Femmes et technologie, suite

Le conseil d’administration d’IBM vient d’élire Ginni Rometty à sa tête – et cela me réjouit profondément.

D’abord parce qu’il s’agit là, bien sûr, de la reconnaissance d’une très belle carrière professionnelle toute entière tournée vers les clients et la création de valeur : Ginni a toujours occupé des postes de terrain et a, entre autre, piloté l’intégration de PricewaterhouseCoopers Consulting dans la division Business Consulting Services d’IBM en 2003.
Ensuite, parce qu’on peut voir dans cette nomination, l’aboutissement spectaculaire d’une politique de la diversité démarrée il y a de très nombreuses années par IBM. Une politique de diversité non pas vue comme un simple volet d’une politique RSE, mais bien comprise aussi comme une stratégie de ressources humaines, destinée à identifier et faire éclore tous les talents dont une entreprise de technologie comme IBM (cette année centenaire) a besoin pour rester parmi les premières capitalisations boursières mondiales. Et pour continuer à innover, bien sûr : depuis dix-huit années, sans interruption, IBM occupe la première place dans le classement des entreprises les plus inventives du monde, avec plus de 5000 brevets déposés…par an !

Faire émerger et progresser un talent, fut-il aussi remarquable que celui de Ginni Rometty , n’arrive pas par hasard dans une entreprise comme IBM qui ne doit pas compter plus de 25 a 30% de femmes dans ses effectifs mondiaux . C’est une très belle illustration de cette « Ere des Talents » dont, chez ManpowerGroup, nous parlons depuis de nombreux mois !

Enfin, la nomination de Ginni Rometty me réjouit, parce qu’en l’espace de quelques mois, avec celle de Meg Whitman à la tête d’HP , ce sont deux très grandes entreprises emblématiques du secteur technologique qui ont choisi d’être dirigées par des femmes. Avec de tels ‘role models’ nos filles vont bien finir par s’apercevoir (enfin !) que la techno, c’est un vrai bon plan pour elles !

Jeunes et emploi: plus d’opportunités que de risques

« Rencontres Capitales » à Marseille. J’ai eu beaucoup de plaisir à ce débat sur l’Emploi des jeunes, car nous étions dans la vraie vie…

Alors que nous venons d’univers très différents (associatif, entrepreneurial, universitaire…) et que nous ne sommes pas tous de la même génération, nous avons partagé les constats, les idées, les solutions concrètes sur lesquels nous sommes souvent tombés d’accord. Cela n’était pas gagné d’avance et cela me parait indiquer qu’enfin nous arrivons à une certaine forme de consensus sur l’analyse et sur l’urgence à moins en discourir mais à agir.

Ce n’était sans doute pas le cas au moment du CPE, il y a cinq ans. Quand j’entends Julie Coudry se féliciter que, depuis 2007, l’université française ait enfin pour mission de participer à l’insertion dans le monde du travail, ou expliquer qu’il faut passer d’une posture d’assistanat à un état d’esprit d’ouverture et d’audace à l’égard de la jeunesse, je me dis qu’un certain nombre de cloisons idéologiques ou dogmatiques sont tombées.

Quand Stéphane Carcillo plaide pour une professionnalisation de notre système d’orientation, et explique qu’il faudrait que ce soient des professionnels qui soient chargés de la mise en relation entre jeunes et entreprises (c’est à dire des gens qui connaissent le monde du travail, son fonctionnement et ses besoins – et non des titulaires d’un bac+5 en psychologie comme aujourd’hui !), je me dis que certaines choses peuvent être dites sans pour autant déclencher l’ire de la salle !

Intéressant aussi de constater que l’importance des compétences non cognitives commence manifestement à être reconnue (alors que c’est le cas depuis des années aux US ou au Canada…) dans la capacité à intégrer et progresser dans une organisation complexe comme l’entreprise.

Bref, le sujet du décalage entre formation et besoins des entreprises n’est plus tabou.

C’est une formidable opportunité pour les politiques de tous bords: qu’ils en profitent pour faire des propositions concrètes ! Au-delà des politiques, il faudra amplifier cette prise de conscience, rompre définitivement avec le cercle vicieux de la méfiance co-entretenue entre Education nationale et monde de l’entreprise, décloisonner les communautés en multipliant les opportunités de contacts et d’échanges. Parce que, fondamentalement, il y a plus d’opportunités que de risques à construire ensemble un monde du travail et de l’emploi enfin équilibré.

Apprentissage: ne nous trompons pas de cible !

Je serai vendredi à Marseille pour débattre avec Julie Coudry, fondatrice et présidente de La Manu, et les économistes Stéphane Carcillo et Anne Sonnet dans le cadre des Rencontres Capitales. Sujet du débat : « Emploi des jeunes, quelles solutions pour demain ? » Vaste programme, hélas. Je souhaite vivement que nos échanges soient pragmatiques, qu’ils ouvrent des pistes de solutions tangibles, en réponse à la dureté statistique des constats.

 « La machine à trier », le livre que vient de publier la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi nous interpelle vivement. Pourquoi, par exemple, le nombre d’apprentis diplômés du supérieur a-t-il augmenté de 125% depuis une dizaine d’années, alors que cette hausse n’a été que de 2% pour les autres ? L’effort est-il justement réparti ? Je ne le pense pas.

Oui, 95% des employeurs interrogés dans le cadre d’une enquête récente de l’AGEFOS estiment que l’alternance est un excellent moyen pour les jeunes de trouver un emploi, 85% que c’est la meilleure manière de développer l’autonomie des jeunes. Et du côté des jeunes, même constat : leur insertion bénéficie très nettement d’un passage par l’apprentissage, notamment pour les moins diplômés, qui connaissent un taux d’emploi de près de 10 points supérieur lorsqu’ils ont suivi une voie d’apprentissage… Mais c’est là qu’intervient le problème : l’apprentissage, fer de lance de la politique gouvernementale sur l’emploi des jeunes, plébiscitée par l’ensemble des parties prenantes, profite de plus en plus … à ceux qui en ont le moins besoin !
C’est pourquoi je me réjouis que notre Fondation agisse concrètement; le partenariat qu’elle a signé la semaine dernière avec les Apprentis d’Auteuil corrige, à son modeste niveau, cet écart. Les Apprentis d’Auteuil, association caritative dont la lutte contre l’exclusion des jeunes est la raison d’être depuis plus d’un siècle, encourage les jeunes les moins qualifiés à rentrer dans la logique de l’apprentissage. Son programme sera sérieusement évalué dans le cadre du Fonds d’Expérimentation de la Jeunesse et, s’il tient ces promesses, il est destiné à être largement essaimé…

Les candidats à l’élection présidentiels, potentiels ou futurs, font et feront de l’emploi des jeunes un des thèmes principaux de leur campagne: c’est indispensable ! Mais femme de terrain, confrontée tous les jours au défi de l’insertion de toutes les jeunesses, la plus comme la moins diplômée, je ne peux que les appeler à ne pas laisser de côté la partie la plus fragilisée de celle-ci: la France de demain aura besoin de tous ses jeunes talents; sa compétitivité et la cohésion sociale sont à ce prix…

Une jeunesse française coupée en deux ?

Cette semaine sort en librairie « La machine à trier ».

C’est le premier ouvrage de la collection que la Fondation ManpowerGroup pour l’Emploi lance, et dont l’objectif est de décrypter les ressorts d’une « nouvelle société de l’emploi » (c’est le nom de la collection).

J’ai lu cet essai le week-end dernier. Bien sûr, j’avais un a priori favorable : qu’on soit d’accord ou pas avec eux, les quatre auteurs (Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg et Pierre Cahuc) n’ont pas l’habitude de laisser indifférents… Disons donc que je n’ai pas été du tout déçue: le livre est sec et nerveux, comme tendu vers l’urgence qu’il dépeint.

 Et surtout, il développe une thèse originale : réfutant « l’idée d’un destin commun à une génération », il insiste au contraire sur l’importante fracture qui ne cesse de s’accroître au sein de notre jeunesse, et qui menace l’équilibre de notre société toute entière.

Bien sûr, les inégalités intergénérationnelles se sont creusées. Oui, les jeunes sont les premiers à souffrir de la crise et connaissent, depuis plus de trente ans, un niveau de chômage structurellement beaucoup plus élevé que le reste de la population – et cette situation a plutôt tendance à empirer. Ils rencontrent également des difficultés à se loger et à emprunter. Mais tandis que cette situation n’est que transitoire pour une majorité de jeunes, elle est de plus en plus souvent définitive pour une minorité, souvent peu ou pas qualifiée. Pour cette minorité, le modèle social français apparaît comme une implacable « machine à trier » et à exclure. A l’école tout d’abord, incapable de s’adresser aux moins bons élèves qu’elle échoue à former. Sur le marché du travail ensuite, protégeant les uns au détriment des autres, car fragmenté en un segment protégé d’un côté, instable de l’autre, sans que ni les services publics de l’emploi, ni la politique de formation professionnelle ne réussisse à réduire les écarts.

Pourtant, nous démontre ce livre, l’ensemble des jeunes apparaît plus conservateur qu’on ne le croit souvent et continue à adhérer aux valeurs qui cimentent notre société : l’importance de la famille, de l’effort individuel, du travail… tout cela subsiste !

Parce qu’il est violemment et injustement déceptif, ce grand écart entre valeurs et réalité est inquiétant…car faute de réformer notre système scolaire et notre marché du travail, la « machine à trier » continuera à laisser un nombre croissant de jeunes sur le bord du chemin, et la situation pourrait rapidement se révéler explosive.

Une « Petite Poucette » qui trace son chemin

La génération Y. Un sujet très à la mode ! Sur lequel on entend un peu toujours les mêmes rengaines… « Digital native », zappeuse, engagée, inconstante, innovante, avec un nouveau rapport au travail et à l’autorité : tout cela est vrai en partie, mais j’ai toujours trouvé qu’il manquait un petit quelque chose à ce tableau, comme une histoire dont on connaîtrait la fin sans en avoir suivi l’intrigue…

Et voilà qu’un texte lumineux de Michel Serres vient mettre des mots, des faits, des intuitions remarquables sur ces bouleversements. Il circule depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux et chaque jour qui passe, il semble générer plus d’enthousiasme…

Ce qui est formidable dans ce texte, c’est sa façon de considérer cette génération sous un prisme multi-facettes : historique, religieux, culturel, linguistique, sexuel… Un corps différent, qui ne connaît de moins en moins les affres des privations et des maladies ; un rapport à la connaissance bouleversé par le formatage inquiétant des médias et de la publicité, mais qui s’enrichit aussi de la masse formidable d’informations accessibles en temps réel et de partout ; une génération d’individus enfin, « seule au monde » nous dit Michel Serres, et qui doit avant tout compter sur soi, puisque les grandes idéologies nationalistes et identitaires des derniers siècles ont disparu – et c’est tant mieux !

Voilà les jeunes qui sont aujourd’hui dans nos entreprises. Ils véhiculent un rapport au monde différent. Il nous faut apprendre à les comprendre, pour faire de leurs spécificités les forces de nos organisations.

En quelques feuillets d’une remarquable limpidité, Michel Serres dessine ainsi un portrait abouti de cette génération mutante, avec une vraie tendresse de la part de cet homme à l’âge certain, et dont l’esprit est plus jeune et rafraichissant que bien des vieux « petits Poucet » ! La preuve que tout n’est pas perdu pour ceux qui ne savent pas écrire des SMS avec leurs pouces…