Ne pas confondre création d’emplois et baisse du chômage

Nous publions aujourd’hui notre baromètre trimestriel des perspectives d’emploi en France.

Selon cette enquête, élaborée à partir d’entretiens réalisés auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1000 employeurs, le marché de l’emploi hexagonal devrait poursuivre au premier trimestre 2010 sa stabilisation, observée fin 2009 : le solde net d’emploi pourrait s’établir à +1% entre janvier et mars, en hausse de trois points sur un an. Il s’agit là des premières prévisions nettes d’emploi positives depuis le quatrième trimestre 2008, et je souhaite y voir un signe encourageant d’entrée en convalescence de notre économie.

Attention néanmoins aux conclusions hâtives : en effet, l’augmentation de l’emploi n’entraîne pas tout de suite de baisse du chômage. Pourquoi ? Tout simplement parce que la création d’emploi suscite de la part des personnes jusqu’ici inactives et sorties du marché du travail l’espoir de (re)trouver un travail. Autrement dit, ces personnes vont entrer ou retourner sur le marché.

C’est ce que l’on appelle techniquement la flexion du taux d’activité – un indicateur qui permet de mesurer un chômage jusqu’ici caché. Les économistes estiment que ce différentiel entre augmentation de l’emploi et baisse du chômage varie entre 18 et 30%. Autrement dit, il faut créer entre 118 et 130 emplois pour faire baiser le chômage de 100. Voilà pourquoi on peut observer le paradoxe suivant : la concomitance d’une hausse simultanée de l’emploi et du chômage.

C’est pourquoi, malheureusement, je crains, comme Laurent Wauquiez, qu’il faut s’attendre à de nouveaux «mois difficiles» sur le front du chômage sans pour autant négliger les signes d’espoir.

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Semaine pour l’emploi des personnes handicapées : formation et connexion, deux axes de progrès

Cette semaine est celle de l’emploi des personnes handicapées : sept jours pour mettre en lumière les difficultés d’insertion dans le monde du travail que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes rencontrent quotidiennement. Sept jours pour imaginer comment les entreprises pourraient « faire mieux », sept jours pour tenter de décoincer un système rouillé et inacceptable. Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille et à la solidarité, le disait très justement il y a quelques jours dans Les Echos : « Aujourd’hui, il faut donner à ces personnes leur citoyenneté et leur dignité, ce qui passe par le travail. » Le sondage de l’Adapt, paru la semaine dernière, ne dit pas autre chose : le travail est considéré comme le facteur principal d’insertion des personnes handicapées. Or le taux de chômage de ces personnes est de 19,3 %, soit grosso modo le double de moyenne nationale. La raison est double. D’une part un manque de qualification puisque 83 % d’entre elles ont une qualification inférieure au BEP. D’autre part, une connexion avec le monde de l’entreprise plus délicate et plus longue.

Chez Manpower, nous venons de dresser un premier bilan de nos actions 2009 en faveur de l’emploi des personnes handicapées. Il ne s’agit pas de s’en satisfaire : dans ce domaine plus particulièrement, les réalisations ne sont jamais suffisantes.

Néanmoins, malgré l’effondrement du marché du travail (et plus particulièrement temporaire), nous avons détachés 3500 travailleurs handicapés pour un total de 21 000 missions. Depuis le début de l’année, plus de 250 d’entre eux ont bénéficié d’une formation.

Parallèlement, missionné par l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), nous avons accompagné plus de 1000 entreprises dans 17 départements pour qu’elles mettent en place des actions positives (recrutements mais aussi contrats en alternance ou contrats avec des établissements du milieu protégé) leur permettant de répondre plus efficacement à leur obligation légale d’emploi de travailleurs handicapés (6% des effectifs des établissements de plus de 20 salariés, pour mémoire). Sur ces 1.000 établissements, plus de 50% ont d’ores et déjà mis en place des actions positives.

Enfin, nous avons mis en place une communauté de référents « Handicap » en régions, au sein de notre réseau : ils sont aujourd’hui plus de 450 (et demain plus de 600), formés à l’accueil, à la prise en charge et au recrutement des travailleurs handicapés pour nos clients.

Cette politique, nous la portons quotidiennement et je sais, pour l’avoir bien souvent entendu, combien nos collaborateurs sont fiers d’agir, à leur niveau, dans leur bassin d’emplois, dans leurs contacts avec nos clients, pour que chaque travailleur handicapé ait accès à l’emploi de façon plus rapide et plus pérenne.

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L’intérim, annonciateur de reprise ?

Les chiffres publiés par l’Insee vendredi témoignent d’un coup d’arrêt des destructions de postes au troisième trimestre, ce qui constitue une nouvelle aussi heureuse que surprenante, pour bien des raisons sur lesquelles on pourra revenir.

Dans l’immédiat, il apparait que cette quasi-stabilisation est due en grande partie à l’emploi intérimaire, dont la hausse, pendant cette même période, a été de 8,6%. Peut-on pour autant parler de reprise, ou de rebond comme je le lis déjà ici ou là ? Je pense qu’il convient d’être très prudent dans les termes et qu’il faut remettre quelques éléments en perspective. Un préambule tout d’abord : pour interpréter convenablement les chiffres de vendredi, il faut savoir que les intérimaires sont comptabilisés par l’Insee dans le secteur tertiaire, quelles que soient la nature et la destination de leurs missions. De facto, c’est donc le secteur tertiaire qui profite statistiquement de ce rebond de l’emploi intérimaire – et sa croissance ne serait que de 0,1% hors intérim. Quant à la construction et à l’industrie, ces deux secteurs ont encore perdu des emplois au 3ème trimestre…

 
Il y a donc 474 000 emplois dans l’intérim aujourd’hui. C’est « juste » 200 000 de moins qu’au premier trimestre 2008, avant la crise. Il est vrai qu’au deuxième trimestre de cette année, l’emploi intérimaire s’est stabilisé après un an de repli (et le terme de « repli » est un euphémisme, puisque le nombre de salariés intérimaires a baissé de 29 % en un an – et de plus de 40% dans l’industrie). Avec 436 600 salariés (soit 2,3% des salariés de l’ensemble des secteurs concurrentiels), l’emploi intérimaire s’est donc retrouvé fin juin à un niveau comparable à celui de la fin de 1998, effaçant ainsi dix années consécutives de hausse. Pouvait-on descendre plus bas ? Autrement dit, l’effondrement a été tel qu’on ne pouvait que remonter…un peu.

 
Et puis il y a un autre indicateur qu’il faut prendre en compte si l’on veut juger de la « vitalité » de ce rebond : c’est la durée des missions. Au deuxième trimestre, par exemple, si le nombre de missions dans l’industrie a effectivement légèrement progressé, leur durée a malheureusement continué à baisser, entrainé par la part croissante de missions de moins d’une semaine au détriment des missions d’au moins quatre semaines. Dans la construction ou le tertiaire, les durées moyennes des missions étaient elles aussi en baisse…
Bref, pour reprendre l’avertissement de l’Insee dans son « Portrait social 2009 », je considère effectivement qu’il « faudra un certain temps au système statistique pour appréhender l’ensemble des conséquences sociales de la crise économique et pour les mesurer avec les enquêtes structurelles ».

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Sur le terrain, contre le chômage : l’accompagnement individuel

Depuis le début août (date à laquelle Pôle Emploi nous a signifiés que nous étions retenus dans huit régions françaises pour remettre à l’emploi plus de 70 000 personnes), je me tiens quotidiennement informée de l’état d’avancement des infrastructures et des formations nécessaires à la mise en œuvre de notre mission.

Les délais sont courts et le challenge immense mais je constate avec une très grande satisfaction que nos équipes sont en liaison permanente avec celles de Pôle Emploi. Nous marchons côte à côte, ensemble et au même rythme dans la mise en place de solutions pérennes et efficaces. Au-delà de la relation client-fournisseur traditionnelle, nous sommes au service d’une cause nationale, animé par une conviction commune : l’accompagnement individuel constitue LA réponse au chômage de longue durée.

C’est pour cela que je me réjouis de la publication du rapport du comité d’évaluation des expérimentations d’accompagnement renforcé des chômeurs est . En effet, pour rappel, il s’agissait de comparer l’efficacité de deux expérimentations utilisant des méthodes voisines, mises en place en 2007: le CVE (« Cap vers l’entreprise »), mené par l’ANPE de l’époque, et le suivi des opérateurs privés (pour information, Manpower n’y avait pas participé).

J’ai bien lu, ces derniers temps, que la presse se focalisait sur la performance comparée des opérateurs privés et de l’opérateur public de l’emploi. Il ne s’agit pas de polémiquer, et nous sommes manifestement, une fois encore, Christian Charpy et moi-même, du même avis : « Il faut éviter d’opposer le public et le privé sur le placement des chômeurs », explique le directeur général de Pôle Emploi dans Les Echos il y a quelques jours.

Au-delà de cette comparaison et des moyens qui l’autorisent (et sur lesquelles on pourrait débattre, ou qui pourront être améliorés selon les axes suggérés par les rapporteurs), quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?
• L’accompagnement renforcé assure un taux de sortie vers l’emploi au bout de douze mois d’environ 37% supérieur au suivi classique.
• Les bénéficiaires de cet accompagnement obtiennent des emplois généralement plus durables que le parcours classique

J’ajouterai qu’une collaboration, bien comprise par chacun, améliore les performances des uns et des autres (et c’est aussi une conclusion du rapport). Une saine émulation, donc, au profit donc de l’intérêt général.

Autre point important : le rapport souligne que la motivation et le professionnalisme des équipes dédiées influent sur les performances. Bonne nouvelle : chez Manpower, nos collaborateurs « référents Pôle Emploi » ont été sélectionnés en interne sur la base du volontariat – ce qui traduit leur motivation. Et ils ont été retenus par Pôle Emploi, CV à l’appui, pour leur expérience et leur compétence.

En outre, nous avons acquis ces dernières années une véritable expertise en matière d’accompagnement vers l’emploi des allocataires de minima sociaux, notamment en créant et en filialisant une entité ad hoc: Manpower Egalités des Chances. Une filiale qui a d’ores et déjà accompagné, à la demande de 11 Conseils généraux, plus de 5000 personnes (bénéficiaires du RSA ou chômeurs de longue durée) vers l’emploi durable (c’est-à-dire un contrat de plus de 6 mois).

Enfin, régulièrement, Laurent Wauquiez et Christine Lagarde réunissent tous les acteurs concernés par ce combat d’union nationale. Des outils de suivi rigoureux permettront à chacun de disposer d’une vision fine et claire des marges de progrès.

Nous sommes dans le bon sens de l’histoire, et même si les conservatismes sont encore vivaces (dans les médias aussi…), il est temps de déclarer «insupportable» le chômage de longue durée et de s’unir quand la maison brûle.

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Un partenariat novateur et une étrange émotion

Depuis la mi-septembre, Pole Emploi a commencé à confier aux acteurs privés de l’emploi, dont Manpower, la mission d’accompagner et de remettre à l’emploi plus de 320 000 demandeurs d’emploi.
C’est un événement à plus d’un titre et je souhaite, au travers de quelques billets à venir, le mettre en perspective.

Auparavant, je veux dire mon étonnement face à l’émotion que ce partenariat suscite chez certains. En effet, j’entends ici et là (et plus particulièrement sur le web) que cette collaboration dérange : elle cacherait je-ne-sais-quelle « privatisation » du service public et révèlerait un opportunisme financier (et donc malsain) des agences d’emploi, alors même que leur efficacité n’est pas prouvée…

Je n’ai pas l’impression que ce type de « partenariats public privé » dans le secteur hospitalier, l’équipement urbain ou les transports suscite autant de réactions indignées. Pourquoi ces contrats, dont l’efficacité est reconnue et encouragée par de nombreuses organisations internationales comme la Banque mondiale, l’OCDE ou la Banque européenne d’investissement, n’auraient pas droit de cité dans le domaine de l’emploi, dont chacun, chaque jour davantage, reconnaît la situation d’urgence et la nécessité d’union nationale contre le chômage ?

Je pourrais mettre bon nombre de ces remarques sur le compte de l’idéologie mais préfère alléguer un manque d’informations.

Si nous allons accompagner dans les deux ans qui viennent plusieurs dizaines de milliers de demandeurs d’emploi confiés par Pôle Emploi, c’est parce que nos collaborateurs démontrent, depuis des années sur le terrain, leur connaissance des bassins d’emploi et plus précisément des besoins des entreprises et leur savoir-faire en termes d’évaluation et d’accompagnement des projets professionnels de nos candidats. Bref, prouvent leurs compétences et leur efficacité.

Deux chiffres me paraissent utiles à rappeler pour étayer mon propos : 20 000, c’est le nombre de recrutement en CDI réalisés par Manpower pour ses clients en 2008, alors que la crise débutait. 1/3, c’est le nombre de missions d’intérim qui se transforment en emploi durable.
Indiscutablement, c’est un sujet que nous maîtrisons. Mais c’est aussi un réel challenge car la crise s’impose violemment à nous tous – et la visibilité des différents acteurs économiques est encore très limitée.

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Rapport Descoings : quel rôle pour le lycée dans l’insertion professionnelle des jeunes ?

Réforme du lycée et amélioration de la situation de l’emploi en France : voilà deux chantiers indissociables. J’en ai toujours eu la conviction, et la lecture du rapport de Richard Descoings, remis la semaine dernière au Président de la République, me conforte dans cette idée.

Un mot, d’abord, sur la démarche choisie par Richard Descoings pour mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Après les vives tensions qui s’étaient exprimées dans le milieu lycéen fin 2008, le directeur de Sciences Po Paris a compris que son rapport ne pourrait être une énième théorisation un peu pontifiante sur les carences du lycée français. Pour renouer le fil du dialogue et pour comprendre au mieux les aspirations des lycéens, il a choisi de leur donner la parole et de prendre en considération ce qu’ils avaient à dire. Au vu du résultat, le pari me semble plus que réussi : les paroles de lycéens citées dans le rapport ne donnent pas seulement une touche de « vécu » aux débats de fond, elles font émerger des pistes crédibles de réforme, qui témoignent d’une vraie réflexion des jeunes sur leur avenir.

Sur le fond, je dois dire que je ne partage pas les jugements sévères émis ces jours-ci par les commentateurs. On lit un peu partout que ses propositions seraient trop « consensuelles » – toute la presse semble s’être donné le mot ! – et que les sujets les plus sensibles auraient été prudemment évacués. Pour ma part, en tant que chef d’entreprise au cœur des questions d’emploi, j’ai été tout particulièrement intéressée par certains aspects de ce rapport.

Un exemple : Richard Descoings affirme d’emblée que la préparation à l’insertion professionnelle figure parmi les trois objectifs du lycée, avec la transmission des savoirs et la construction de la citoyenneté. Est-ce bien original ? me répondrez-vous. C’est en tout cas un point de départ essentiel pour toute réforme du lycée général et technologique. Certains considèrent encore que la question de l’avenir professionnel, trop directement matérielle, n’aurait pas sa place dans le lieu où se dispenserait exclusivement une culture par nature « désintéressée ». C’est là, me semble-t-il, une grave erreur d’appréciation. Face à cette vision élitiste, il faut inlassablement réaffirmer qu’une insertion réussie dans le marché du travail se construit dès la période lycéenne.

Le rapport Descoings a également le mérite de prendre à bras le corps la question cruciale de l’orientation. En soulignant qu’elle est aujourd’hui trop ponctuelle et trop subie, en préconisant de bâtir une orientation continue et éclairée, le directeur de Sciences Po vise juste. Certaines des mesures concrètes suggérées pour atteindre cet objectif me semblent prometteuses : multiplication des immersions en milieu professionnel, forums métiers au lycée, bilans individualisés de compétences, réorientations éventuelles en cours d’année… Autant de pistes à creuser pour faire que chaque élève puisse choisir, en connaissance de cause, le parcours qui lui convient le mieux et qui lui assure un avenir professionnel adapté.

Enfin, j’ai été sensible à la volonté résolue de Richard Descoings de revaloriser la filière professionnelle et la filière technologique, trop souvent victimes d’une injuste stigmatisation. Plaider, comme le fait le rapport, en faveur d’une rénovation de la filière STI (sciences et technologies industrielles) est une excellente initiative : destinée à former des ingénieurs et des cadres intermédiaires de l’industrie, cette filière technologique peut s’avérer décisive pour l’économie nationale. Rompre avec une hiérarchisation élitiste des filières et construire des parcours orientés vers des métiers socialement utiles : voilà exactement le chemin que doit prendre la future réforme du lycée français.

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L’alternance, un des meilleurs dispositifs d’insertion professionnelle

Hier, en route vers mon bureau, j’écoutais Martin Hirsch répondre aux questions de Jean-Michel Aphatie sur RTL. D’emblée, le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et Haut commissaire à la Jeunesse a reconnu que « les 80 mesures prises en trente ans » n’ont pas permis de rompre avec ce mal bien français que constitue notre incapacité à intégrer massivement les générations nouvelles dans le marché du travail : le taux de chômage des 15-24 ans varie chez nous entre 15% et 25% depuis le début des années 80, en fonction de la conjoncture, et il a grimpé de 30% ces douze derniers mois.

Attention aux chiffres néanmoins : un taux de chômage de 25% ne signifie pas qu’un jeune sur quatre est au chômage. Car le taux de chômage se calcule rapporté au nombre de jeunes qui ont effectivement un emploi…et fort heureusement environ deux jeunes sur trois sont élèves ou étudiants. Le nombre de 15-24 ans au chômage, ramené à la totalité d’une génération, serait donc plutôt de l’ordre de 8 à 10%.

Cette précision faite, il n’en reste pas moins, qu’en la matière, la France fait figure de mauvaise élève en comparaison des autres pays développés. Le rapport de l’OCDE remis au Premier ministre par Anne Sonnet la semaine dernière qualifie notre performance de « médiocre » et Martin Hirsch estimait hier matin qu’il faudrait « entre 3 et 5 ans » pour inverser cette tendance.

Comment faire ? L’alternance, a-t-il souligné, que ce soit sous la forme de contrat de professionnalisation ou de contrat d’apprentissage en formation initiale, reste le meilleur des outils, puisqu’il permet, dans huit cas sur dix, d’obtenir au final un emploi pérenne. Une actualité fournie ces quinze derniers jours tendrait à prouver qu’il se dégage un certain consensus sur l’efficacité du dispositif.

Tout d’abord, ce qui est particulièrement intéressant selon moi, c’est que les jeunes eux-mêmes sont parfaitement au courant de l’efficacité de ces contrats de professionnalisation ou d’apprentissage comme l’a démontré un récent sondage de la Chambre syndicale des organismes de formation en alternance (même si, en raison de la crise, les recrutements en contrats de professionnalisation et d’apprentissage ont chuté de 30% depuis le début de l’année).

Reste maintenant à encourager l’accès à ces contrats, plus particulièrement pour les populations fragiles que sont les jeunes sans qualification (en 2007, sur 170 000 contrats de professionnalisation signés, seuls 32% concernaient des jeunes avec un niveau inférieur ou égal au CAP et BEP). C’est tout l’objet du rapport Pilliard, remis à Laurent Wauquiez le 7 mai dernier, qui préconise une meilleure appropriation du dispositif par les différents acteurs de l’emploi et un assouplissement des règles de financement.

Certains recommandent des solutions plus radicales : en instituant une obligation de 5% de salariés en formation par alternance aux entreprises de plus de 50 salariés, on doublerait le nombre de jeunes en alternance d’ici à 2011. C’est une des mesures phares du rapport Sabeg, qui, à mon sens, est passée un peu inaperçue (en comparaison de celles consacrées à la diversité proprement dite).

Enfin, preuve supplémentaire de cet intérêt grandissant pour l’alternance, le président de Véolia Environnement, Henri Proglio, vient de se voir confier une mission de « promotion et de développement » des contrats d’apprentissage et de professionnalisation, au terme de laquelle une « Charte de l’alternance » (avec des engagements chiffrés) serait proposée aux entreprises et aux branches professionnelles.

PS : nous avons fait paraître dans Les Echos d’hier et dans Le Monde daté d’aujourd’hui une nouvelle annonce qui propose de retrouver sur manpower.fr plus de 2700 CDI, 400 CDD et 4800 missions dans tous secteurs, dans toute la France. Beaucoup de ces contrats sont destinés aux jeunes. Mais c’est encore malheureusement bien insuffisant.

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Japon, travail et emploi

Première journée à Tokyo et successions de rencontres. Immédiatement, je me rends pleinement compte de la puissance d’une marque comme la nôtre et de la réalité d’une vraie « culture Manpower ». A quelques détails circonstanciels près, mes réunions pourraient se tenir à Paris… Je me sens donc très vite « comme chez moi »!

En revanche (et ce n’est pas une surprise !)  la situation de l’emploi et le monde du travail sont vraiment très éloignés des nôtres !

En effet, avec 3,35 millions de chômeurs, le taux de chômage atteint 4,8% dans l’archipel. Il est en hausse de 25% en un an, son niveau le plus élevé depuis août 2004. On pourrait considérer ces chiffres avec envie : le chômage en France n’est jamais passé sous la barre des 7% depuis 1981 !

Mais la réalité est beaucoup plus complexe et rend l’exercice comparatif impossible. En cause principalement la méthode de comptabilisation des demandeurs d’emplois: quelques heures travaillées dans le mois suffisent pour ne plus être considéré comme chômeur, par exemple. Ou encore, l’exclusion des statistiques au bout d’une période beaucoup plus courte que dans les autres grands pays de l’OCDE. Bref, on admet qu’il faudrait, à mesure égale, multiplier ce taux par environ deux, ce qui le situerait à un niveau assez similaire à l’Europe.  Autre raison : la protection sociale au Japon est assurée par l’entreprise, et non par l’Etat… Résultat : l’assurance-chômage est inférieure à un an et l’indemnité quotidienne maximum est de l’ordre de 50 euros. La situation des sans-emplois est donc rapidement très difficile, ce qui rend la crise très présente et très visible.

Même si globalement, la législation du travail nippone permet davantage de flexibilité pour les entreprises qu’en France, le marché du travail est néanmoins très réglementé. Le travail temporaire, par exemple, est interdit dans les activités portuaires et dans la construction, deux secteurs fondamentaux de l’économie japonaise ; il est aussi limité à une année, sauf pour 26 qualifications spécifiques et bien précises… Par ailleurs, le travailleur intérimaire est très mal couvert socialement puisque l’obligation de l’inscrire à une caisse d’assurance sociale ou d’assurance chômage est soumise à une franchise de 90 jours… Contrairement à la France, où son statut repose sur un principe de continuité de protection sociale (au moins équivalente à celle d’un salarié en CDI) qui compense la discontinuité des missions. D’où une forte proportion de travailleurs pauvres au Japon.

Du côté des similitudes entre les deux modèles, il y a certainement le mauvais sort fait à la jeunesse : au Japon, plus d’un jeune travailleur sur trois âgé de 15 à 24 ans, à l’exclusion des étudiants, occupe un emploi non régulier ou à temps partiel, et surtout généralement très peu qualifiant. Ce qui a pour incidence, outre les aspects économiques et sociaux (le sous-salariat induit l’incapacité d’émancipation matérielle, ce qui conduit à un schéma familial de type « communautaire ») de bloquer l’accès à l’emploi permanent. Ce sont les fameux « freeter » (ou les « neet », qui eux, trop découragés, ne recherchent pas d’emploi) qui constituent une population bien particulière, avec ses modes de (basse) consommation, ses repères et sa propre culture, souvent urbaine et parfois violente car désespérée.

Depuis peu, le gouvernement japonais a d’ailleurs initié une série de réformes d’ampleur, destinées à améliorer le sort de sa jeunesse : formation professionnelle, centre multiservices d’emploi dédiés, système de cartes d’emploi, etc. Cela n’est pas sans me rappeler quelque chose…à 10 000 km de là.

Je tenterai demain, si mon agenda m’en laisse un peu le temps, de vous raconter la suite de mes étonnements et de mes enthousiasmes, ainsi que les initiatives de Manpower Japan pour répondre à ces défis.

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Le péril jeune ?

Quel avenir préparons-nous à notre jeunesse ? Dans un post précédent, j’évoquais, face à la crise, l’hypothèse d’un retour en grâce du « modèle français ». Or, s’il est un domaine dans lequel la France fait bien figure de contre-modèle, c’est bien celui de sa politique envers la jeunesse.

Le diagnostic est connu :

  1. un système éducatif qui fait encore la part trop belle aux parcours élitistes et reste insuffisamment tourné vers l’emploi (contrairement à l’Allemagne) ;
  2. un marché du travail qui fait principalement peser sur les nouveaux entrants le poids des impératifs de flexibilité et de mobilité (contrairement au Royaume-Uni);
  3. un système de protection sociale qui privilégie les aides sur les familles plus que sur les individus, entravant toute autonomie réelle des jeunes (contrairement au Danemark).

Les statistiques, elles-aussi, sont bien connues : 150 000 jeunes français quittent chaque année l’école sans aucun diplôme ; ce chiffre, en lui-même considérable, prend une dimension réellement inquiétante lorsqu’on l’additionne sur plusieurs années. Il explique en très grande partie le taux de chômage à deux chiffres de 15-24 ans, qui depuis les années 1980 reste quasi-inchangé, fluctuant selon la conjoncture entre 20 et 25%. Début 2008, alors même que le niveau de chômage total atteignait son niveau le plus bas depuis 1983 (7,2%), le chômage des 16-25 ans peinait à descendre sous la barre des 17 %. Avec la crise, il est remonté en flèche, et s’établit désormais à 21.1%, deux fois plus qu’en Allemagne (10.3%) et près de quatre fois plus qu’aux Pays-Bas (5.6%).

Le gouvernement s’est attelé la semaine dernière à prendre le problème à bras le corps en annonçant un paquet de mesures. Si celles-ci vont dans le bon sens – extension des contrats d’apprentissage, qui concernent aujourd’hui moitié moins de jeunes Français (350 000) que de jeunes Allemands (600 000), contrats aidés en entreprise plutôt que dans le secteur public – elles ne sauraient faire l’économie de réformes structurelles, tenant compte, au-delà des jeunes non qualifiés, de l’ensemble de la jeunesse française.

Le malaise de cette dernière est en effet bien antérieur à la crise, et parmi ses multiples causes, celle d’une crise de sens n’est pas la moindre. Dans une enquête édifiante réalisée en 2008 par la Fondation pour l’Innovation Politique, les jeunes Français étaient deux fois moins nombreux (25.6%) que leurs homologues américains (54.1%) à estimer leur avenir prometteur. Si les jeunes Français avaient quelques bonnes raisons d’être moins optimistes que leurs homologues d’Outre Atlantique, on aurait tort toutefois de s’arrêter à ce constat de résignation. L’histoire des quarante dernières années a amplement démontré la capacité de révolte de la jeunesse française ; prenons à garde à ce que celle-ci ne soit pas le ferment d’une prochaine crise sociale.

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Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression (suite) ?

Dernières heures à Milwaukee avant mon vol de retour en France.

Le président de la Réserve fédérale de Dallas, Richard Fisher, vient d’annoncer que le taux de chômage aux Etats-Unis pourrait dépasser les 10% d’ici la fin de l’année. Comme je l’indiquais il y a quelques jours,  l’Amérique pourrait donc malheureusement redécouvrir le fléau du chômage de masse.

Faut-il y voir, pour les travailleurs américains, le prélude d’une période qui n’aura rien à envier à celle de la Grande Dépression ? Si l’on est (heureusement) encore loin de la période de détresse illustrée par un Steinbeck ou le photographe Walker Evans, le parallèle ne semble pas moins tentant.

Comme en 1929, la crise actuelle a été précédée d’une période de spéculation boursière et d’un boom immobilier, qui ont suivi une première récession (1921 ; 2001) rapidement résorbée quelques années auparavant. Comme en 1929, ce sont les industries de biens d’équipement (notamment l’automobile) et les emplois correspondants qui sont les plus touchés, même si les autres secteurs ne sont pas épargnés.

Mais le parallèle s’arrête là : si le déclin de la production américaine est aujourd’hui réel (-6,3% en rythme annuel au 4ème trimestre 2008, plus du double en ce qui concerne la production industrielle) et l’accroissement du taux de chômage préoccupant, on est encore loin des chiffres atteints lors de la Grande Dépression. A l’époque, c’est de 25% à 30% que recule le PIB (entre 1929 et 1933), tandis que le chômage frappe près d’un actif sur quatre… La situation de l’emploi est en réalité à l’époque encore plus grave, puisqu’il faut tenir compte que la population active comportait une proportion considérable (près de 20%) d’agriculteurs échappant au chômage (sans être toutefois épargnés par la misère), ce qui fait qu’un taux de 10-15% apparaissait déjà comme considérable. D’autre part, la définition «rétrospective » du chômeur (ie, exclusivement celui qui avait perdu son emploi) ne tenait pas compte des travailleurs potentiels comme les jeunes diplômés ou les femmes cherchant à entrer dans le monde du travail. Enfin – et c’est un point crucial – il ne faut pas oublier qu’à l’époque les travailleurs américains ne bénéficiaient d’aucune protection sociale, puisque celle-ci fut mise en place pendant le New Deal.

Il n’en demeure pas moins que les perspectives liées à la situation actuelle de l’emploi aux Etats-Unis sont préoccupantes, et risquent de mettre à l’épreuve la cohésion sociale du pays.

Premièrement, si l’une des principales explications du dynamisme de l’emploi aux Etats-Unis tenait à la formidable mobilité de ses travailleurs, celle-ci est aujourd’hui mise à mal. Conséquence de la politique d’accession à la propriété menée par l’administration sortante et de l’effondrement du marché immobilier, un nombre de ménages croissant se trouve aujourd’hui « coincé » avec un bien dont la valeur est inférieure à la dette contractée. Résultat, entre 2007 et 2008, seuls 11.9% d’entre eux ont déménagé, soit le chiffre le plus bas depuis les années 1940…

Deuxièmement, si, contrairement aux idées reçues, la protection sociale aux Etats-Unis est réelle, depuis les réformes engagées dans les années 1990, l’aide sociale est le plus souvent attachée à l’occupation d’un emploi ; or l’efficacité du workfare dans la réduction de la pauvreté risque d’être remise en question avec l’apparition du chômage de masse

Enfin, apparaissent dès aujourd’hui des tensions entre des populations hier séparées et désormais en compétition pour les mêmes emplois : immigrants illégaux et travailleurs « wasps » en Californie, jeunes contre vieux ailleurs

Toutefois, je préfère croire en la formidable capacité des américains à rebondir, leur sens de l’initiative et leur créativité, jamais démentie par le passé, pour surmonter l’épreuve actuelle. Qui sait si derrière la multitude de micro-entreprises qui se créent actuellement – dont beaucoup relèvent certes d’un « entreprenariat forcé », ne se cache pas le renouveau de l’économie américaine ?

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