La confiance, facteur-clé de la compétitivité
Vu hier une vidéo très instructive postée sur un site qui monte, Ted.com (qui héberge des vidéos de conférence en langue anglaise manifestement de grande qualité, sur les sujets les plus divers).
Le thème de la vidéo est assez classique : la montée des inégalités dans les pays développés et ses conséquences. La thèse que développe Richard Wilkinson, ce chercheur britannique spécialiste des inégalités sociales, l’est un peu moins : selon lui, à partir d’un certain niveau de développement, on ne constate plus de corrélation entre la richesse d’un pays et différents indicateurs de bien-être. Ces derniers sont en revanche fortement liés au niveau des inégalités observés dans la société. Ainsi s’expliquerait la faible performance relative des pays anglo-saxons mais aussi de la Grèce ou du Portugal en termes d’espérance de vie, d’incidences de problèmes sociaux divers (comme les addictions, la criminalité, le niveau d’illettrisme…) : dans ces pays, le niveau d’inégalité est particulièrement élevé, avec une forte différence de revenus moyens entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres.
Un autre élément me paraît particulièrement intéressant dans cette vidéo : dans ces indicateurs de développement, de richesse ou d’inégalité, la France se situe presque toujours pile à la moyenne, entre les meilleurs élèves (souvent en Europe du Nord), et les moins bons (pays méditerranéens, auxquels il faut rajouter les pays anglo-saxons sur cet indicateur des inégalités). C’est un fait que je peux observer sur le marché de l’emploi : il y a bien quelque chose de l’Europe du Sud en France, mais nous ne sommes pas non plus si éloignés de nos voisins nordiques ! Bref, la France brillerait-elle par son caractère… « moyen » ?
A y regarder de plus près, il existe cependant une spécificité bien française. La France occupe en effet une position « anormale » dès qu’il s’agit de mesurer la confiance que les individus ont les uns envers les autres.
Faibles inégalités = forte confiance envers ses concitoyens et inversement. Les Français, qui vivent dans un pays « moyennement inégalitaire », devraient avoir « moyennement confiance » les uns dans les autres. Et bien non ! Ils se méfient de leurs concitoyens à un niveau avec lequel seuls les Grecs, les Israéliens et les Portugais (bons derniers…) peuvent rivaliser.
Il y a quelques années, ce fait remarquable avait poussé des économistes à dénoncer la « société de défiance » dans laquelle nous vivions, ici en France.
Il faut bien sûr se méfier de ces indicateurs globaux qui reflètent parfois moins des comportements réels que des façons de répondre différentes selon les cultures de chaque pays. Ce chiffre révèle par ailleurs un état d’esprit français un peu frondeur et rebelle plutôt sympathique.
Mais il doit quand même nous alerter en cette période économiquement très troublée.
J’ai beaucoup parlé ici du rôle trop souvent négligé des services dans l’économie de demain. La création de valeur dans nos économies modernes repose de moins en moins sur la capacité à financer de grands projets industriels intégrés, assurés par un collectif stable et identifiable de salariés. Elle suppose en revanche de réussir à faire travailler ensemble des équipes diverses, mobiles, qui doivent œuvrer dans la même direction, même si leurs objectifs de long terme ne sont pas nécessairement les mêmes. C’est vrai aussi au niveau des entreprises, où les carrières sont moins linéaires, et dans lesquelles des équipes se structurent autour d’objectifs et de projets plus courts ; ça l’est également entre les entreprises, notamment entre donneurs d’ordre et sous-traitants.
Bref, sans confiance réciproque, le climat peut vite se tendre et la qualité globale des services et produits proposés se détériorer significativement.



