Machine à trier : le débat

Jeudi soir dernier, débat sur la « Machine à trier la jeunesse » à l’ESCP-Europe, organisé par la Fondation ManpowerGroup en partenariat avec Libération.

Premier constat : le sujet attire les foules ! Salle de 400 places pleine à craquer pour écouter les propositions de Xavier Bertrand et de Vincent Peillon. Et un tweet live qui a fonctionné à plein toute la soirée, au point de saturer le réseau Wifi !

Deuxième constat, réconfortant lui aussi : le diagnostic, présenté par Stéphane Carcillo, un des auteurs, fait consensus. Il y a bien deux jeunesses en France. Avoir des universités d’excellence capables de rivaliser avec les meilleures au niveau global est très important, mais il est aussi urgent de se préoccuper des 150 000 élèves qui sortent chaque année sans qualification et de tous ceux qui peinent tant à s’intégrer dans le monde du travail !

Xavier Bertrand l’avoue : « Personne ne peut faire le malin, ni à droite ni à gauche, sur la situation de la jeunesse en France ». Et Vincent Peillon a même dénoncé « l’hypocrisie républicaine de l’école » . Devant ce réquisitoire imparable, aucun ne s’est donc hasardé au jeu mortifère de  ‘c’est la faute de…’ et devant l’étendue du problème tout le monde est d’accord : il faut agir, changer… tant mieux !

Mais justement, côté propositions, on ressent la difficulté à s’attaquer à l’ensemble du problème et ses ramifications. Qu’on ne fasse pas par exemple systématiquement le lien entre école et emploi des jeunes n’arrête pas de me surprendre!

Xavier Bertrand a rappelé le rôle fondamental de l’apprentissage, suggéré que la dernière année de bac pro se fasse obligatoirement dans ce cadre ; Vincent Peillon a appelé à concentrer les moyens sur la petite enfance, et le socle commun de compétences, qui font souvent défaut aux jeunes qui rentrent dans nos entreprises.

Mais quid de la réconciliation entre l’institution scolaire et l’entreprise ? Quid d’un vrai système d’orientation ? Quid du décloisonnement des filières d’éducation et des ponts avec celles de la formation professionnelle?

Et puis tout simplement quid du lien avec la reprise de la croissance si on arrivait à reconnecter rapidement une partie de ces jeunes à des filières d’avenir?

Alors on me dit que traiter de l’ensemble de ces sujets en deux heures était mission impossible, que le contexte politique tendu incitait peut être nos deux politiques à la réserve, et que donc s’accorder sur un diagnostic complexe, ce n’est pas si mal…

J’en déduis qu’il faut persévérer, continuer le débat en essayant de le focaliser sur les solutions..

Donc appel à toutes vos bonnes volontés, vos idées et propositions nous intéressent !

Au-delà des constats, l’urgence de l’action

Les chiffres du chômage publiés hier soir sont particulièrement mauvais. La crise perdure, la crise s’intensifie – et la forte baisse de l’intérim observée au troisième trimestre anticipe malheureusement cette tendance. L’OCDE a révisé hier encore les prévisions de la croissance française (proche de zéro en 2012) et table maintenant sur un taux de chômage de 10.4% dans un an. Malheureusement, cela ne m’étonne pas : depuis plusieurs mois déjà, sur le terrain, nos clients nous font part de leur inquiétude pour les prochains mois. Ils manquent de visibilité sur leurs commandes et sur leur capacité à se financer.
Xavier Bertrand a annoncé hier soir plusieurs projets de mesures visant à amortir le choc de ce nouveau « trou d’air »: la simplification des mécanismes du chômage partiel va dans le bons sens, c’est un moyen efficace qui permet d’éviter l’ajustement immédiat des effectifs en cas de récession et de redémarrer rapidement quand l’environnement s’améliore. Il permet aussi de faire porter l’effort de façon plus équitable et non plus uniquement sur les sous-traitants et les collaborateurs intérimaires.
S’occuper de la sous-traitance et « changer la logique » entre les entreprises donneuses d’ordre et les sous-traitants va également dans le bon sens. Une conviction que je porte depuis longtemps, au sein du Collectif par exemple. Les entreprises aujourd’hui ont conscience que leur responsabilité va au-delà de leurs murs et englobe leur chaîne de production de valeur (sous-traitants, CDD, intérimaires, …). Aux entreprises et aux branches d’agir maintenant.

Et puis, Xavier Bertrand a aussi plaidé pour la création d’un CDI pour les intérimaires, un contrat de travail qui lierait un salarié intérimaire à une entreprise de travail temporaire au-delà du strict temps des missions. C’est un dossier sur lequel la profession réfléchit depuis plusieurs mois et c’est aussi une mesure qui pourrait répondre à des problématiques de professionnalisation, notamment celle de l’accompagnement des jeunes vers l’emploi.

S’il s’agit bien de décider de la mise en oeuvre la flexisécurité en France, j’y suis extrêmement favorable. Sécuriser les parcours professionnels, créer un équilibre gagnant- gagnant entre des entreprises, soumises à des pressions de plus en plus fortes, et des individus qui doivent avoir les moyens de faire évoluer leurs compétences et être accompagnés dans leurs transitions professionnelles : c’est bien en créant cette fluidité du marché du travail que nous allons trouver notre voie de croissance.

C’est dans cet équilibre, entre une flexibilité responsable et une sécurité nécessaire que je me situe. Et nos entreprises d’emploi ont d’évidence un rôle à jouer dans ces mécanismes.

En revanche, s’il s’agit de faire resurgir le vieux reflexe qui consiste à interdire les licenciements ou la flexibilité, croyant ainsi qu’interdire protège, là je m’inquiète.
Nos entreprises ont besoin, pour croître et créer des emplois, de s’adapter et d’être agile dans un monde incertain et imprévisible. La rigidité du marché du travail est un étouffoir tout autant qu’une machine à exclure – les jeunes en premier lieu. Et cette rigidité conforte un marché du travail à deux vitesses entre ceux qui sont dans les entreprises et les autres. Disons-le, ces dispositifs d’interdiction sont une fausse sécurisation.

Vous l’avez compris, le sujet n’est plus de savoir si la flexisécurité est utile ou nécessaire, le sujet est de savoir comment la mettre en place de manière responsable. Il y a urgence : il faut maintenant aller au-delà des mots et des constats, sans dogmatisme ni a priori.

Et travailler avec pragmatisme.

Jeunes et emploi: plus d’opportunités que de risques

« Rencontres Capitales » à Marseille. J’ai eu beaucoup de plaisir à ce débat sur l’Emploi des jeunes, car nous étions dans la vraie vie…

Alors que nous venons d’univers très différents (associatif, entrepreneurial, universitaire…) et que nous ne sommes pas tous de la même génération, nous avons partagé les constats, les idées, les solutions concrètes sur lesquels nous sommes souvent tombés d’accord. Cela n’était pas gagné d’avance et cela me parait indiquer qu’enfin nous arrivons à une certaine forme de consensus sur l’analyse et sur l’urgence à moins en discourir mais à agir.

Ce n’était sans doute pas le cas au moment du CPE, il y a cinq ans. Quand j’entends Julie Coudry se féliciter que, depuis 2007, l’université française ait enfin pour mission de participer à l’insertion dans le monde du travail, ou expliquer qu’il faut passer d’une posture d’assistanat à un état d’esprit d’ouverture et d’audace à l’égard de la jeunesse, je me dis qu’un certain nombre de cloisons idéologiques ou dogmatiques sont tombées.

Quand Stéphane Carcillo plaide pour une professionnalisation de notre système d’orientation, et explique qu’il faudrait que ce soient des professionnels qui soient chargés de la mise en relation entre jeunes et entreprises (c’est à dire des gens qui connaissent le monde du travail, son fonctionnement et ses besoins – et non des titulaires d’un bac+5 en psychologie comme aujourd’hui !), je me dis que certaines choses peuvent être dites sans pour autant déclencher l’ire de la salle !

Intéressant aussi de constater que l’importance des compétences non cognitives commence manifestement à être reconnue (alors que c’est le cas depuis des années aux US ou au Canada…) dans la capacité à intégrer et progresser dans une organisation complexe comme l’entreprise.

Bref, le sujet du décalage entre formation et besoins des entreprises n’est plus tabou.

C’est une formidable opportunité pour les politiques de tous bords: qu’ils en profitent pour faire des propositions concrètes ! Au-delà des politiques, il faudra amplifier cette prise de conscience, rompre définitivement avec le cercle vicieux de la méfiance co-entretenue entre Education nationale et monde de l’entreprise, décloisonner les communautés en multipliant les opportunités de contacts et d’échanges. Parce que, fondamentalement, il y a plus d’opportunités que de risques à construire ensemble un monde du travail et de l’emploi enfin équilibré.

Une jeunesse française coupée en deux ?

Cette semaine sort en librairie « La machine à trier ».

C’est le premier ouvrage de la collection que la Fondation ManpowerGroup pour l’Emploi lance, et dont l’objectif est de décrypter les ressorts d’une « nouvelle société de l’emploi » (c’est le nom de la collection).

J’ai lu cet essai le week-end dernier. Bien sûr, j’avais un a priori favorable : qu’on soit d’accord ou pas avec eux, les quatre auteurs (Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg et Pierre Cahuc) n’ont pas l’habitude de laisser indifférents… Disons donc que je n’ai pas été du tout déçue: le livre est sec et nerveux, comme tendu vers l’urgence qu’il dépeint.

 Et surtout, il développe une thèse originale : réfutant « l’idée d’un destin commun à une génération », il insiste au contraire sur l’importante fracture qui ne cesse de s’accroître au sein de notre jeunesse, et qui menace l’équilibre de notre société toute entière.

Bien sûr, les inégalités intergénérationnelles se sont creusées. Oui, les jeunes sont les premiers à souffrir de la crise et connaissent, depuis plus de trente ans, un niveau de chômage structurellement beaucoup plus élevé que le reste de la population – et cette situation a plutôt tendance à empirer. Ils rencontrent également des difficultés à se loger et à emprunter. Mais tandis que cette situation n’est que transitoire pour une majorité de jeunes, elle est de plus en plus souvent définitive pour une minorité, souvent peu ou pas qualifiée. Pour cette minorité, le modèle social français apparaît comme une implacable « machine à trier » et à exclure. A l’école tout d’abord, incapable de s’adresser aux moins bons élèves qu’elle échoue à former. Sur le marché du travail ensuite, protégeant les uns au détriment des autres, car fragmenté en un segment protégé d’un côté, instable de l’autre, sans que ni les services publics de l’emploi, ni la politique de formation professionnelle ne réussisse à réduire les écarts.

Pourtant, nous démontre ce livre, l’ensemble des jeunes apparaît plus conservateur qu’on ne le croit souvent et continue à adhérer aux valeurs qui cimentent notre société : l’importance de la famille, de l’effort individuel, du travail… tout cela subsiste !

Parce qu’il est violemment et injustement déceptif, ce grand écart entre valeurs et réalité est inquiétant…car faute de réformer notre système scolaire et notre marché du travail, la « machine à trier » continuera à laisser un nombre croissant de jeunes sur le bord du chemin, et la situation pourrait rapidement se révéler explosive.

Mots croisés – Démondialisation: les enjeux de l’emploi méritent mieux qu’une vision binaire

Invitée hier soir sur le plateau de Mots Croisés, l’émission d’Yves Calvi sur France 2. Autour de la table, Xavier Bertrand, Arnaud Montebourg, François Chérèque et Jean Peyrelevade. Sujet du débat annoncé: « Qui va payer la rigueur ? »

Mon parti pris : défendre un point de vue pragmatique de chef d’entreprise, et considérer que si le contexte budgétaire oblige à prendre des mesures immédiates et de saine gestion ( cf le plan Fillon de la fin août), celles-ci ne doivent pas détourner le pays de choix plus fondamentaux et de plus long terme. Quelles pistes pour améliorer la compétitivité du travail de notre pays ? Comment rompre avec cette dualité du marché de l’emploi, à la fois injuste socialement et inefficace économiquement ? Sur quels sujets l’investissement public doit-il se concentrer – ou au contraire s’alléger, dans un cadre budgétaire extrêmement et durablement contraint ?

Au-delà de ma traditionnelle frustration liée au genre de l’exercice (il est très difficile de cantonner une émission de ce type au sujet initial du débat), je suis sortie du studio avec un certain nombre de convictions nouvelles ou confortées.

Tout d’abord, ce qui sera nouveau en 2012, c’est que les grandes formations politiques présenteront des programmes dont le coût budgétaire sera nul, et que le débat sera plutôt de savoir sur quelle(s) catégorie(s) de population elles feront supporter l’effort fiscal ou la baisse des dépenses. Ce qui me semble indispensable, c’est de préserver les forces vives de ce pays. Et ces forces vives, ce sont les gens qui travaillent mais aussi ceux qui aimeraient travailler, et qui ne le peuvent pas parce que la réalité du marché du travail français est structurellement injuste.

Autre conviction : il n’est ni prudent ni raisonnable, en cette période difficile et anxiogène pour les Français, de faire passer pour des solutions ce qui n’est qu’utopie. Le concept de démondialisation, dont Arnaud Montebourg était hier soir l’ardent supporter, ne résiste pas à la réalité de notre économie : nous réalisons les deux tiers de nos échanges avec les pays de l’Union européenne, et c’est bien en Europe que nous perdons des parts de marché – et non dans le reste du monde. Parallèlement, le dumping social des pays émergents est une réalité. Mais reconnaissons aussi que le respect des droits fondamentaux tend à s’améliorer partout dans le monde : égalité hommes/femmes, droit syndical, travail des enfants…beaucoup reste à faire, bien sûr, mais la mondialisation a aussi entraîné un indéniable mouvement de moralisation du travail.

Bref, sortons d’une vision binaire et caricaturale : les enjeux qui sont devant nous valent bien mieux que cela, tout comme l’intelligence collective de nos concitoyens.

Emploi : une Europe coupée en deux

A compter d’aujourd’hui, Manpower Inc. crée deux régions sur le continent européen (ce « vieux continent », par opposition au « nouveau monde » !) : le Nord et le Sud.
J’ai le plaisir et l’honneur, dans le cadre de cette nouvelle organisation, de prendre la responsabilité de l’entité « Europe du Sud », qui regroupe l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grèce, la Turquie et Israël. Je conserve mes fonctions de Présidente de Manpower France.
Le marché du travail dans ces différents pays est bien évidemment spécifique à chacun – et je ne rentrerai pas ici dans une analyse fastidieuse et formelle des caractéristiques des uns et des autres ! Je me réserve plutôt pour des billets « de terrain », au fil de mes visites et de mes rencontres…
Un mot cependant sur la situation européenne en matière d’emploi. Le taux de chômage dans la zone euro tourne autour de 10%, en très forte hausse depuis le début de la crise puisque ce sont plus de 4,5 millions d’européens qui ont perdu leur poste entre mars 2008 et octobre 2010. Mais ce taux n’est pas très significatif ; en effet, les écarts entre pays ne cessent de s’accroître. D’un côté, l’Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Finlande…) avec un taux de chômage aux alentours de 6,5%. De l’autre, l’Europe du Sud (France, Espagne, Italie, Grèce et Portugal), au dessus de 11%. Bref, la dispersion des taux de chômage nationaux est aujourd’hui nettement supérieure à ce qu’elle était avant l’euro !

Cet écart croissant entre Nord et Sud témoigne évidemment d’une très faible mobilité du travail. Il met aussi en évidence la perte de compétitivité des pays de la zone sud de l’Europe, plus particulièrement à l’égard des pays émergents. Enfin, il prouve que leurs modèles de contrat social sont inadaptés et restent à réinventer, en combinant et coordonnant droit du travail, politique d’emploi et régime d’indemnisation du chômage.

Ne pas confondre création d’emplois et baisse du chômage

Nous publions aujourd’hui notre baromètre trimestriel des perspectives d’emploi en France.

Selon cette enquête, élaborée à partir d’entretiens réalisés auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1000 employeurs, le marché de l’emploi hexagonal devrait poursuivre au premier trimestre 2010 sa stabilisation, observée fin 2009 : le solde net d’emploi pourrait s’établir à +1% entre janvier et mars, en hausse de trois points sur un an. Il s’agit là des premières prévisions nettes d’emploi positives depuis le quatrième trimestre 2008, et je souhaite y voir un signe encourageant d’entrée en convalescence de notre économie.

Attention néanmoins aux conclusions hâtives : en effet, l’augmentation de l’emploi n’entraîne pas tout de suite de baisse du chômage. Pourquoi ? Tout simplement parce que la création d’emploi suscite de la part des personnes jusqu’ici inactives et sorties du marché du travail l’espoir de (re)trouver un travail. Autrement dit, ces personnes vont entrer ou retourner sur le marché.

C’est ce que l’on appelle techniquement la flexion du taux d’activité – un indicateur qui permet de mesurer un chômage jusqu’ici caché. Les économistes estiment que ce différentiel entre augmentation de l’emploi et baisse du chômage varie entre 18 et 30%. Autrement dit, il faut créer entre 118 et 130 emplois pour faire baiser le chômage de 100. Voilà pourquoi on peut observer le paradoxe suivant : la concomitance d’une hausse simultanée de l’emploi et du chômage.

C’est pourquoi, malheureusement, je crains, comme Laurent Wauquiez, qu’il faut s’attendre à de nouveaux «mois difficiles» sur le front du chômage sans pour autant négliger les signes d’espoir.

Semaine pour l’emploi des personnes handicapées : formation et connexion, deux axes de progrès

Cette semaine est celle de l’emploi des personnes handicapées : sept jours pour mettre en lumière les difficultés d’insertion dans le monde du travail que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes rencontrent quotidiennement. Sept jours pour imaginer comment les entreprises pourraient « faire mieux », sept jours pour tenter de décoincer un système rouillé et inacceptable. Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille et à la solidarité, le disait très justement il y a quelques jours dans Les Echos : « Aujourd’hui, il faut donner à ces personnes leur citoyenneté et leur dignité, ce qui passe par le travail. » Le sondage de l’Adapt, paru la semaine dernière, ne dit pas autre chose : le travail est considéré comme le facteur principal d’insertion des personnes handicapées. Or le taux de chômage de ces personnes est de 19,3 %, soit grosso modo le double de moyenne nationale. La raison est double. D’une part un manque de qualification puisque 83 % d’entre elles ont une qualification inférieure au BEP. D’autre part, une connexion avec le monde de l’entreprise plus délicate et plus longue.

Chez Manpower, nous venons de dresser un premier bilan de nos actions 2009 en faveur de l’emploi des personnes handicapées. Il ne s’agit pas de s’en satisfaire : dans ce domaine plus particulièrement, les réalisations ne sont jamais suffisantes.

Néanmoins, malgré l’effondrement du marché du travail (et plus particulièrement temporaire), nous avons détachés 3500 travailleurs handicapés pour un total de 21 000 missions. Depuis le début de l’année, plus de 250 d’entre eux ont bénéficié d’une formation.

Parallèlement, missionné par l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), nous avons accompagné plus de 1000 entreprises dans 17 départements pour qu’elles mettent en place des actions positives (recrutements mais aussi contrats en alternance ou contrats avec des établissements du milieu protégé) leur permettant de répondre plus efficacement à leur obligation légale d’emploi de travailleurs handicapés (6% des effectifs des établissements de plus de 20 salariés, pour mémoire). Sur ces 1.000 établissements, plus de 50% ont d’ores et déjà mis en place des actions positives.

Enfin, nous avons mis en place une communauté de référents « Handicap » en régions, au sein de notre réseau : ils sont aujourd’hui plus de 450 (et demain plus de 600), formés à l’accueil, à la prise en charge et au recrutement des travailleurs handicapés pour nos clients.

Cette politique, nous la portons quotidiennement et je sais, pour l’avoir bien souvent entendu, combien nos collaborateurs sont fiers d’agir, à leur niveau, dans leur bassin d’emplois, dans leurs contacts avec nos clients, pour que chaque travailleur handicapé ait accès à l’emploi de façon plus rapide et plus pérenne.

L’intérim, annonciateur de reprise ?

Les chiffres publiés par l’Insee vendredi témoignent d’un coup d’arrêt des destructions de postes au troisième trimestre, ce qui constitue une nouvelle aussi heureuse que surprenante, pour bien des raisons sur lesquelles on pourra revenir.

Dans l’immédiat, il apparait que cette quasi-stabilisation est due en grande partie à l’emploi intérimaire, dont la hausse, pendant cette même période, a été de 8,6%. Peut-on pour autant parler de reprise, ou de rebond comme je le lis déjà ici ou là ? Je pense qu’il convient d’être très prudent dans les termes et qu’il faut remettre quelques éléments en perspective. Un préambule tout d’abord : pour interpréter convenablement les chiffres de vendredi, il faut savoir que les intérimaires sont comptabilisés par l’Insee dans le secteur tertiaire, quelles que soient la nature et la destination de leurs missions. De facto, c’est donc le secteur tertiaire qui profite statistiquement de ce rebond de l’emploi intérimaire – et sa croissance ne serait que de 0,1% hors intérim. Quant à la construction et à l’industrie, ces deux secteurs ont encore perdu des emplois au 3ème trimestre…

 
Il y a donc 474 000 emplois dans l’intérim aujourd’hui. C’est « juste » 200 000 de moins qu’au premier trimestre 2008, avant la crise. Il est vrai qu’au deuxième trimestre de cette année, l’emploi intérimaire s’est stabilisé après un an de repli (et le terme de « repli » est un euphémisme, puisque le nombre de salariés intérimaires a baissé de 29 % en un an – et de plus de 40% dans l’industrie). Avec 436 600 salariés (soit 2,3% des salariés de l’ensemble des secteurs concurrentiels), l’emploi intérimaire s’est donc retrouvé fin juin à un niveau comparable à celui de la fin de 1998, effaçant ainsi dix années consécutives de hausse. Pouvait-on descendre plus bas ? Autrement dit, l’effondrement a été tel qu’on ne pouvait que remonter…un peu.

 
Et puis il y a un autre indicateur qu’il faut prendre en compte si l’on veut juger de la « vitalité » de ce rebond : c’est la durée des missions. Au deuxième trimestre, par exemple, si le nombre de missions dans l’industrie a effectivement légèrement progressé, leur durée a malheureusement continué à baisser, entrainé par la part croissante de missions de moins d’une semaine au détriment des missions d’au moins quatre semaines. Dans la construction ou le tertiaire, les durées moyennes des missions étaient elles aussi en baisse…
Bref, pour reprendre l’avertissement de l’Insee dans son « Portrait social 2009 », je considère effectivement qu’il « faudra un certain temps au système statistique pour appréhender l’ensemble des conséquences sociales de la crise économique et pour les mesurer avec les enquêtes structurelles ».

Sur le terrain, contre le chômage : l’accompagnement individuel

Depuis le début août (date à laquelle Pôle Emploi nous a signifiés que nous étions retenus dans huit régions françaises pour remettre à l’emploi plus de 70 000 personnes), je me tiens quotidiennement informée de l’état d’avancement des infrastructures et des formations nécessaires à la mise en œuvre de notre mission.

Les délais sont courts et le challenge immense mais je constate avec une très grande satisfaction que nos équipes sont en liaison permanente avec celles de Pôle Emploi. Nous marchons côte à côte, ensemble et au même rythme dans la mise en place de solutions pérennes et efficaces. Au-delà de la relation client-fournisseur traditionnelle, nous sommes au service d’une cause nationale, animé par une conviction commune : l’accompagnement individuel constitue LA réponse au chômage de longue durée.

C’est pour cela que je me réjouis de la publication du rapport du comité d’évaluation des expérimentations d’accompagnement renforcé des chômeurs est . En effet, pour rappel, il s’agissait de comparer l’efficacité de deux expérimentations utilisant des méthodes voisines, mises en place en 2007: le CVE (« Cap vers l’entreprise »), mené par l’ANPE de l’époque, et le suivi des opérateurs privés (pour information, Manpower n’y avait pas participé).

J’ai bien lu, ces derniers temps, que la presse se focalisait sur la performance comparée des opérateurs privés et de l’opérateur public de l’emploi. Il ne s’agit pas de polémiquer, et nous sommes manifestement, une fois encore, Christian Charpy et moi-même, du même avis : « Il faut éviter d’opposer le public et le privé sur le placement des chômeurs », explique le directeur général de Pôle Emploi dans Les Echos il y a quelques jours.

Au-delà de cette comparaison et des moyens qui l’autorisent (et sur lesquelles on pourrait débattre, ou qui pourront être améliorés selon les axes suggérés par les rapporteurs), quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?
• L’accompagnement renforcé assure un taux de sortie vers l’emploi au bout de douze mois d’environ 37% supérieur au suivi classique.
• Les bénéficiaires de cet accompagnement obtiennent des emplois généralement plus durables que le parcours classique

J’ajouterai qu’une collaboration, bien comprise par chacun, améliore les performances des uns et des autres (et c’est aussi une conclusion du rapport). Une saine émulation, donc, au profit donc de l’intérêt général.

Autre point important : le rapport souligne que la motivation et le professionnalisme des équipes dédiées influent sur les performances. Bonne nouvelle : chez Manpower, nos collaborateurs « référents Pôle Emploi » ont été sélectionnés en interne sur la base du volontariat – ce qui traduit leur motivation. Et ils ont été retenus par Pôle Emploi, CV à l’appui, pour leur expérience et leur compétence.

En outre, nous avons acquis ces dernières années une véritable expertise en matière d’accompagnement vers l’emploi des allocataires de minima sociaux, notamment en créant et en filialisant une entité ad hoc: Manpower Egalités des Chances. Une filiale qui a d’ores et déjà accompagné, à la demande de 11 Conseils généraux, plus de 5000 personnes (bénéficiaires du RSA ou chômeurs de longue durée) vers l’emploi durable (c’est-à-dire un contrat de plus de 6 mois).

Enfin, régulièrement, Laurent Wauquiez et Christine Lagarde réunissent tous les acteurs concernés par ce combat d’union nationale. Des outils de suivi rigoureux permettront à chacun de disposer d’une vision fine et claire des marges de progrès.

Nous sommes dans le bon sens de l’histoire, et même si les conservatismes sont encore vivaces (dans les médias aussi…), il est temps de déclarer «insupportable» le chômage de longue durée et de s’unir quand la maison brûle.