2012, pour bâtir le 21ème siècle ?

On dit souvent que les siècles ne commencent vraiment qu’autour de leur dixième année et, en général, par de sérieuses remises en questions des fondamentaux du siècle precedent.

2012  démarre sur une perspective de récession, sinon de croissance nulle, notre lot de problèmes de 2011 restant fondamentalement non résolus.  Autant dire que la gestion de la crise occupe toutes nos énergies: survie des entreprises en difficulté de financement, gestion d’un chômage qui ne peut que progresser, réduction des déficits publics…autant de problématiques majeures auxquelles il faut essayer d’apporter des solutions avec une visibilité quasi nulle sur la suite des évènements.

C’est cette absence de visibilité qui me frappe tout particulièrement dans les discussions de toutes natures auxquelles je participe. Et je ne parle pas là de ceux qui, en septembre dernier, affirmaient que tout allait bien. Ce sont les mêmes qui prévoient aujourd’hui le pire d’ici quelques mois ! Je ne parle pas non plus de ceux qui pratiquent la méthode Coué et assurent que nous ne sommes que dans une crise financière (qui engendre nos difficultés économiques), rêvant sans doute ainsi à un retour à l’état ante dès lors que nous aurions réussi à maîtriser les marchés financiers.

Non, je parle plutôt de la difficulté  de tous à réellement envisager que certains de nos fondamentaux du siècle précédent puissent disparaitre totalement  dans les années à venir – et à en tirer ainsi les conséquences.  Oh bien sûr,  on « joue » avec les idées, les notions, les tendances :  prédominance de la Chine, éclatement potentiel ou fédération de la zone euro, fin de notre contrat social, bifurcation sociale entre pauvres et riches, qualifiés et non qualifiés,  nouvelles organisations du travail, nouveaux impacts des technologies, que sais-je encore… Mais tout ceci reste prudemment conceptuel: nous nous gardons bien d’en qualifier et d’en mesurer les impacts concrets et cumulés sur nos vies et nos sociétés.

Pourtant il me semble qu’il serait très utile de faire  l’exercice de se projeter un cran plus loin pour trouver des solutions plus pertinentes à nos problèmes d’aujourd’hui. Nous le faisons dans nos business car nous savons que sans s’abstraire de l’immédiat nous ne faisons qu’optimiser ce que nous faisons déjà et passons ainsi à coté des innovations de rupture ou des transformations majeures indispensables.

L’exercice, appliqué au monde du travail, nous dirait par exemple que nous sommes à l’aube d’une nouvelle vague d’impact des technologies de l’information, et qu’avec des organisations d’entreprises fondamentalement différentes, des technologies d’analyse de données infiniment plus puissantes, une capacité généralisée de connexion entre machines, des pans entiers de nos métiers d’aujourd’hui vont se transformer et disparaître et que les structures de management en seront largement impactées. Et pour la première fois, ces évolutions technologiques vont toucher significativement aussi des métiers de cadres et de management. Les schémas de représentation et de dialogue social, mais aussi l’organisation de notre protection sociale, en seront évidemment bouleversés.

Bien sûr, de nouvelles activités, de nouveaux métiers vont apparaître. Mais pour bénéficier de leur capacité de traction pour la croissance, faut-il encore les imaginer et les anticiper et créer les conditions de leur développement, à la fois en terme de financement et en terme de compétences.

Toujours plus facile à dire qu’à faire, les exercices de projection devraient mobiliser les filières, regrouper entrepreneurs, chercheurs et académiques et déboucher sur de nouveaux cursus de formation ou de reconversion – autant de projets de  développement qui pourrait être financés par le grand emprunt (au lieu d’investir presque uniquement sur des infrastructures).

Cette capacité à se projeter permettrait, me semble-t-il, de décrisper un certain nombre de débats actuels, parfaitement vains à l’échelle de la décennie… Utopique ? Non, mais difficile sûrement car l’urgence plaide souvent pour un réalisme court-termiste. Et pourtant… Ce serait bien ça, non, du leadership ?

C’est donc ce que je nous souhaite pour 2012. Du leadership, du courage, des bonnes volontés prêtes à se mobiliser pour construire ce 21ème siècle dont nous accouchons dans la douleur !

Services, croissance…et confiance (2/2)

La semaine dernière, s’est tenu le premier « Colloque national de l’innovation dans les services », organisé par le Groupement des Professions de Service (GPS). Une préoccupation commune et évidente pour tous les participants : faire mieux connaître l’apport des services dans l’économie et la nécessité absolue de sortir de ce schéma mortifère pour l’avenir de la France qui consiste à opposer industrie et services.

Comme le rappelait si justement Jean-Paul Betbèze, ce sont les services qui créent la culture d’innovation, l’aptitude au changement permanent et qui, le plus souvent, permettent la matérialisation de la création de valeur… Dans le jargon académique, on parle d’innovation « incrémentale »: elle prépare les innovations de rupture, qui, elles mêmes, ne peuvent s’imposer sans de nouvelles innovations plus modestes, qui précisent l’usage et font progresser la qualité des produits et services proposés…

Ce qui m’a frappée lors de cette réunion, ce sont les belles énergies positives des patrons présents, qu’ils dirigent des petites ou des grandes entreprises de services, et les notions omniprésentes dans leurs témoignages:

• La co-construction avec les salariés – comme avec les clients.
• La prise de risque , car on ne peut plus se contenter de répondre à une demande. Aujourd’hui c’est la solution innovante qui crée le marché , il faut donc prendre le risque de la créer et de la lancer.
• L’exigence de rester en avance et meilleur que ses concurrents. Travailler à conserver et renouveler la qualité du service offert, innover dans son modèle de commercialisation pour la matérialiser est une nécessité car c’est là qu’est l’avantage compétitif réel.
• Une relation avec le client qui évolue rapidement, demandant de combiner l’usage d’internet et des technologies, écoute et proximité, engagement sur les résultats et compétitivité des prix.

Tous ont décrit un cercle vertueux basé sur la confiance, l’implication des collaborateurs, des clients, des partenaires…et tous le vivent comme une réalité très concrète et une voie d’avenir pour notre économie.

A les écouter, j’avais une illustration bien vivante des propos de Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie, que cite Bruno Rousset dans son blog : « Virtuellement tout échange commercial contient une part de confiance comme toute transaction qui s’inscrit dans la durée. On peut vraisemblablement soutenir qu’une bonne part du retard de développement économique d’une société est due à l’absence de confiance réciproque entre ses citoyens. »

Travaillons sur la confiance si nous voulons aider notre avenir…