La confiance, facteur-clé de la compétitivité

Vu hier une vidéo très instructive postée sur un site qui monte, Ted.com (qui héberge des vidéos de conférence en langue anglaise manifestement de grande qualité, sur les sujets les plus divers).

Le thème de la vidéo est assez classique : la montée des inégalités dans les pays développés et ses conséquences. La thèse que développe Richard Wilkinson, ce chercheur britannique spécialiste des inégalités sociales, l’est un peu moins : selon lui, à partir d’un certain niveau de développement, on ne constate plus de corrélation entre la richesse d’un pays et différents indicateurs de bien-être. Ces derniers sont en revanche fortement liés au niveau des inégalités observés dans la société. Ainsi s’expliquerait la faible performance relative des pays anglo-saxons mais aussi de la Grèce ou du Portugal en termes d’espérance de vie, d’incidences de problèmes sociaux divers (comme les addictions, la criminalité, le niveau d’illettrisme…) : dans ces pays, le niveau d’inégalité est particulièrement élevé, avec une forte différence de revenus moyens entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres.

Un autre élément me paraît particulièrement intéressant dans cette vidéo : dans ces indicateurs de développement, de richesse ou d’inégalité, la France se situe presque toujours pile à la moyenne, entre les meilleurs élèves (souvent en Europe du Nord), et les moins bons (pays méditerranéens, auxquels il faut rajouter les pays anglo-saxons sur cet indicateur des inégalités). C’est un fait que je peux observer sur le marché de l’emploi : il y a bien quelque chose de l’Europe du Sud en France, mais nous ne sommes pas non plus si éloignés de nos voisins nordiques ! Bref, la France brillerait-elle par son caractère… « moyen » ?

A y regarder de plus près, il existe cependant une spécificité bien française. La France occupe en effet une position « anormale » dès qu’il s’agit de mesurer la confiance que les individus ont les uns envers les autres.

Faibles inégalités = forte confiance envers ses concitoyens et inversement. Les Français, qui vivent dans un pays « moyennement inégalitaire », devraient avoir « moyennement confiance » les uns dans les autres. Et bien non ! Ils se méfient de leurs concitoyens à un niveau avec lequel seuls les Grecs, les Israéliens et les Portugais (bons derniers…) peuvent rivaliser.

Il y a quelques années, ce fait remarquable avait poussé des économistes à dénoncer la « société de défiance » dans laquelle nous vivions, ici en France.

Il faut bien sûr se méfier de ces indicateurs globaux qui reflètent parfois moins des comportements réels que des façons de répondre différentes selon les cultures de chaque pays. Ce chiffre révèle par ailleurs un état d’esprit français un peu frondeur et rebelle plutôt sympathique.

Mais il doit quand même nous alerter en cette période économiquement très troublée.

J’ai beaucoup parlé ici du rôle trop souvent négligé des services dans l’économie de demain. La création de valeur dans nos économies modernes repose de moins en moins sur la capacité à financer de grands projets industriels intégrés, assurés par un collectif stable et identifiable de salariés. Elle suppose en revanche de réussir à faire travailler ensemble des équipes diverses, mobiles, qui doivent œuvrer dans la même direction, même si leurs objectifs de long terme ne sont pas nécessairement les mêmes. C’est vrai aussi au niveau des entreprises, où les carrières sont moins linéaires, et dans lesquelles des équipes se structurent autour d’objectifs et de projets plus courts ; ça l’est également entre les entreprises, notamment entre donneurs d’ordre et sous-traitants.

Bref, sans confiance réciproque, le climat peut vite se tendre et la qualité globale des services et produits proposés se détériorer significativement.

Merci Gilles

J’etais ce week-end à l’enterrement d’un ami qui a été aussi mon manager pendant 5 ans au début de ma carrière professionnelle. Parce qu’il etait mon ami et parce qu’il m’avait tant apporté, à moi comme à d’autres, j’ai envie aujourd’hui de marquer de quelques mots sa disparition.
On me demande souvent de raconter mon parcours professionnel. Je réponds toujours que ce que j’ai réussi est dû aussi à ces manageurs et collaborateurs qui ont eu envie de me transmettre ce qu’ils savaient, envie de m’aider à progresser.
Gilles était de ceux là.
Il m’a appris que vendre, cela commence quand le client a dit non; il m’a appris à tenir ferme ses positions jusqu’au moment où il faut savoir composer; il m’a appris à réussir des « coups », à condition qu’avant, au quotidien on ait apporté de la valeur ajoutée; il m’a appris à ne jamais renoncer. Gilles n’était pas un théoricien du management, il n’était pas fan du reporting et des procédures non plus, il vivait avec son équipe à laquelle il transmettait son energie et on apprenait en faisant comme lui…
Il aimait la vie qu’il vivait comme une conquête et avec lui on l’aimait aussi…
Puisse chaque manageur savoir transmettre autant que lui !

Femmes et technologie, suite

Le conseil d’administration d’IBM vient d’élire Ginni Rometty à sa tête – et cela me réjouit profondément.

D’abord parce qu’il s’agit là, bien sûr, de la reconnaissance d’une très belle carrière professionnelle toute entière tournée vers les clients et la création de valeur : Ginni a toujours occupé des postes de terrain et a, entre autre, piloté l’intégration de PricewaterhouseCoopers Consulting dans la division Business Consulting Services d’IBM en 2003.
Ensuite, parce qu’on peut voir dans cette nomination, l’aboutissement spectaculaire d’une politique de la diversité démarrée il y a de très nombreuses années par IBM. Une politique de diversité non pas vue comme un simple volet d’une politique RSE, mais bien comprise aussi comme une stratégie de ressources humaines, destinée à identifier et faire éclore tous les talents dont une entreprise de technologie comme IBM (cette année centenaire) a besoin pour rester parmi les premières capitalisations boursières mondiales. Et pour continuer à innover, bien sûr : depuis dix-huit années, sans interruption, IBM occupe la première place dans le classement des entreprises les plus inventives du monde, avec plus de 5000 brevets déposés…par an !

Faire émerger et progresser un talent, fut-il aussi remarquable que celui de Ginni Rometty , n’arrive pas par hasard dans une entreprise comme IBM qui ne doit pas compter plus de 25 a 30% de femmes dans ses effectifs mondiaux . C’est une très belle illustration de cette « Ere des Talents » dont, chez ManpowerGroup, nous parlons depuis de nombreux mois !

Enfin, la nomination de Ginni Rometty me réjouit, parce qu’en l’espace de quelques mois, avec celle de Meg Whitman à la tête d’HP , ce sont deux très grandes entreprises emblématiques du secteur technologique qui ont choisi d’être dirigées par des femmes. Avec de tels ‘role models’ nos filles vont bien finir par s’apercevoir (enfin !) que la techno, c’est un vrai bon plan pour elles !

Jeunes et emploi: plus d’opportunités que de risques

« Rencontres Capitales » à Marseille. J’ai eu beaucoup de plaisir à ce débat sur l’Emploi des jeunes, car nous étions dans la vraie vie…

Alors que nous venons d’univers très différents (associatif, entrepreneurial, universitaire…) et que nous ne sommes pas tous de la même génération, nous avons partagé les constats, les idées, les solutions concrètes sur lesquels nous sommes souvent tombés d’accord. Cela n’était pas gagné d’avance et cela me parait indiquer qu’enfin nous arrivons à une certaine forme de consensus sur l’analyse et sur l’urgence à moins en discourir mais à agir.

Ce n’était sans doute pas le cas au moment du CPE, il y a cinq ans. Quand j’entends Julie Coudry se féliciter que, depuis 2007, l’université française ait enfin pour mission de participer à l’insertion dans le monde du travail, ou expliquer qu’il faut passer d’une posture d’assistanat à un état d’esprit d’ouverture et d’audace à l’égard de la jeunesse, je me dis qu’un certain nombre de cloisons idéologiques ou dogmatiques sont tombées.

Quand Stéphane Carcillo plaide pour une professionnalisation de notre système d’orientation, et explique qu’il faudrait que ce soient des professionnels qui soient chargés de la mise en relation entre jeunes et entreprises (c’est à dire des gens qui connaissent le monde du travail, son fonctionnement et ses besoins – et non des titulaires d’un bac+5 en psychologie comme aujourd’hui !), je me dis que certaines choses peuvent être dites sans pour autant déclencher l’ire de la salle !

Intéressant aussi de constater que l’importance des compétences non cognitives commence manifestement à être reconnue (alors que c’est le cas depuis des années aux US ou au Canada…) dans la capacité à intégrer et progresser dans une organisation complexe comme l’entreprise.

Bref, le sujet du décalage entre formation et besoins des entreprises n’est plus tabou.

C’est une formidable opportunité pour les politiques de tous bords: qu’ils en profitent pour faire des propositions concrètes ! Au-delà des politiques, il faudra amplifier cette prise de conscience, rompre définitivement avec le cercle vicieux de la méfiance co-entretenue entre Education nationale et monde de l’entreprise, décloisonner les communautés en multipliant les opportunités de contacts et d’échanges. Parce que, fondamentalement, il y a plus d’opportunités que de risques à construire ensemble un monde du travail et de l’emploi enfin équilibré.

Apprentissage: ne nous trompons pas de cible !

Je serai vendredi à Marseille pour débattre avec Julie Coudry, fondatrice et présidente de La Manu, et les économistes Stéphane Carcillo et Anne Sonnet dans le cadre des Rencontres Capitales. Sujet du débat : « Emploi des jeunes, quelles solutions pour demain ? » Vaste programme, hélas. Je souhaite vivement que nos échanges soient pragmatiques, qu’ils ouvrent des pistes de solutions tangibles, en réponse à la dureté statistique des constats.

 « La machine à trier », le livre que vient de publier la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi nous interpelle vivement. Pourquoi, par exemple, le nombre d’apprentis diplômés du supérieur a-t-il augmenté de 125% depuis une dizaine d’années, alors que cette hausse n’a été que de 2% pour les autres ? L’effort est-il justement réparti ? Je ne le pense pas.

Oui, 95% des employeurs interrogés dans le cadre d’une enquête récente de l’AGEFOS estiment que l’alternance est un excellent moyen pour les jeunes de trouver un emploi, 85% que c’est la meilleure manière de développer l’autonomie des jeunes. Et du côté des jeunes, même constat : leur insertion bénéficie très nettement d’un passage par l’apprentissage, notamment pour les moins diplômés, qui connaissent un taux d’emploi de près de 10 points supérieur lorsqu’ils ont suivi une voie d’apprentissage… Mais c’est là qu’intervient le problème : l’apprentissage, fer de lance de la politique gouvernementale sur l’emploi des jeunes, plébiscitée par l’ensemble des parties prenantes, profite de plus en plus … à ceux qui en ont le moins besoin !
C’est pourquoi je me réjouis que notre Fondation agisse concrètement; le partenariat qu’elle a signé la semaine dernière avec les Apprentis d’Auteuil corrige, à son modeste niveau, cet écart. Les Apprentis d’Auteuil, association caritative dont la lutte contre l’exclusion des jeunes est la raison d’être depuis plus d’un siècle, encourage les jeunes les moins qualifiés à rentrer dans la logique de l’apprentissage. Son programme sera sérieusement évalué dans le cadre du Fonds d’Expérimentation de la Jeunesse et, s’il tient ces promesses, il est destiné à être largement essaimé…

Les candidats à l’élection présidentiels, potentiels ou futurs, font et feront de l’emploi des jeunes un des thèmes principaux de leur campagne: c’est indispensable ! Mais femme de terrain, confrontée tous les jours au défi de l’insertion de toutes les jeunesses, la plus comme la moins diplômée, je ne peux que les appeler à ne pas laisser de côté la partie la plus fragilisée de celle-ci: la France de demain aura besoin de tous ses jeunes talents; sa compétitivité et la cohésion sociale sont à ce prix…

Une jeunesse française coupée en deux ?

Cette semaine sort en librairie « La machine à trier ».

C’est le premier ouvrage de la collection que la Fondation ManpowerGroup pour l’Emploi lance, et dont l’objectif est de décrypter les ressorts d’une « nouvelle société de l’emploi » (c’est le nom de la collection).

J’ai lu cet essai le week-end dernier. Bien sûr, j’avais un a priori favorable : qu’on soit d’accord ou pas avec eux, les quatre auteurs (Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg et Pierre Cahuc) n’ont pas l’habitude de laisser indifférents… Disons donc que je n’ai pas été du tout déçue: le livre est sec et nerveux, comme tendu vers l’urgence qu’il dépeint.

 Et surtout, il développe une thèse originale : réfutant « l’idée d’un destin commun à une génération », il insiste au contraire sur l’importante fracture qui ne cesse de s’accroître au sein de notre jeunesse, et qui menace l’équilibre de notre société toute entière.

Bien sûr, les inégalités intergénérationnelles se sont creusées. Oui, les jeunes sont les premiers à souffrir de la crise et connaissent, depuis plus de trente ans, un niveau de chômage structurellement beaucoup plus élevé que le reste de la population – et cette situation a plutôt tendance à empirer. Ils rencontrent également des difficultés à se loger et à emprunter. Mais tandis que cette situation n’est que transitoire pour une majorité de jeunes, elle est de plus en plus souvent définitive pour une minorité, souvent peu ou pas qualifiée. Pour cette minorité, le modèle social français apparaît comme une implacable « machine à trier » et à exclure. A l’école tout d’abord, incapable de s’adresser aux moins bons élèves qu’elle échoue à former. Sur le marché du travail ensuite, protégeant les uns au détriment des autres, car fragmenté en un segment protégé d’un côté, instable de l’autre, sans que ni les services publics de l’emploi, ni la politique de formation professionnelle ne réussisse à réduire les écarts.

Pourtant, nous démontre ce livre, l’ensemble des jeunes apparaît plus conservateur qu’on ne le croit souvent et continue à adhérer aux valeurs qui cimentent notre société : l’importance de la famille, de l’effort individuel, du travail… tout cela subsiste !

Parce qu’il est violemment et injustement déceptif, ce grand écart entre valeurs et réalité est inquiétant…car faute de réformer notre système scolaire et notre marché du travail, la « machine à trier » continuera à laisser un nombre croissant de jeunes sur le bord du chemin, et la situation pourrait rapidement se révéler explosive.

Une « Petite Poucette » qui trace son chemin

La génération Y. Un sujet très à la mode ! Sur lequel on entend un peu toujours les mêmes rengaines… « Digital native », zappeuse, engagée, inconstante, innovante, avec un nouveau rapport au travail et à l’autorité : tout cela est vrai en partie, mais j’ai toujours trouvé qu’il manquait un petit quelque chose à ce tableau, comme une histoire dont on connaîtrait la fin sans en avoir suivi l’intrigue…

Et voilà qu’un texte lumineux de Michel Serres vient mettre des mots, des faits, des intuitions remarquables sur ces bouleversements. Il circule depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux et chaque jour qui passe, il semble générer plus d’enthousiasme…

Ce qui est formidable dans ce texte, c’est sa façon de considérer cette génération sous un prisme multi-facettes : historique, religieux, culturel, linguistique, sexuel… Un corps différent, qui ne connaît de moins en moins les affres des privations et des maladies ; un rapport à la connaissance bouleversé par le formatage inquiétant des médias et de la publicité, mais qui s’enrichit aussi de la masse formidable d’informations accessibles en temps réel et de partout ; une génération d’individus enfin, « seule au monde » nous dit Michel Serres, et qui doit avant tout compter sur soi, puisque les grandes idéologies nationalistes et identitaires des derniers siècles ont disparu – et c’est tant mieux !

Voilà les jeunes qui sont aujourd’hui dans nos entreprises. Ils véhiculent un rapport au monde différent. Il nous faut apprendre à les comprendre, pour faire de leurs spécificités les forces de nos organisations.

En quelques feuillets d’une remarquable limpidité, Michel Serres dessine ainsi un portrait abouti de cette génération mutante, avec une vraie tendresse de la part de cet homme à l’âge certain, et dont l’esprit est plus jeune et rafraichissant que bien des vieux « petits Poucet » ! La preuve que tout n’est pas perdu pour ceux qui ne savent pas écrire des SMS avec leurs pouces…

« Talent-Based Outsourcing » : faire la différence par l’accès aux Talents

Lundi matin, interview avec Stéphane Soumier sur BFM Business. Au centre de l’échange, une actualité importante pour ManpowerGroup : l’acquisition de la SSII Proservia. A deux reprises, Stéphane Soumier semble s’étonner de ce rachat, ne pas en saisir toute la pertinence stratégique – ce qui n’est pas dans ses habitudes ! Au cœur de ses interrogations, le lien entre les métiers des SSII et le savoir-faire de ManpowerGroup – lien que je t’ai tenté de résumer par une formule sans doute un peu déroutante pour le téléspectateur : le « Talent-Based Outsourcing » !

Première difficulté: ce monde des SSII dont la variété des métiers n’est perçue que par les spécialistes… Si je me hasarde à une pédagogie très simplificatrice, je dirais qu’il y a deux grands domaines d’activité au sein de ce grand monde des SSII qui emploie environ 350 000 personnes en France: la gestion des infrastructures techniques d’un coté et les projets applicatifs de l’autre et deux façon de travailler avec ses clients: gérer pour leurs comptes (des infrastructures ou des projets) ou leur apporter des compétences complémentaires pour les assister dans chacun de ces deux domaines.

L’infogérance, donc, c’est l’externalisation des systèmes d’information des entreprises, phénomène qui s’est beaucoup développé depuis les années 1990 et a très fortement contribué à la croissance du secteur informatique pendant la même période.

Lorsque l’on gère pour le compte de son client, c’est bien sûr parce que l’on a capacité à faire mieux que ce qu’il peut faire lui-même. Et longtemps, il a suffi d’être des spécialistes de l’informatique pour faire la différence. Mais dans la réalité plus récente, le grand mot d’industrialisation a fait son entrée en informatique, introduisant dans ce secteur les méthodes et les modèles développés dans le monde industriel depuis les années 90.
Comme dans l’industrie, ce mouvement a provoqué progressivement une segmentation des acteurs, avec d’un coté de grands acteurs capables d’investir et de gérer des méga-centres informatiques ainsi que des prestations intégrées au niveau global et de l’autre des prestataires locaux, plus spécialisés, plus en proximité de clients ou d’utilisateurs mais aussi plus dépendant des hommes et des femmes qui composent leurs équipes. Proservia est l’une de ces SSII spécialisées, qui offre des prestations d’infogérance pour les infrastructures techniques de proximité.

Vous me direz qu’on ne voit toujours pas le lien avec ManpowerGroup… Et pourtant, il est là, bien réel ! Comme je l’ai souvent écrit ici, la principale difficulté du monde du travail d’aujourd’hui et de demain est de faire face à la pénurie croissante de talents. Et le challenge de ManpowerGroup est d’offrir des solutions globales à ce défi : sourcing des candidats, sélection, formation, recrutement, nous sommes capables d’intervenir à toutes les étapes des processus RH.

Cette problématique de la pénurie de talents est extrêmement vive dans le secteur de l’IT pour lequel on ne forme pas assez de jeunes, et dont les technologies évoluent à toute vitesse. La capacité à avoir les bonnes équipes au bon moment est évidemment encore plus critique pour ces prestations de service qui vont dépendre de la disponibilité de ces collaborateurs idéaux qui cumulent compétences techniques, motivation mais aussi savoir-être. Il n’est pas rare dans ce secteur de connaitre un turnover de ses équipes de l’ordre de 25à 30%…

Dès lors, en combinant nos savoir faire de gestion des talents avec ceux, techniques, de Proservia, (qui est déjà très sensible à ces questions), nous avons le potentiel d’apporter des solutions plus efficaces, plus compétitives et de meilleures qualités à nos clients. C’est une autre façon d’industrialiser les services…

Voilà donc le cœur ce qu’on appelle le « talent-based outsourcing » : la capacité à offrir des solutions d’externalisation dans des domaines où les capacités industrielles de gestion des équipes, de recrutement, de formation vont faire la différence…

Est-ce que cela ne s’applique qu’à l’IT ? Non bien sûr !

Egalité hommes-femmes: au-delà du genre

Mon ami Gérard Stein m’a signalé le discours d’Hillary Clinton ce week-end, à San Francisco, à l’occasion du forum économique Asie-Pacifique.

Un thème classique : la recherche de davantage d’égalité entre les hommes et femmes. Mais un argument neuf et particulièrement convaincant : il ne faut pas seulement tendre vers cette égalité par souci de justice, mais parce que nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à l’énergie, aux compétences, au potentiel des femmes.

Ainsi, selon un rapport de Goldman Sachs, lever les obstacles au travail des femmes accroîtrait le PIB de l’Eurozone de 13%, des Etats-Unis de 9% ! Dans le même temps, sur les 500 plus grandes entreprises mondiales, 11 seulement sont dirigées par des femmes… Ce n’est donc pas (seulement) parce que cette plus grande justice entre les genres est une bonne chose « en soi » qu’il est urgent de la promouvoir nous dit H. Clinton, « c’est parce qu’elle est nécessaire pour le bien-être de nos enfants et de nos nations ». H. Clinton appelle ainsi de ses vœux l’avènement d’une « ère de la participation » – participation de tous au progrès économique et social (participation age). Une analyse qui me rappelle forcément la nôtre chez ManpowerGroup

Vingt-quatre heures après cette intervention, la Banque Mondiale soulignait dans son rapport sur le développement que malheureusement, le taux d’activité des femmes dans le monde était tombé de 52 % en 1980 à 50 % en 2009, tandis que celui des hommes passait de 78 % à 82 %. Et l’institution d’en conclure qu’il serait un bon calcul de favoriser les femmes car « empêcher les femmes et les filles d’acquérir les compétences et de générer les revenus nécessaires pour réussir dans une économie mondialisée est non seulement injustifiable mais aussi préjudiciable sur le plan économique« . Bref, il s’agit de « permettre à la moitié de la population de la planète de réaliser pleinement son potentiel« …pour le bienfait d’un monde aujourd’hui confronté à une de ses plus graves crises économiques et sociales depuis plus d’un siècle. Tous les talents doivent être mobilisés pour la résoudre.

Hillary Clinton, qui cite discrètement et avec malice son « mari » dans son discours, en donne une démonstration par l’exemple : que l’on aime ou non le personnage, c’est un talent dont il aurait été dommage de se priver…

Politique d’innovation : n’oubliez pas les services !

Le débat télévisé d’hier soir le prouve : la campagne pour l’élection présidentielle commence manifestement à prendre un peu de substance et il apparaît désormais que les discussions vont se polariser autour de quelques items. La dette, bien sûr ; le chômage, évidemment ; l’innovation et la recherche, enfin, avec un fort tropisme pour les PME. En 2007, le tiercé était plutôt pouvoir d’achat, retraite et dette.

Concernant les politiques d’innovation, je m’inquiète lorsque le débat public et politique tend à résumer les enjeux de compétitivité de nos entreprises à la seule industrie: hier soir, la notion d’innovation était une fois encore immédiatement associée aux brevets, à la technologie, à la politique de R&D des entreprises, etc. Mais, comme le rappelle Michel Godet, seules 20 % des innovations sont de source technique et 80 % de nature sociale, organisationnelle, commerciale, marketing ou financière !

D’autre part, la frontière entre biens et services devient de plus en plus difficile à tracer. Quand Michelin ne vend plus aux poids lourds des pneus mais des kilomètres de route, est-ce de l’industrie ou des services ? Quand Apple grâce à son i-phone draine autant de profit de sa capacité à distribuer des applications, est-ce de l’industrie ou des services ?

Partie prenante des grands enjeux de la compétitivité de notre économie il y a nécessité à sortir de cette segmentation passéiste qui oppose industrie et services. Je suis convaincue qu’il faut faire valoir, en France, une autre vision de l’économie, dans laquelle on ne porte pas seulement son attention sur le produit final, mais sur les conditions de sa réalisation et de son utilisation. Travailler à créer les conditions favorables à l’innovation est également indispensable.

On peut (et on doit !) aussi innover dans les services improprement appelés « peu qualifiés » : l’hôtellerie, la restauration. Innover en inventant des modes de gestion des ressources humaines plus intelligents et responsables ; innover en formant davantage le personnel à la relation client, pour changer enfin l’image de la qualité de notre accueil à l’étranger et inciter, par exemple, les touristes de l’Europe du Nord transitant par la France pour se rendre en Espagne, à rester quelques jours chez nous !

Il y a urgence : la France possède certes des leaders incontestés dans l’économie des services (Accor, Carrefour, Veolia, GDF-Suez, EDF, Sodexo, Carrefour…). Mais ses exportations de service n’ont progressé que de 4% entre 2005 et 2009, contre 9% pour l’Allemagne. Beaucoup d’entreprises de services françaises n’ont pas atteint la taille critique pour se développer, exporter et participer à la consolidation de leur secteur.

Le Centre d’Analyse Stratégique nous dit que 65% des emplois créés à horizon 2025 le seront dans le secteur des services.

Faisons en sorte que l’innovation concerne aussi ces emplois indispensables à la compétitivité de la France.