Femmes et technologie, suite

Le conseil d’administration d’IBM vient d’élire Ginni Rometty à sa tête – et cela me réjouit profondément.

D’abord parce qu’il s’agit là, bien sûr, de la reconnaissance d’une très belle carrière professionnelle toute entière tournée vers les clients et la création de valeur : Ginni a toujours occupé des postes de terrain et a, entre autre, piloté l’intégration de PricewaterhouseCoopers Consulting dans la division Business Consulting Services d’IBM en 2003.
Ensuite, parce qu’on peut voir dans cette nomination, l’aboutissement spectaculaire d’une politique de la diversité démarrée il y a de très nombreuses années par IBM. Une politique de diversité non pas vue comme un simple volet d’une politique RSE, mais bien comprise aussi comme une stratégie de ressources humaines, destinée à identifier et faire éclore tous les talents dont une entreprise de technologie comme IBM (cette année centenaire) a besoin pour rester parmi les premières capitalisations boursières mondiales. Et pour continuer à innover, bien sûr : depuis dix-huit années, sans interruption, IBM occupe la première place dans le classement des entreprises les plus inventives du monde, avec plus de 5000 brevets déposés…par an !

Faire émerger et progresser un talent, fut-il aussi remarquable que celui de Ginni Rometty , n’arrive pas par hasard dans une entreprise comme IBM qui ne doit pas compter plus de 25 a 30% de femmes dans ses effectifs mondiaux . C’est une très belle illustration de cette « Ere des Talents » dont, chez ManpowerGroup, nous parlons depuis de nombreux mois !

Enfin, la nomination de Ginni Rometty me réjouit, parce qu’en l’espace de quelques mois, avec celle de Meg Whitman à la tête d’HP , ce sont deux très grandes entreprises emblématiques du secteur technologique qui ont choisi d’être dirigées par des femmes. Avec de tels ‘role models’ nos filles vont bien finir par s’apercevoir (enfin !) que la techno, c’est un vrai bon plan pour elles !

Egalité hommes-femmes: au-delà du genre

Mon ami Gérard Stein m’a signalé le discours d’Hillary Clinton ce week-end, à San Francisco, à l’occasion du forum économique Asie-Pacifique.

Un thème classique : la recherche de davantage d’égalité entre les hommes et femmes. Mais un argument neuf et particulièrement convaincant : il ne faut pas seulement tendre vers cette égalité par souci de justice, mais parce que nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à l’énergie, aux compétences, au potentiel des femmes.

Ainsi, selon un rapport de Goldman Sachs, lever les obstacles au travail des femmes accroîtrait le PIB de l’Eurozone de 13%, des Etats-Unis de 9% ! Dans le même temps, sur les 500 plus grandes entreprises mondiales, 11 seulement sont dirigées par des femmes… Ce n’est donc pas (seulement) parce que cette plus grande justice entre les genres est une bonne chose « en soi » qu’il est urgent de la promouvoir nous dit H. Clinton, « c’est parce qu’elle est nécessaire pour le bien-être de nos enfants et de nos nations ». H. Clinton appelle ainsi de ses vœux l’avènement d’une « ère de la participation » – participation de tous au progrès économique et social (participation age). Une analyse qui me rappelle forcément la nôtre chez ManpowerGroup

Vingt-quatre heures après cette intervention, la Banque Mondiale soulignait dans son rapport sur le développement que malheureusement, le taux d’activité des femmes dans le monde était tombé de 52 % en 1980 à 50 % en 2009, tandis que celui des hommes passait de 78 % à 82 %. Et l’institution d’en conclure qu’il serait un bon calcul de favoriser les femmes car « empêcher les femmes et les filles d’acquérir les compétences et de générer les revenus nécessaires pour réussir dans une économie mondialisée est non seulement injustifiable mais aussi préjudiciable sur le plan économique« . Bref, il s’agit de « permettre à la moitié de la population de la planète de réaliser pleinement son potentiel« …pour le bienfait d’un monde aujourd’hui confronté à une de ses plus graves crises économiques et sociales depuis plus d’un siècle. Tous les talents doivent être mobilisés pour la résoudre.

Hillary Clinton, qui cite discrètement et avec malice son « mari » dans son discours, en donne une démonstration par l’exemple : que l’on aime ou non le personnage, c’est un talent dont il aurait été dommage de se priver…

« geeker » ou changer le monde ?

L’OCDE vient de sortir son gros rapport annuel (500 pages !) sur les caractéristiques et les performances des systèmes éducatifs de ses trente-quatre états membres. C’est bien évidemment une source d’informations (et de commentaires) considérable.

Concernant la France, le constat qui m’accable le plus est la constante incapacité de son système scolaire à corriger les inégalités sociales : depuis des années, le niveau des élèves varie fortement selon leur milieu d’origine. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, il n’y a pas de fatalité dans ce domaine ; cet écart est malheureusement bien français : il est de 30 % supérieur à la moyenne des autres pays.

L’autre information que je retiens de ce rapport est plus complexe et concerne la nature des études supérieures suivies par les femmes dans ces pays. Car si aujourd’hui, globalement, 58% des diplômés sont des femmes (contre 54% il y a une dizaine d’années), il apparait que cette féminisation des diplômes n’est toujours pas homogène, loin s’en faut : 60% des diplômés scientifiques sont des hommes et les femmes sont surreprésentées dans les formations supérieures liées à la santé, au ‘care’, aux humanités ou aux arts… Bref, des formations qui ne sont pas couramment celles dont l’entreprise a besoin.

Plus inquiétant encore, il y a des pans entiers de l’économie où cette dichotomie ne cesse de s’accentuer. Prenons le secteur de l’informatique et des nouvelles technologies : rien qu’en Europe, cette industrie devrait manquer grosso modo de 70 000 spécialistes en 2015 – et en France, les créations nettes d’emplois tournent autour de 10 000 par an. Cependant, on estime que la proportion de femmes dans les écoles d’informatique européennes est passée de plus de 30% dans les années 80… à moins de 15% aujourd’hui. En France cette proportion est inférieure à 10% contre 30 à 40% il y a dix ans.

Que s’est-il passé ? Comment se fait-il que les femmes européennes (car ce n’est pas le cas en Asie) désertent massivement ce secteur de croissance et d’innovation, alors que les conditions salariales y sont sensiblement meilleures que la moyenne des autres métiers scientifiques, et que le taux de chômage y est très inférieur ? C’est une question à laquelle je ne trouve pas de réponse totalement satisfaisante.

Admettons qu’il manque sans doute quelques role model plus réaliste que Lisbeth Salander, l’héroïne de Millenium ! Mais on m’avance souvent la puissance du stéréotype de l’informaticien mâle : techno, cloitré, manquant de sens relationnel (bref, à l’opposé…du stéréotype féminin, auquel ce dernier ne pourrait évidemment s’identifier !) Franchement, je n’ai pas souvenir, dans ma vie professionnelle antérieure, d’avoir côtoyé d’aussi caricaturaux et sinistres individus ! Il ne me semble pas non plus, quand j’observe les adolescent(e)s d’aujourd’hui, que l’usage de l’informatique, au lycée ou dans le cadre familial, soit particulièrement sexué : tous et toutes jonglent avec leur « téléphone couteau-suisse », leur console de jeu ou leur page Facebook avec la même dextérité…

J’irais plutôt chercher un début d’explication du côté du secteur lui-même, ou plutôt du côté des entreprises qui le composent. Bien souvent, je trouve que les termes utilisés pour décrire cette branche, la variété, l’évolution et la richesse de ses métiers sont restrictifs, étroits, abscons. Bref, pas attrayants, pas vendeurs et surtout ne reflétant pas la réalité des enjeux de ces métiers. Or, les technologies de l’information sont au coeur des transformations de l’entreprise et à la source des nouveaux usages observés dans la société toute entière. Voilà la réalité des métiers de la majorité des informaticiens d’aujourd’hui et de demain… Il me semble qu’il y a bien là de quoi motiver nos filles - si on leur expliquait mieux combien ce secteur porte le développement de nos économies…

Il y a presque trente ans, Steve Jobs débauchait John Sculley, alors directeur général de Pepsi, pour prendre la tête d’Apple. Il lui posa la question suivante, restée fameuse : « Voulez-vous passer le reste de votre vie à vendre de l’eau sucrée, ou voulez-vous changer le monde? »

Entreprises et recruteurs feraient bien de s’en inspirer…

Voilà donc une première piste de réflexion, que je laisse à vos commentaires, sur un sujet dont à mon sens on parle trop peu et qui m’intéresse évidemment à plus d’un titre !

« Human Age »: le potentiel révélé des femmes Ultra-orthodoxes de El’Ad

J’ai commencé ma semaine par une visite en Israël des équipes de Manpower. Nos activités y sont multiples, l’équipe ayant depuis longtemps développé des solutions de gestion d’équipes externalisées à partir de nos savoir-faire habituels de staffing et recrutement; c’est donc la distribution du courrier, l’organisation des examens, du merchandising, des maisons de retraite que nous gérons là-bas.
Autant de problématiques de recrutement, de rétention auxquelles les équipes répondent avec ingéniosité à partir de leur connaissance pratique des profils et des comportements.
Mais c’est ma visite au call center que nous gérons à El’Ad qui m’a le plus marquée.
Ici que des femmes, pour la plupart très jeunes mères de famille déjà nombreuse, toutes appartenant à la communauté ultra orthodoxe qui habite entièrement cette cité proche de Tel Aviv (les ultra orthodoxes représentent 8% du pays aujourd’hui et seront 16% dans 10 ans compte tenu de leur natalité, et avec les Arabes et les Éthiopiens ils représenteront à ce moment-là près de 50% du total de la population) .
Toutes ces femmes ont un immense besoin de travailler puisqu’elles sont seules à pouvoir apporter des ressources à la famille, leurs maris se consacrant pour l’immense majorité à l’étude de la Thora.
Mais toutes sont aussi entravées par les contraintes de leur vie de famille et par le respect de leurs croyances et de leurs traditions, sans parler de leur ignorance du reste du monde : chez elles pas de TV ,ni internet , ni ordinateurs ni portables…
Autant dire que malgré les incitations et aides du gouvernement, leur intégration dans le monde du travail est problématique !
Et pourtant après avoir beaucoup travaillé à leur placement et avoir observé leur sérieux, leur volonté d’apprendre et leur engagement, les équipes de Manpower Israël ont décidé de prendre un pari en misant sur leur potentiel en créant un call center sur place, rien qu’avec elles ; l’objectif étant d’apporter un service différenciant par son niveau de qualité en s’appuyant sur un turn-over réduit des téléopératrices.
Pari gagné après un an d’efforts tout azimut que le manageur nous raconte avec beaucoup d’émotion et d’humour :
- La première vague de recrutements : 700 interviews pour 70 embauches parce que le client n’arrivait pas à se résoudre à adopter d’autres standards de tests;
- Les rabbins qu’il a fallu convaincre pour qu’ils donnent leurs autorisations, y compris celui qui argumentait sur l’engagement demandé puisqu’il ne pouvait y en avoir qu’un seul vis-à-vis du mari;
- L’organisation du travail complexe pour respecter les temps de sortie d’école et de vacances scolaires;
- L’accompagnement adapté à ces femmes promptes à culpabiliser avec des récompenses choisies dans un catalogue d’équipement pour bébé;
- L’attitude au quotidien : ne pas juger, ne pas vouloir transformer mais écouter, inciter, encourager, adapter…
Donc au final le grand bonheur d’avoir réussi à fournir un service concurrentiel reconnu par les clients qui en redemandent et des collaboratrices épanouies qui alimentent la rumeur positive.
Et non ce n’est pas un projet, me reprend Orna, responsable de Manpower en Israël: c’est un vrai business et d’ailleurs à Nazareth c’est un centre de développement software near-shore que nous sommes en train de créer avec des ingénieurs…arabes !

Infiltrés

Hier soir, j’ai eu le très discutable (!) privilège d’être invitée sur le plateau des « Infiltrés », l’émission de France 2, qui portait sur le thème de la discrimination dans plusieurs secteurs (logement, travail, santé, etc). Il fallait que je participe à cette émission, car même sans en connaître le détail (puisque j’ai pris connaissance du reportage une fois sur le plateau, dans les conditions du direct), je savais que l’honneur de mes collaborateurs était mis en cause, par la faute de certains.

La séquence en question, consacrée aux discriminations au travail, est l’aboutissement d’une longue histoire qui commence par un « testing » dans des agences d’emploi des trois majors de la profession. On y voit, en caméra cachée, la faute d’une collaboratrice acceptant la commande d’un recrutement discriminant.

Nous ne sommes pas les seuls dans le film à être montrés du doigt. Loin d’être une consolation, cela laisse à penser que notre quotidien se nourrit de discrimination et que c’est là une pratique courante -chez Manpower comme ailleurs.

C’est faux : la très grande majorité des collaborateurs de Manpower respecte la loi et se fait un point d’honneur que de la faire respecter. Mais il est vrai que dans une organisation aussi vaste et décentralisée que la nôtre, de graves erreurs, des fautes inadmissibles peuvent être commises. C’est un travail de tous les jours, sans relâche, que de prévenir et de guérir.

Un travail de prévention ? Oui, car il serait évidemment naïf de penser que la volonté de diversité soit un acquis, chez nos clients comme chez nos collaborateurs, et que dans un métier de services on puisse être « zéro défaut », que ce soit en matière de discrimination ou (mais c’est moins grave) en matière de qualité de service. C’est un travail de tous les instants, gouverné par une détermination absolue, que de faire en sorte que 4000 collaborateurs, dans la multiplicité de leurs actions quotidiennes, agissent dans le respect de nos valeurs et de nos règles. Notre volonté en la matière est de ne faire aucun compromis ; nos contrôles internes multiples, visites de candidats mystères, simulations de commandes, et audits divers montrent une réalité bien différente de ce que ce film met en évidence.

Néanmoins, à l’écran, la faute est là, visible et cruelle. Je la ressens avec honte et tristesse, comme je le crois, tous mes collaborateurs.

Et puis, à ces sentiments, s’est ajoutée l’impression d’avoir été interrogée, dans le reportage, de façon très particulière (et cela se voit à l’écran) : question répétée dix fois, caméra ouverte avant et après…Manifestement, un agacement ou un geste d’énervement de ma part devant cette inhabituelle insistance auraient donné « du piquant » à l’interview…
On va dire, et c’est un euphémisme, que cela a été une expérience personnelle pénible.

Alors la seule bonne chose que l’on va retenir de tout cela, c’est que cette émission va nous permettre, à nouveau, de mettre en garde, d’expliquer, de former et d’impliquer tous nos collaborateurs…afin de continuer à creuser notre sillon sur le chemin de l’Emploi Responsable…et ça, « c’est du lourd » comme le chante Abd al Malik, également invité sur le plateau…

Journée de la femme: à quand sa suppression ?

A quoi sert elle cette fameuse journée de la femme où chaque patron se sent vaguement obligé d’apporter une rose à sa secrétaire et qui agace prodigieusement tant de mes amies?

A reconnaitre la contribution des femmes à notre société ? Un peu sans doute, et c’est vrai que les femmes sont formidables (mais oui…). Je ne suis pas pour ma part de celles qui considèrent qu’un hommage est une insulte et ce n’est pas parce que les hommes n’ont pas le pendant que quelques douceurs ne sont pas bonnes à prendre.

Pour autant, l’objectif de cette journée officialisée depuis plus de 30 ans est de faire le point sur l’évolution des droits de la femme dans nos sociétés. Et force est de constater qu’une génération plus tard, hélas, le sujet mérite toujours attention – y compris dans nos sociétés sophistiquées et en paix.

Les derniers mois, avec le débat sur la loi instaurant des quotas dans les conseils d’administration, ont montré à quel point il restait du chemin à parcourir en France dans les esprits et dans les actes.

Le vrai sujet n’est évidemment pas la mixité des conseils d’administration des grandes entreprises françaises, qui est réel mais d’abord symbolique.

Le vrai sujet, c’est la place des femmes dans la société et dans l’entreprise, la valorisation de leur contribution, l’ambition qu’on les incite à avoir et qu’on a pour elles.

Que de bêtises entendues ces derniers mois !

Une d’entre elle m’a particulièrement exaspérée et m’a confortée dans le fait que le chemin serait encore long et qu’il fallait se mobiliser sur ce sujet: imposer 20% de femmes dans les conseils d’administration aurait un impact négatif sur la performance des dites entreprises puisqu’il n’existerait pas 50 femmes suffisamment compétentes pour siéger dans de tels conseils !

Et puis il y a aussi cette idée rampante que la volonté d’avoir à la fois une vie professionnelle et une vie familiale épanouie serait une chimère de post soixante-huitardes, une ambition qui n’en vaudrait pas les efforts et que les jeunes femmes d’aujourd’hui déserteraient pour opter pour un cocooning confortable ..

Et bien moi…je teste tous les jours la contribution exceptionnelle des femmes à l’entreprise et en particulier à mon entreprise. Je teste tous les jours le bonheur d’avoir un job passionnant et deux filles merveilleuses, ces deux facettes de ma vie se nourrissant l’une de l’autre..

Pour toutes j’ai de l’ambition, pour toutes je veux la possibilité du choix de leur vie, de leur engagement, de leur liberté.

Alors… allons y pour une journée de la femme, en 2010 et autant de fois que ce sera encore nécessaire!

Quelle entreprise après la crise ?

C’était le thème des entretiens Louis Le Grand, organisés par l’Institut de l’Entreprise il y a quelques jours. Parmi les changements majeurs induits par la crise dans l’organisation et le fonctionnement des entreprises, figure l’emploi – et j’étais invitée à exposer mon analyse à ce sujet.

J’ai voulu construire cette intervention selon un axe résolument pragmatique, car appuyée sur la vision du terrain qui est la mienne, avec la légitimité modeste mais réelle d’une entreprise qui, au travers de ses activités, est en lien avec toutes les formes d’emplois, dans tous les secteurs et dans tous les bassins d’emplois – et ce depuis des dizaines d’années.

Quelles formes d’emplois après la crise, me demandait-on ?

Tout d’abord, deux constats : cette crise a violemment éclairé la réalité du marché du travail. Certes, on savait bien depuis des années que sa dynamique avait changé, que les formes d’emplois avaient évolué, mais la crise a mis en lumière cette part de flexibilité dont les entreprises ont besoin. Le deuxième constat concerne l’effet domino entre donneurs d’ordre et sous-traitance ; autrement dit, nous avons assisté à un enchainement de conséquences d’une rapidité inédite en matière de gestion des stocks et des flux.

Le premier enseignement concerne, selon moi, la vision du monde du travail en France. Je dirais que cette vision s’est modernisée, qu’elle a battu en brèche un certains nombre de conservatismes – et qu’il était grand temps. Ce pays a longtemps vécu avec l’idée d’une conception duale et statique du monde du travail. D’un côté, l’emploi pérenne et bien protégé, au sein d’une entreprise unique ou presque. De l’autre, l’emploi flexible, qualifié de précaire, celui qu’il faut éviter. Bref, une vision qui n’a pas permis d’accompagner efficacement la dynamique positive de la flexibilité. Ce que j’entends par dynamique positive de la flexibilité, c’est cette capacité à progresser au travers d’expériences multiples et qui participe à une réelle employabilité.

La crise a permis de rompre (un peu ?) avec ce manichéisme : la mise en place d’un fond de sécurisation des parcours professionnels va dans le bon sens, tout comme la réforme de la formation professionnelle. Tout l’enjeu est aujourd’hui de faire en sorte que ces réformes permettent une véritable redistribution des fonds collectés pour encourager la progression de chacun au travers de parcours professionnels qui, c’est une évidence aujourd’hui, ne se feront pas (ou plus) au sein d’une même entreprise… Dans ce domaine, il y a urgence. Tout d’abord parce que la crise va nécessiter des reconversions importantes dans un certain nombre de bassins d’emplois. Ensuite parce qu’il est malheureusement probable que la sortie de crise s’accompagne d’une visibilité insuffisante pour que les entreprises retrouvent naturellement le chemin de l’embauche à durée indéterminée. Ce redémarrage « sous contrainte » se fera donc, pour l’emploi, par le biais des contrats courts.

Dans ce marché du travail qui évolue (et que l’on reconsidère), quels sont les enjeux pour l’entreprise ?

Le premier d’entre eux concerne les talents et les compétences. Ils seront au centre de bien des défis de l’entreprise. Il lui faudra faire en sorte que ses personnels créent, accompagnent et s’adaptent aux technologies nouvelles et aux innovations. Il lui faudra aussi s’assurer de la globalisation de ses modes opératoires, palier la pénurie d’emplois techniques (et plus particulièrement en France), anticiper les conséquences des déséquilibres démographique… Bref, des enjeux nouveaux qui feront que la gestion des compétences va considérablement se complexifier, et que l’entreprise ne pourra se contenter de l’assurer avec les méthodes « de l’ancien temps »… Il lui faudra, entre autre réponses, adopter une politique de formation infiniment plus segmentée, plus pertinente et plus agile.

Le second enjeu concerne l’organisation du travail. Cette organisation du travail va devoir changer. Tout d’abord parce que le modèle de l’entreprise change : il est plus interactif, plus collaboratif, plus « sous-traitant ». Ensuite parce que les jeunes générations qui vont arriver sur le marché du travail ne se conduisent pas « face à l’entreprise » comme nous nous conduisions et qu’elles vont de facto bouleverser un certain modèle d’autorité et bousculer un certain nombre de dogmes. Il va donc falloir reconsidérer certains modes de management qui ont un peu sous-estimé la proximité, la résolution très concrète des tensions sur le terrain ou l’accompagnement des équipes au quotidien au profit d’une modélisation des organisations ou d’une mise en place d’indicateurs parfois abscons !

Confrontée à ces enjeux, que peut faire l’entreprise ? Pour ma part, je suis convaincue qu’elle doit revenir sur ses fondamentaux. Ce que j’entends par là, c’est qu’elle doit être capable de considérer la création de valeur sous un angle de moyen/long terme. Pour ce faire, les méthodes là aussi sont nouvelles et passent, entre autres, par une dimension supérieure de sa responsabilité sociale. Une responsabilité sociale un cran au-delà de ce que l’on a coutume d’observer, basée sur des fondamentaux qui constituent « l’empreinte sociale » de l’entreprise.

Cette « empreinte sociale » s’incarne selon moi dans l’employabilité des collaborateurs de l’entreprise mais aussi de tous ceux qui gravitent autour de l’entreprise (sous-traitants, intérimaires, etc) ; elle se fonde aussi sur la diversité des cultures et des formations au sein de l’entreprise, diversité qui assure une confrontation de points de vue et une dynamique propice à l’innovation au service de la création de valeur. Enfin, cette empreinte sociale passe aussi par l’engagement des collaborateurs de l’entreprise. Et l’engagement n’est pas proportionnel à l’usage des métriques de gestion opérationnelle ! C’est pour cela que je suis convaincue qu’il faut redonner du sens à la productivité de l’entreprise et intégrer des formes d’engagements différents, en lien avec les aspirations des jeunes générations.

Mettre l’actif humain au cœur de toute stratégie de développement : cette ambition n’est pas qu’une suite de bons sentiments qui feraient de la mauvaise littérature managériale… Bien au contraire : je suis persuadée qu’une des vertus de cette crise est d’avoir érigé ces principes en « valeurs économiquement fiables » et qu’elles constituent un raisonnement économique de fond, au service d’une création de valeur responsable et pérenne.

Semaine pour l’emploi des personnes handicapées : formation et connexion, deux axes de progrès

Cette semaine est celle de l’emploi des personnes handicapées : sept jours pour mettre en lumière les difficultés d’insertion dans le monde du travail que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes rencontrent quotidiennement. Sept jours pour imaginer comment les entreprises pourraient « faire mieux », sept jours pour tenter de décoincer un système rouillé et inacceptable. Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille et à la solidarité, le disait très justement il y a quelques jours dans Les Echos : « Aujourd’hui, il faut donner à ces personnes leur citoyenneté et leur dignité, ce qui passe par le travail. » Le sondage de l’Adapt, paru la semaine dernière, ne dit pas autre chose : le travail est considéré comme le facteur principal d’insertion des personnes handicapées. Or le taux de chômage de ces personnes est de 19,3 %, soit grosso modo le double de moyenne nationale. La raison est double. D’une part un manque de qualification puisque 83 % d’entre elles ont une qualification inférieure au BEP. D’autre part, une connexion avec le monde de l’entreprise plus délicate et plus longue.

Chez Manpower, nous venons de dresser un premier bilan de nos actions 2009 en faveur de l’emploi des personnes handicapées. Il ne s’agit pas de s’en satisfaire : dans ce domaine plus particulièrement, les réalisations ne sont jamais suffisantes.

Néanmoins, malgré l’effondrement du marché du travail (et plus particulièrement temporaire), nous avons détachés 3500 travailleurs handicapés pour un total de 21 000 missions. Depuis le début de l’année, plus de 250 d’entre eux ont bénéficié d’une formation.

Parallèlement, missionné par l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), nous avons accompagné plus de 1000 entreprises dans 17 départements pour qu’elles mettent en place des actions positives (recrutements mais aussi contrats en alternance ou contrats avec des établissements du milieu protégé) leur permettant de répondre plus efficacement à leur obligation légale d’emploi de travailleurs handicapés (6% des effectifs des établissements de plus de 20 salariés, pour mémoire). Sur ces 1.000 établissements, plus de 50% ont d’ores et déjà mis en place des actions positives.

Enfin, nous avons mis en place une communauté de référents « Handicap » en régions, au sein de notre réseau : ils sont aujourd’hui plus de 450 (et demain plus de 600), formés à l’accueil, à la prise en charge et au recrutement des travailleurs handicapés pour nos clients.

Cette politique, nous la portons quotidiennement et je sais, pour l’avoir bien souvent entendu, combien nos collaborateurs sont fiers d’agir, à leur niveau, dans leur bassin d’emplois, dans leurs contacts avec nos clients, pour que chaque travailleur handicapé ait accès à l’emploi de façon plus rapide et plus pérenne.