Un partenariat novateur et une étrange émotion

Depuis la mi-septembre, Pole Emploi a commencé à confier aux acteurs privés de l’emploi, dont Manpower, la mission d’accompagner et de remettre à l’emploi plus de 320 000 demandeurs d’emploi.
C’est un événement à plus d’un titre et je souhaite, au travers de quelques billets à venir, le mettre en perspective.

Auparavant, je veux dire mon étonnement face à l’émotion que ce partenariat suscite chez certains. En effet, j’entends ici et là (et plus particulièrement sur le web) que cette collaboration dérange : elle cacherait je-ne-sais-quelle « privatisation » du service public et révèlerait un opportunisme financier (et donc malsain) des agences d’emploi, alors même que leur efficacité n’est pas prouvée…

Je n’ai pas l’impression que ce type de « partenariats public privé » dans le secteur hospitalier, l’équipement urbain ou les transports suscite autant de réactions indignées. Pourquoi ces contrats, dont l’efficacité est reconnue et encouragée par de nombreuses organisations internationales comme la Banque mondiale, l’OCDE ou la Banque européenne d’investissement, n’auraient pas droit de cité dans le domaine de l’emploi, dont chacun, chaque jour davantage, reconnaît la situation d’urgence et la nécessité d’union nationale contre le chômage ?

Je pourrais mettre bon nombre de ces remarques sur le compte de l’idéologie mais préfère alléguer un manque d’informations.

Si nous allons accompagner dans les deux ans qui viennent plusieurs dizaines de milliers de demandeurs d’emploi confiés par Pôle Emploi, c’est parce que nos collaborateurs démontrent, depuis des années sur le terrain, leur connaissance des bassins d’emploi et plus précisément des besoins des entreprises et leur savoir-faire en termes d’évaluation et d’accompagnement des projets professionnels de nos candidats. Bref, prouvent leurs compétences et leur efficacité.

Deux chiffres me paraissent utiles à rappeler pour étayer mon propos : 20 000, c’est le nombre de recrutement en CDI réalisés par Manpower pour ses clients en 2008, alors que la crise débutait. 1/3, c’est le nombre de missions d’intérim qui se transforment en emploi durable.
Indiscutablement, c’est un sujet que nous maîtrisons. Mais c’est aussi un réel challenge car la crise s’impose violemment à nous tous – et la visibilité des différents acteurs économiques est encore très limitée.

Rapport Descoings : quel rôle pour le lycée dans l’insertion professionnelle des jeunes ?

Réforme du lycée et amélioration de la situation de l’emploi en France : voilà deux chantiers indissociables. J’en ai toujours eu la conviction, et la lecture du rapport de Richard Descoings, remis la semaine dernière au Président de la République, me conforte dans cette idée.

Un mot, d’abord, sur la démarche choisie par Richard Descoings pour mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Après les vives tensions qui s’étaient exprimées dans le milieu lycéen fin 2008, le directeur de Sciences Po Paris a compris que son rapport ne pourrait être une énième théorisation un peu pontifiante sur les carences du lycée français. Pour renouer le fil du dialogue et pour comprendre au mieux les aspirations des lycéens, il a choisi de leur donner la parole et de prendre en considération ce qu’ils avaient à dire. Au vu du résultat, le pari me semble plus que réussi : les paroles de lycéens citées dans le rapport ne donnent pas seulement une touche de « vécu » aux débats de fond, elles font émerger des pistes crédibles de réforme, qui témoignent d’une vraie réflexion des jeunes sur leur avenir.

Sur le fond, je dois dire que je ne partage pas les jugements sévères émis ces jours-ci par les commentateurs. On lit un peu partout que ses propositions seraient trop « consensuelles » – toute la presse semble s’être donné le mot ! – et que les sujets les plus sensibles auraient été prudemment évacués. Pour ma part, en tant que chef d’entreprise au cœur des questions d’emploi, j’ai été tout particulièrement intéressée par certains aspects de ce rapport.

Un exemple : Richard Descoings affirme d’emblée que la préparation à l’insertion professionnelle figure parmi les trois objectifs du lycée, avec la transmission des savoirs et la construction de la citoyenneté. Est-ce bien original ? me répondrez-vous. C’est en tout cas un point de départ essentiel pour toute réforme du lycée général et technologique. Certains considèrent encore que la question de l’avenir professionnel, trop directement matérielle, n’aurait pas sa place dans le lieu où se dispenserait exclusivement une culture par nature « désintéressée ». C’est là, me semble-t-il, une grave erreur d’appréciation. Face à cette vision élitiste, il faut inlassablement réaffirmer qu’une insertion réussie dans le marché du travail se construit dès la période lycéenne.

Le rapport Descoings a également le mérite de prendre à bras le corps la question cruciale de l’orientation. En soulignant qu’elle est aujourd’hui trop ponctuelle et trop subie, en préconisant de bâtir une orientation continue et éclairée, le directeur de Sciences Po vise juste. Certaines des mesures concrètes suggérées pour atteindre cet objectif me semblent prometteuses : multiplication des immersions en milieu professionnel, forums métiers au lycée, bilans individualisés de compétences, réorientations éventuelles en cours d’année… Autant de pistes à creuser pour faire que chaque élève puisse choisir, en connaissance de cause, le parcours qui lui convient le mieux et qui lui assure un avenir professionnel adapté.

Enfin, j’ai été sensible à la volonté résolue de Richard Descoings de revaloriser la filière professionnelle et la filière technologique, trop souvent victimes d’une injuste stigmatisation. Plaider, comme le fait le rapport, en faveur d’une rénovation de la filière STI (sciences et technologies industrielles) est une excellente initiative : destinée à former des ingénieurs et des cadres intermédiaires de l’industrie, cette filière technologique peut s’avérer décisive pour l’économie nationale. Rompre avec une hiérarchisation élitiste des filières et construire des parcours orientés vers des métiers socialement utiles : voilà exactement le chemin que doit prendre la future réforme du lycée français.

L’alternance, un des meilleurs dispositifs d’insertion professionnelle

Hier, en route vers mon bureau, j’écoutais Martin Hirsch répondre aux questions de Jean-Michel Aphatie sur RTL. D’emblée, le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et Haut commissaire à la Jeunesse a reconnu que « les 80 mesures prises en trente ans » n’ont pas permis de rompre avec ce mal bien français que constitue notre incapacité à intégrer massivement les générations nouvelles dans le marché du travail : le taux de chômage des 15-24 ans varie chez nous entre 15% et 25% depuis le début des années 80, en fonction de la conjoncture, et il a grimpé de 30% ces douze derniers mois.

Attention aux chiffres néanmoins : un taux de chômage de 25% ne signifie pas qu’un jeune sur quatre est au chômage. Car le taux de chômage se calcule rapporté au nombre de jeunes qui ont effectivement un emploi…et fort heureusement environ deux jeunes sur trois sont élèves ou étudiants. Le nombre de 15-24 ans au chômage, ramené à la totalité d’une génération, serait donc plutôt de l’ordre de 8 à 10%.

Cette précision faite, il n’en reste pas moins, qu’en la matière, la France fait figure de mauvaise élève en comparaison des autres pays développés. Le rapport de l’OCDE remis au Premier ministre par Anne Sonnet la semaine dernière qualifie notre performance de « médiocre » et Martin Hirsch estimait hier matin qu’il faudrait « entre 3 et 5 ans » pour inverser cette tendance.

Comment faire ? L’alternance, a-t-il souligné, que ce soit sous la forme de contrat de professionnalisation ou de contrat d’apprentissage en formation initiale, reste le meilleur des outils, puisqu’il permet, dans huit cas sur dix, d’obtenir au final un emploi pérenne. Une actualité fournie ces quinze derniers jours tendrait à prouver qu’il se dégage un certain consensus sur l’efficacité du dispositif.

Tout d’abord, ce qui est particulièrement intéressant selon moi, c’est que les jeunes eux-mêmes sont parfaitement au courant de l’efficacité de ces contrats de professionnalisation ou d’apprentissage comme l’a démontré un récent sondage de la Chambre syndicale des organismes de formation en alternance (même si, en raison de la crise, les recrutements en contrats de professionnalisation et d’apprentissage ont chuté de 30% depuis le début de l’année).

Reste maintenant à encourager l’accès à ces contrats, plus particulièrement pour les populations fragiles que sont les jeunes sans qualification (en 2007, sur 170 000 contrats de professionnalisation signés, seuls 32% concernaient des jeunes avec un niveau inférieur ou égal au CAP et BEP). C’est tout l’objet du rapport Pilliard, remis à Laurent Wauquiez le 7 mai dernier, qui préconise une meilleure appropriation du dispositif par les différents acteurs de l’emploi et un assouplissement des règles de financement.

Certains recommandent des solutions plus radicales : en instituant une obligation de 5% de salariés en formation par alternance aux entreprises de plus de 50 salariés, on doublerait le nombre de jeunes en alternance d’ici à 2011. C’est une des mesures phares du rapport Sabeg, qui, à mon sens, est passée un peu inaperçue (en comparaison de celles consacrées à la diversité proprement dite).

Enfin, preuve supplémentaire de cet intérêt grandissant pour l’alternance, le président de Véolia Environnement, Henri Proglio, vient de se voir confier une mission de « promotion et de développement » des contrats d’apprentissage et de professionnalisation, au terme de laquelle une « Charte de l’alternance » (avec des engagements chiffrés) serait proposée aux entreprises et aux branches professionnelles.

PS : nous avons fait paraître dans Les Echos d’hier et dans Le Monde daté d’aujourd’hui une nouvelle annonce qui propose de retrouver sur manpower.fr plus de 2700 CDI, 400 CDD et 4800 missions dans tous secteurs, dans toute la France. Beaucoup de ces contrats sont destinés aux jeunes. Mais c’est encore malheureusement bien insuffisant.

Japon, travail et emploi

Première journée à Tokyo et successions de rencontres. Immédiatement, je me rends pleinement compte de la puissance d’une marque comme la nôtre et de la réalité d’une vraie « culture Manpower ». A quelques détails circonstanciels près, mes réunions pourraient se tenir à Paris… Je me sens donc très vite « comme chez moi »!

En revanche (et ce n’est pas une surprise !)  la situation de l’emploi et le monde du travail sont vraiment très éloignés des nôtres !

En effet, avec 3,35 millions de chômeurs, le taux de chômage atteint 4,8% dans l’archipel. Il est en hausse de 25% en un an, son niveau le plus élevé depuis août 2004. On pourrait considérer ces chiffres avec envie : le chômage en France n’est jamais passé sous la barre des 7% depuis 1981 !

Mais la réalité est beaucoup plus complexe et rend l’exercice comparatif impossible. En cause principalement la méthode de comptabilisation des demandeurs d’emplois: quelques heures travaillées dans le mois suffisent pour ne plus être considéré comme chômeur, par exemple. Ou encore, l’exclusion des statistiques au bout d’une période beaucoup plus courte que dans les autres grands pays de l’OCDE. Bref, on admet qu’il faudrait, à mesure égale, multiplier ce taux par environ deux, ce qui le situerait à un niveau assez similaire à l’Europe.  Autre raison : la protection sociale au Japon est assurée par l’entreprise, et non par l’Etat… Résultat : l’assurance-chômage est inférieure à un an et l’indemnité quotidienne maximum est de l’ordre de 50 euros. La situation des sans-emplois est donc rapidement très difficile, ce qui rend la crise très présente et très visible.

Même si globalement, la législation du travail nippone permet davantage de flexibilité pour les entreprises qu’en France, le marché du travail est néanmoins très réglementé. Le travail temporaire, par exemple, est interdit dans les activités portuaires et dans la construction, deux secteurs fondamentaux de l’économie japonaise ; il est aussi limité à une année, sauf pour 26 qualifications spécifiques et bien précises… Par ailleurs, le travailleur intérimaire est très mal couvert socialement puisque l’obligation de l’inscrire à une caisse d’assurance sociale ou d’assurance chômage est soumise à une franchise de 90 jours… Contrairement à la France, où son statut repose sur un principe de continuité de protection sociale (au moins équivalente à celle d’un salarié en CDI) qui compense la discontinuité des missions. D’où une forte proportion de travailleurs pauvres au Japon.

Du côté des similitudes entre les deux modèles, il y a certainement le mauvais sort fait à la jeunesse : au Japon, plus d’un jeune travailleur sur trois âgé de 15 à 24 ans, à l’exclusion des étudiants, occupe un emploi non régulier ou à temps partiel, et surtout généralement très peu qualifiant. Ce qui a pour incidence, outre les aspects économiques et sociaux (le sous-salariat induit l’incapacité d’émancipation matérielle, ce qui conduit à un schéma familial de type « communautaire ») de bloquer l’accès à l’emploi permanent. Ce sont les fameux « freeter » (ou les « neet », qui eux, trop découragés, ne recherchent pas d’emploi) qui constituent une population bien particulière, avec ses modes de (basse) consommation, ses repères et sa propre culture, souvent urbaine et parfois violente car désespérée.

Depuis peu, le gouvernement japonais a d’ailleurs initié une série de réformes d’ampleur, destinées à améliorer le sort de sa jeunesse : formation professionnelle, centre multiservices d’emploi dédiés, système de cartes d’emploi, etc. Cela n’est pas sans me rappeler quelque chose…à 10 000 km de là.

Je tenterai demain, si mon agenda m’en laisse un peu le temps, de vous raconter la suite de mes étonnements et de mes enthousiasmes, ainsi que les initiatives de Manpower Japan pour répondre à ces défis.

Le péril jeune ?

Quel avenir préparons-nous à notre jeunesse ? Dans un post précédent, j’évoquais, face à la crise, l’hypothèse d’un retour en grâce du « modèle français ». Or, s’il est un domaine dans lequel la France fait bien figure de contre-modèle, c’est bien celui de sa politique envers la jeunesse.

Le diagnostic est connu :

  1. un système éducatif qui fait encore la part trop belle aux parcours élitistes et reste insuffisamment tourné vers l’emploi (contrairement à l’Allemagne) ;
  2. un marché du travail qui fait principalement peser sur les nouveaux entrants le poids des impératifs de flexibilité et de mobilité (contrairement au Royaume-Uni);
  3. un système de protection sociale qui privilégie les aides sur les familles plus que sur les individus, entravant toute autonomie réelle des jeunes (contrairement au Danemark).

Les statistiques, elles-aussi, sont bien connues : 150 000 jeunes français quittent chaque année l’école sans aucun diplôme ; ce chiffre, en lui-même considérable, prend une dimension réellement inquiétante lorsqu’on l’additionne sur plusieurs années. Il explique en très grande partie le taux de chômage à deux chiffres de 15-24 ans, qui depuis les années 1980 reste quasi-inchangé, fluctuant selon la conjoncture entre 20 et 25%. Début 2008, alors même que le niveau de chômage total atteignait son niveau le plus bas depuis 1983 (7,2%), le chômage des 16-25 ans peinait à descendre sous la barre des 17 %. Avec la crise, il est remonté en flèche, et s’établit désormais à 21.1%, deux fois plus qu’en Allemagne (10.3%) et près de quatre fois plus qu’aux Pays-Bas (5.6%).

Le gouvernement s’est attelé la semaine dernière à prendre le problème à bras le corps en annonçant un paquet de mesures. Si celles-ci vont dans le bon sens – extension des contrats d’apprentissage, qui concernent aujourd’hui moitié moins de jeunes Français (350 000) que de jeunes Allemands (600 000), contrats aidés en entreprise plutôt que dans le secteur public – elles ne sauraient faire l’économie de réformes structurelles, tenant compte, au-delà des jeunes non qualifiés, de l’ensemble de la jeunesse française.

Le malaise de cette dernière est en effet bien antérieur à la crise, et parmi ses multiples causes, celle d’une crise de sens n’est pas la moindre. Dans une enquête édifiante réalisée en 2008 par la Fondation pour l’Innovation Politique, les jeunes Français étaient deux fois moins nombreux (25.6%) que leurs homologues américains (54.1%) à estimer leur avenir prometteur. Si les jeunes Français avaient quelques bonnes raisons d’être moins optimistes que leurs homologues d’Outre Atlantique, on aurait tort toutefois de s’arrêter à ce constat de résignation. L’histoire des quarante dernières années a amplement démontré la capacité de révolte de la jeunesse française ; prenons à garde à ce que celle-ci ne soit pas le ferment d’une prochaine crise sociale.

Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression (suite) ?

Dernières heures à Milwaukee avant mon vol de retour en France.

Le président de la Réserve fédérale de Dallas, Richard Fisher, vient d’annoncer que le taux de chômage aux Etats-Unis pourrait dépasser les 10% d’ici la fin de l’année. Comme je l’indiquais il y a quelques jours,  l’Amérique pourrait donc malheureusement redécouvrir le fléau du chômage de masse.

Faut-il y voir, pour les travailleurs américains, le prélude d’une période qui n’aura rien à envier à celle de la Grande Dépression ? Si l’on est (heureusement) encore loin de la période de détresse illustrée par un Steinbeck ou le photographe Walker Evans, le parallèle ne semble pas moins tentant.

Comme en 1929, la crise actuelle a été précédée d’une période de spéculation boursière et d’un boom immobilier, qui ont suivi une première récession (1921 ; 2001) rapidement résorbée quelques années auparavant. Comme en 1929, ce sont les industries de biens d’équipement (notamment l’automobile) et les emplois correspondants qui sont les plus touchés, même si les autres secteurs ne sont pas épargnés.

Mais le parallèle s’arrête là : si le déclin de la production américaine est aujourd’hui réel (-6,3% en rythme annuel au 4ème trimestre 2008, plus du double en ce qui concerne la production industrielle) et l’accroissement du taux de chômage préoccupant, on est encore loin des chiffres atteints lors de la Grande Dépression. A l’époque, c’est de 25% à 30% que recule le PIB (entre 1929 et 1933), tandis que le chômage frappe près d’un actif sur quatre… La situation de l’emploi est en réalité à l’époque encore plus grave, puisqu’il faut tenir compte que la population active comportait une proportion considérable (près de 20%) d’agriculteurs échappant au chômage (sans être toutefois épargnés par la misère), ce qui fait qu’un taux de 10-15% apparaissait déjà comme considérable. D’autre part, la définition «rétrospective » du chômeur (ie, exclusivement celui qui avait perdu son emploi) ne tenait pas compte des travailleurs potentiels comme les jeunes diplômés ou les femmes cherchant à entrer dans le monde du travail. Enfin – et c’est un point crucial – il ne faut pas oublier qu’à l’époque les travailleurs américains ne bénéficiaient d’aucune protection sociale, puisque celle-ci fut mise en place pendant le New Deal.

Il n’en demeure pas moins que les perspectives liées à la situation actuelle de l’emploi aux Etats-Unis sont préoccupantes, et risquent de mettre à l’épreuve la cohésion sociale du pays.

Premièrement, si l’une des principales explications du dynamisme de l’emploi aux Etats-Unis tenait à la formidable mobilité de ses travailleurs, celle-ci est aujourd’hui mise à mal. Conséquence de la politique d’accession à la propriété menée par l’administration sortante et de l’effondrement du marché immobilier, un nombre de ménages croissant se trouve aujourd’hui « coincé » avec un bien dont la valeur est inférieure à la dette contractée. Résultat, entre 2007 et 2008, seuls 11.9% d’entre eux ont déménagé, soit le chiffre le plus bas depuis les années 1940…

Deuxièmement, si, contrairement aux idées reçues, la protection sociale aux Etats-Unis est réelle, depuis les réformes engagées dans les années 1990, l’aide sociale est le plus souvent attachée à l’occupation d’un emploi ; or l’efficacité du workfare dans la réduction de la pauvreté risque d’être remise en question avec l’apparition du chômage de masse

Enfin, apparaissent dès aujourd’hui des tensions entre des populations hier séparées et désormais en compétition pour les mêmes emplois : immigrants illégaux et travailleurs « wasps » en Californie, jeunes contre vieux ailleurs

Toutefois, je préfère croire en la formidable capacité des américains à rebondir, leur sens de l’initiative et leur créativité, jamais démentie par le passé, pour surmonter l’épreuve actuelle. Qui sait si derrière la multitude de micro-entreprises qui se créent actuellement – dont beaucoup relèvent certes d’un « entreprenariat forcé », ne se cache pas le renouveau de l’économie américaine ?

Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression ?

Je serai toute la semaine prochaine aux Etats-Unis, à Milwaukee, dans le Wisconsin où se trouve le siège social de Manpower Inc. Et il se trouve que le Bureau of Labor Statistics doit présenter ce vendredi la situation de l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de mars ; si l’on en croit le consensus des économistes, les destructions d’emplois devraient s’établir à 654 000 postes, ce qui devrait ramener le taux de chômage à 8,5% de la population active. Certains analystes sont même plus alarmistes, comme Nigel Gault d’IHS Global Insight, qui prévoit jusqu’à 750 000 destructions de postes pour le mois de mars – un chiffre inédit depuis 1949 – et un taux de chômage de 8,6%. Les quelques signes de reprise que certains croyaient voir ces derniers jours – redémarrage fébrile de la consommation des ménages et stabilisation du marché immobilier – ne se traduiront donc pas dans les statistiques de l’emploi.

Au cours des trois derniers mois, il faut bien dire que le rythme de destruction des emplois a frappé par son ampleur, déjouant par deux fois – en décembre et en janvier – les prédictions des analystes. Depuis le début de la récession, en décembre 2007, l’économie américaine a perdu au total plus de 4,4 millions d’emplois – les statistiques de vendredi devraient porter ce chiffre à plus de 5 millions – et le nombre de chômeurs atteint désormais 12,5 millions. Si le taux de chômage national s’élevait en février à 8,1%, les disparités sont fortes selon les Etats ; dès janvier, quatre d’entre eux – Californie, Caroline du Sud, Michigan (berceau de l’industrie automobile) et Rhodes Island – présentaient un taux de chômage à deux chiffres.

Il convient d’ajouter que ces statistiques ne présentent qu’une partie de la réalité : si l’on ajoute aux chômeurs « officiels » les personnes qui ont cessé de chercher du travail, on arrive à 9,3% de la population active, voire même 14.8% si l’on tient compte de celles qui ont été contraintes d’accepter un temps partiel. L’Amérique semble ainsi redécouvrir le fléau du chômage de masse, qu’elle croyait réservé à la vieille Europe…

Vivre la crise en préparant la reprise

Déplacement hier à Reims: quelques heures passées avec une vingtaine de collaborateurs permanents de Manpower (Directeur de secteur, responsables et assistant(e)s d’agence, conseillers en recrutement…) qui travaillent dans une région dont le volume d’emplois temporaires est en recul de près de 50% par rapport à l’année dernière à la même époque. J’écoute une équipe qui tient fermement la barre – et ses performances récentes, dans un marché sinistré, en témoignent.

C’est la raison principale de ma visite: leur témoigner ma reconnaissance pour le travail mené quotidiennement et mettre en lumière, pour l’ensemble des collaborateurs du groupe, des principes commerciaux et organisationnels nouveaux qui permettent de résister tant bien que mal.

Nous déjeunons ensemble, debout, de façon presque informelle, et la qualité de nos échanges s’en ressent: désinhibés, simples et directs, comme je les aime.

Ce qui me frappe à chaque fois que je vais « sur le terrain« , en agences, c’est cette expertise fine des bassins d’emplois locaux, cette proximité de tous les instants avec nos clients qui souffrent et avec lesquels entretenir un lien fort et pérenne est plus que jamais indispensable, quand bien même notre volume d’affaires avec eux serait-il fortement réduit. Ce que je ressens aussi, c’est l’attachement de chacun à notre maison commune, à ses missions, à ses valeurs. C’est ce qui constitue la force d’une marque: rester fidèle à soi-même par tous temps.

Dans le train, de retour vers Paris, je me sens encore plus « d’attaque« , comme « boostée » par ce que j’ai vu et entendu: un management de proximité, une qualité d’accompagnement et des initiatives commerciales astucieuses qui permettent « de tenir » et de préparer très en amont le temps de la croissance retrouvée. Une reprise dont j’ignore le calendrier mais dont je suis persuadée qu’elle sera vive dans le secteur de l’emploi tant les témoignages des uns et des autres me prouvent que, bien souvent, les entreprises se sont mises « à stock zéro » de façon quasi immédiate…

Les raisons de cet empressement ? Très certainement l’anticipation par beaucoup d’entreprises de grandes difficultés de financement. En amont, la chaîne des fournisseurs a donc été immédiatement impactée, créant un « effet domino » avec les effets induits et ravageurs sur l’emploi que l’on connait. C’est une analyse qui a d’ailleurs fait l’objet d’une très intéressante discussion lors d’un dîner avec de « grands DRH » auquel j’assistais il y a quelques jours, et sur lequel je reviendrai.

Mais je serais dès à présent très intéressée à lire vos commentaires ou expériences à ce sujet.

Chiffres du chômage et offres d’emploi

cdiLes chiffres du chômage sont tombés : 79 900 chômeurs de plus en février. Des chiffres lourds de conséquence et qui ne font que confirmer, mois après mois, que nous nous approchons d’un niveau de chômage de masse tel que nous n’en avions pas connu depuis 2003 ou 2004.

En ce domaine comme dans d’autres, il ne faut surtout pas s’arrêter à l’aridité statistique des chiffres et des tendances : derrière cette courbe, ce sont des milliers d’individus, de couples et de familles qui connaissent le désarroi, la peine, l’inquiétude et parfois la colère. A ces histoires, qui sont toutes individuelles, il faut dès aujourd’hui répondre urgemment, et au cas par cas. Ne plus analyser et répondre « en masse », mais s’efforcer au contraire de considérer chaque demandeur d’emploi comme un talent à part, une somme de compétences uniques, acquises ou en construction – et dont les spécificités du parcours et des savoirs nécessitent une écoute fine et une expertise « sur mesure ».

Comme un paradoxe, nous avons chez Manpower plus de 10 000 annonces qui n’ont pas encore trouvé de candidats : 2000 en CDI et 8000 missions de travail temporaire. C’est pourquoi demain matin, vous trouverez dans un certain nombre de titres de la presse parisienne ( Le Monde, Libération et Le Parisien/Aujourd’hui) une longue liste d’offres d’emploi estampillées manpower.fr. Plus de 2000 postes en CDI, dans des secteurs très divers, des entreprises de toutes tailles, partout en France.

Plus de 2000 postes que j’ai fait extraire de nos fichiers et que j’ai voulu afficher, simplement et dans l’urgence. 2000 postes bien réels, mais qui constituent aussi autant de messages de soutien adressés aujourd’hui à ceux qui doutent et qui sont dans la peine.

Chômage de masse et pénurie de main d’oeuvre

Ce matin sur RTL, invitée dans l’émission de Vincent Parizot.
Un auditeur raconte qu’il ne peut honorer un certain nombre de contrats en raison de la pénurie de main d’oeuvre dans son secteur, la restauration de bâtiments. Son témoignage doit sembler bien anachronique aux auditeurs. Presque violent ou provocateur, pour ces Français qui vivent quotidiennement une montée du chômage, que beaucoup qualifient d’inexorable. Mais ce chef d’entreprise ne fait que refléter une situation intrinsèquement paradoxale et malheureusement bien française, qui va devenir de plus en plus douloureuse, car de plus en plus inacceptable.
Xavier Huillard, le président de Vinci, expliquait avant-hier en présentant ses résultats, que le secteur de la construction souffrirait en 2009…mais qu’une pénurie de main d’oeuvre était à craindre en 2010 et 2011 !
Et le 9 mars sera mis en ligne le site unavenirsolide.com, site ludique et informatif au centre d’une campagne destinée à valoriser les métiers du bâtiment et des travaux publics auprès des jeunes de 13 à 16 ans. Une initiative parmi bien d’autres pour attirer les (très) jeunes (hommes ET femmes) vers les métiers du secteur…en cassant bien des préjugés, et lutter en amont contre un taux de chômage « à la française » qui pourrait atteindre 10.6% en 2010 selon la Commission européenne…