des jeunes (contrairement au Danemark).

Les statistiques, elles-aussi, sont bien connues : 150 000 jeunes français quittent chaque année l’école sans aucun diplôme ; ce chiffre, en lui-même considérable, prend une dimension réellement inquiétante lorsqu’on l’additionne sur plusieurs années. Il explique en très grande partie le taux de chômage à deux chiffres de 15-24 ans, qui depuis les années 1980 reste quasi-inchangé, fluctuant selon la conjoncture entre 20 et 25%. Début 2008, alors même que le niveau de chômage total atteignait son niveau le plus bas depuis 1983 (7,2%), le chômage des 16-25 ans peinait à descendre sous la barre des 17 %. Avec la crise, il est remonté en flèche, et s’établit désormais à 21.1%, deux fois plus qu’en Allemagne (10.3%) et près de quatre fois plus qu’aux Pays-Bas (5.6%).

Le gouvernement s’est attelé la semaine dernière à prendre le problème à bras le corps en annonçant un paquet de mesures. Si celles-ci vont dans le bon sens – extension des contrats d’apprentissage, qui concernent aujourd’hui moitié moins de jeunes Français (350 000) que de jeunes Allemands (600 000), contrats aidés en entreprise plutôt que dans le secteur public – elles ne sauraient faire l’économie de réformes structurelles, tenant compte, au-delà des jeunes non qualifiés, de l’ensemble de la jeunesse française.

Le malaise de cette dernière est en effet bien antérieur à la crise, et parmi ses multiples causes, celle d’une crise de sens n’est pas la moindre. Dans une enquête édifiante réalisée en 2008 par la Fondation pour l’Innovation Politique, les jeunes Français étaient deux fois moins nombreux (25.6%) que leurs homologues américains (54.1%) à estimer leur avenir prometteur. Si les jeunes Français avaient quelques bonnes raisons d’être moins optimistes que leurs homologues d’Outre Atlantique, on aurait tort toutefois de s’arrêter à ce constat de résignation. L’histoire des quarante dernières années a amplement démontré la capacité de révolte de la jeunesse française ; prenons à garde à ce que celle-ci ne soit pas le ferment d’une prochaine crise sociale.

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Filières réputées et aspirations personnelles

Cette hiérarchisation sclérosante, dont je parlais dans mon précédent post, contribue à orienter les « bons » élèves vers les filières réputées plutôt que vers celles qui répondent le mieux à leurs aspirations (j’ai déjà évoqué le parcours d’Eloi Moquet, qui choisit à l’issue de ses études à l’Ecole Polytechnique de s’orienter… vers les métiers de la plomberie). Elle conduit enfin à figer les inégalités sociales, puisqu’on sait bien que ce sont les enfants de familles favorisées qui réussissent le mieux dans la filière générale.
Trop souvent, les jeunes se trouvent ainsi livrés à une orientation par défaut, où le champ des possibles se trouve pour eux déterminé par leur place dans ce vaste entonnoir où s’ordonne leur classe d’âge. La réforme du lycée dont accouchera la consultation en cours devra se donner comme premier objectif de corriger cette situation. Une récente étude de la CCIP préconise « une orientation scolaire intégrée à l’éducation« . Elle s’appuie pour cela sur l’analyse de pratiques en cours en Finlande, en Suisse ou au Canada, qui visent toutes à aller au-delà de l’évaluation traditionnelle pour identifier les aptitudes extra-scolaires.

 Ces aptitudes ne doivent plus être méconnues par l’école : ce sont elles qui, demain, pourraient ouvrir à des millions de jeunes un meilleur accès au marché de l’emploi.

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Réforme du lycée : pour une préparation aux choix professionnels

Période de vacances de Pâques oblige, beaucoup de bruit et de presse autour des « classements des lycées ». Le Figaro, La Tribune, L’Express… Peut-être d’autres ? Chacun y va de sa méthodologie, de ses commentaires et de ses conclusions.

On le constate: ce sujet prend chaque année une importance croissante…et dès la fin du second trimestre, des stratégies s’élaborent dans bien des familles. Il faut souhaiter aux réflexions et consultations en cours sur la réforme du lycée le même intérêt que suscitent ces palmarès.

De l’aveu même de ses initiateurs, l’échec historique de la réforme du lycée renvoie à un défaut de pédagogie : notre pays s’est si souvent querellé sur son enseignement scolaire qu’on ne devrait entreprendre de le réformer qu’avec les plus extrêmes précautions. Il appartient maintenant à Richard Descoings, dans le cadre de la consultation qui lui a été confiée par le Président de la République, de chercher les voies d’un nouveau consensus : c’est un défi considérable, a fortiori dans le contexte social et politique difficile que nous connaissons, mais le directeur de Sciences Po a montré plus d’une fois l’ampleur de ses ressources.

Qu’il me permette néanmoins un conseil amical, issu de mon expérience quotidienne chez Manpower : la question de l’orientation, qui était très présente dans l’esprit de Xavier Darcos et de son conseiller Jean-Paul de Gaudemar lorsqu’ils ont entrepris de jeter les bases d’un lycée réformé, doit rester au centre de la réforme à venir. Le constat est bien connu : l’orientation, en France, se fait par l’échec davantage que par choix. L’enseignement général – et, au sein de celui-ci, la filière scientifique – figurent au sommet d’une hiérarchie qui ne se donne même pas vraiment la peine d’être implicite. Or cette hiérarchie, qu’intègrent les élèves et leurs familles, est dévastatrice : elle conduit, me semble-t-il, à la dévalorisation de la filière professionnelle et parfois même de la filière technologique, alors que celles-ci conduisent souvent à des métiers socialement utiles et financièrement attractifs.

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Remise de diplômes à l’EBS

Hier soir, l’European Business School (EBS) m’a fait l’honneur de m’inviter à présider la séance de remise de diplômes de fin d’année à 124 étudiants. L’exercice était bien sur intéressant puisqu’il m’a permis de rencontrer, dans un cadre différent, la génération qui entre sur le marché du travail.

L’ exercice était périlleux : que dire à ceux qui, heureux d’avoir obtenu leur diplôme, postulent pour un premier emploi ? Que donner comme conseils ? Et surtout ceux-ci sont-ils encore judicieux dans un monde où les frontières et les attentes bougent chaque jour, où les normes n’ont plus lieu d’être ?

J’ai pourtant tenté de le faire en mettant l’accent sur l’attitude : je leur ai parlé de ces entreprises qui vont chercher de plus en plus les compétences, et de ces compétences adaptées aux nouvelles attentes… J’ai souligné combien me semblent aujourd’hui primordiales les capacités à travailler en équipe, à s’intégrer dans des milieux sociaux différents et de plus en plus internationaux, à communiquer avec les autres, à utiliser les nouvelles technologies…Bref, tout ce qui constitue ce que l’on appelle le savoir être

J’ai rebondi sur cette phrase de la présidente de l’école, Odile Launay, qui a déclaré, en introduction de cette cérémonie : « nous devons aider les jeunes à affirmer leur talent sans être vaniteux ni orgueilleux » . 

Je leur ai ainsi confirmé que le talent se renforce dans et par une succession d’expériences, et que ces expériences s’acquièrent dans une succession d’entreprises.

Je ne sais si ces conseils, qui sont plutôt des orientations de comportements, ont atteint leur objectif. C’est la raison pour laquelle j’ai invité tous les étudiants et frais diplômés qui le souhaitent, à m’écrire sur ce blog pour aller plus loin dans notre discussion.

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Chômage de masse et pénurie de main d’oeuvre

Ce matin sur RTL, invitée dans l’émission de Vincent Parizot.
Un auditeur raconte qu’il ne peut honorer un certain nombre de contrats en raison de la pénurie de main d’oeuvre dans son secteur, la restauration de bâtiments. Son témoignage doit sembler bien anachronique aux auditeurs. Presque violent ou provocateur, pour ces Français qui vivent quotidiennement une montée du chômage, que beaucoup qualifient d’inexorable. Mais ce chef d’entreprise ne fait que refléter une situation intrinsèquement paradoxale et malheureusement bien française, qui va devenir de plus en plus douloureuse, car de plus en plus inacceptable.
Xavier Huillard, le président de Vinci, expliquait avant-hier en présentant ses résultats, que le secteur de la construction souffrirait en 2009…mais qu’une pénurie de main d’oeuvre était à craindre en 2010 et 2011 !
Et le 9 mars sera mis en ligne le site unavenirsolide.com, site ludique et informatif au centre d’une campagne destinée à valoriser les métiers du bâtiment et des travaux publics auprès des jeunes de 13 à 16 ans. Une initiative parmi bien d’autres pour attirer les (très) jeunes (hommes ET femmes) vers les métiers du secteur…en cassant bien des préjugés, et lutter en amont contre un taux de chômage « à la française » qui pourrait atteindre 10.6% en 2010 selon la Commission européenne…

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Du bicorne au chalumeau

 

Eloi Mosquet est un garçon peu banal. Le Monde 2 du 13 février, mais aussi Le Télégramme de Brest du 30 janvier dernier, nous racontent son histoire: celle d’un jeune homme qui, à la sortie de Polytechnique, choisit de rejoindre le CFA des métiers du BTP de Quimper, pour y entamer un CAP de plomberie. Je vous recommande la lecture de ces deux articles. D’abord parce que ce jeune homme témoigne d’une franche et rafraichissante liberté d’esprit. Il était « bon en math« , a intégré l’X, s’y est visiblement ennuyé – et surtout s’est trouvé en panne de projet…

Un projet, il en a finalement trouvé un, dans un univers professionnel à l’opposé du sien – où faisant fi de toutes les pressions sociales et familiales, il semble aujourd’hui s’épanouir. La fabuleuse histoire d’Eloi Mosquet, qui préféra la chalumeau au bicorne, est presque trop belle pour être vraie.

Au delà de son unicité, j’en retiendrai pour ma part une jolie morale: le désir de trouver un sens à son métier est profondément ancré en chacun. Aux employeurs de trouver les mots et surtout les méthodes de management pour répondre à ce désir.

Le Monde 2 publie, en même temps que celui d’Eloi Mosquet, le portrait de trois autres jeunes qui ont choisi de s’engager dans des études de plomberie après avoir entamé – et le plus souvent achevé – un cursus d’études supérieures. Le journaliste cite un responsable du secteur: « dans chaque CFA de France, il y a désormais au moins deux ou trois anciens du supérieur. On en avait aucun il y a encore quelques années« .

Cet état de fait appelle deux types de lecture. Une lecture pessimiste: le système public de l’orientation fonctionne mal, dans le second degrès comme dans l’enseignement supérieur. Et une lecture optimiste: les mentalités évoluent et la transparence du marché de l’emploi s’améliore; du coup, les jeunes hésitent de moins en moins à changer de voie – et cela même si ces changements doivent les placer dans des trajectoires professionnelles radicalement différentes.

Un peu d’optimisme ne saurait nuire dans les circonstances actuelles: je privilégierai donc la seconde lecture… mais serait intéressée à entendre la contradiction !

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