« Talent-Based Outsourcing » : faire la différence par l’accès aux Talents

Lundi matin, interview avec Stéphane Soumier sur BFM Business. Au centre de l’échange, une actualité importante pour ManpowerGroup : l’acquisition de la SSII Proservia. A deux reprises, Stéphane Soumier semble s’étonner de ce rachat, ne pas en saisir toute la pertinence stratégique – ce qui n’est pas dans ses habitudes ! Au cœur de ses interrogations, le lien entre les métiers des SSII et le savoir-faire de ManpowerGroup – lien que je t’ai tenté de résumer par une formule sans doute un peu déroutante pour le téléspectateur : le « Talent-Based Outsourcing » !

Première difficulté: ce monde des SSII dont la variété des métiers n’est perçue que par les spécialistes… Si je me hasarde à une pédagogie très simplificatrice, je dirais qu’il y a deux grands domaines d’activité au sein de ce grand monde des SSII qui emploie environ 350 000 personnes en France: la gestion des infrastructures techniques d’un coté et les projets applicatifs de l’autre et deux façon de travailler avec ses clients: gérer pour leurs comptes (des infrastructures ou des projets) ou leur apporter des compétences complémentaires pour les assister dans chacun de ces deux domaines.

L’infogérance, donc, c’est l’externalisation des systèmes d’information des entreprises, phénomène qui s’est beaucoup développé depuis les années 1990 et a très fortement contribué à la croissance du secteur informatique pendant la même période.

Lorsque l’on gère pour le compte de son client, c’est bien sûr parce que l’on a capacité à faire mieux que ce qu’il peut faire lui-même. Et longtemps, il a suffi d’être des spécialistes de l’informatique pour faire la différence. Mais dans la réalité plus récente, le grand mot d’industrialisation a fait son entrée en informatique, introduisant dans ce secteur les méthodes et les modèles développés dans le monde industriel depuis les années 90.
Comme dans l’industrie, ce mouvement a provoqué progressivement une segmentation des acteurs, avec d’un coté de grands acteurs capables d’investir et de gérer des méga-centres informatiques ainsi que des prestations intégrées au niveau global et de l’autre des prestataires locaux, plus spécialisés, plus en proximité de clients ou d’utilisateurs mais aussi plus dépendant des hommes et des femmes qui composent leurs équipes. Proservia est l’une de ces SSII spécialisées, qui offre des prestations d’infogérance pour les infrastructures techniques de proximité.

Vous me direz qu’on ne voit toujours pas le lien avec ManpowerGroup… Et pourtant, il est là, bien réel ! Comme je l’ai souvent écrit ici, la principale difficulté du monde du travail d’aujourd’hui et de demain est de faire face à la pénurie croissante de talents. Et le challenge de ManpowerGroup est d’offrir des solutions globales à ce défi : sourcing des candidats, sélection, formation, recrutement, nous sommes capables d’intervenir à toutes les étapes des processus RH.

Cette problématique de la pénurie de talents est extrêmement vive dans le secteur de l’IT pour lequel on ne forme pas assez de jeunes, et dont les technologies évoluent à toute vitesse. La capacité à avoir les bonnes équipes au bon moment est évidemment encore plus critique pour ces prestations de service qui vont dépendre de la disponibilité de ces collaborateurs idéaux qui cumulent compétences techniques, motivation mais aussi savoir-être. Il n’est pas rare dans ce secteur de connaitre un turnover de ses équipes de l’ordre de 25à 30%…

Dès lors, en combinant nos savoir faire de gestion des talents avec ceux, techniques, de Proservia, (qui est déjà très sensible à ces questions), nous avons le potentiel d’apporter des solutions plus efficaces, plus compétitives et de meilleures qualités à nos clients. C’est une autre façon d’industrialiser les services…

Voilà donc le cœur ce qu’on appelle le « talent-based outsourcing » : la capacité à offrir des solutions d’externalisation dans des domaines où les capacités industrielles de gestion des équipes, de recrutement, de formation vont faire la différence…

Est-ce que cela ne s’applique qu’à l’IT ? Non bien sûr !

Egalité hommes-femmes: au-delà du genre

Mon ami Gérard Stein m’a signalé le discours d’Hillary Clinton ce week-end, à San Francisco, à l’occasion du forum économique Asie-Pacifique.

Un thème classique : la recherche de davantage d’égalité entre les hommes et femmes. Mais un argument neuf et particulièrement convaincant : il ne faut pas seulement tendre vers cette égalité par souci de justice, mais parce que nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à l’énergie, aux compétences, au potentiel des femmes.

Ainsi, selon un rapport de Goldman Sachs, lever les obstacles au travail des femmes accroîtrait le PIB de l’Eurozone de 13%, des Etats-Unis de 9% ! Dans le même temps, sur les 500 plus grandes entreprises mondiales, 11 seulement sont dirigées par des femmes… Ce n’est donc pas (seulement) parce que cette plus grande justice entre les genres est une bonne chose « en soi » qu’il est urgent de la promouvoir nous dit H. Clinton, « c’est parce qu’elle est nécessaire pour le bien-être de nos enfants et de nos nations ». H. Clinton appelle ainsi de ses vœux l’avènement d’une « ère de la participation » – participation de tous au progrès économique et social (participation age). Une analyse qui me rappelle forcément la nôtre chez ManpowerGroup

Vingt-quatre heures après cette intervention, la Banque Mondiale soulignait dans son rapport sur le développement que malheureusement, le taux d’activité des femmes dans le monde était tombé de 52 % en 1980 à 50 % en 2009, tandis que celui des hommes passait de 78 % à 82 %. Et l’institution d’en conclure qu’il serait un bon calcul de favoriser les femmes car « empêcher les femmes et les filles d’acquérir les compétences et de générer les revenus nécessaires pour réussir dans une économie mondialisée est non seulement injustifiable mais aussi préjudiciable sur le plan économique« . Bref, il s’agit de « permettre à la moitié de la population de la planète de réaliser pleinement son potentiel« …pour le bienfait d’un monde aujourd’hui confronté à une de ses plus graves crises économiques et sociales depuis plus d’un siècle. Tous les talents doivent être mobilisés pour la résoudre.

Hillary Clinton, qui cite discrètement et avec malice son « mari » dans son discours, en donne une démonstration par l’exemple : que l’on aime ou non le personnage, c’est un talent dont il aurait été dommage de se priver…

Politique d’innovation : n’oubliez pas les services !

Le débat télévisé d’hier soir le prouve : la campagne pour l’élection présidentielle commence manifestement à prendre un peu de substance et il apparaît désormais que les discussions vont se polariser autour de quelques items. La dette, bien sûr ; le chômage, évidemment ; l’innovation et la recherche, enfin, avec un fort tropisme pour les PME. En 2007, le tiercé était plutôt pouvoir d’achat, retraite et dette.

Concernant les politiques d’innovation, je m’inquiète lorsque le débat public et politique tend à résumer les enjeux de compétitivité de nos entreprises à la seule industrie: hier soir, la notion d’innovation était une fois encore immédiatement associée aux brevets, à la technologie, à la politique de R&D des entreprises, etc. Mais, comme le rappelle Michel Godet, seules 20 % des innovations sont de source technique et 80 % de nature sociale, organisationnelle, commerciale, marketing ou financière !

D’autre part, la frontière entre biens et services devient de plus en plus difficile à tracer. Quand Michelin ne vend plus aux poids lourds des pneus mais des kilomètres de route, est-ce de l’industrie ou des services ? Quand Apple grâce à son i-phone draine autant de profit de sa capacité à distribuer des applications, est-ce de l’industrie ou des services ?

Partie prenante des grands enjeux de la compétitivité de notre économie il y a nécessité à sortir de cette segmentation passéiste qui oppose industrie et services. Je suis convaincue qu’il faut faire valoir, en France, une autre vision de l’économie, dans laquelle on ne porte pas seulement son attention sur le produit final, mais sur les conditions de sa réalisation et de son utilisation. Travailler à créer les conditions favorables à l’innovation est également indispensable.

On peut (et on doit !) aussi innover dans les services improprement appelés « peu qualifiés » : l’hôtellerie, la restauration. Innover en inventant des modes de gestion des ressources humaines plus intelligents et responsables ; innover en formant davantage le personnel à la relation client, pour changer enfin l’image de la qualité de notre accueil à l’étranger et inciter, par exemple, les touristes de l’Europe du Nord transitant par la France pour se rendre en Espagne, à rester quelques jours chez nous !

Il y a urgence : la France possède certes des leaders incontestés dans l’économie des services (Accor, Carrefour, Veolia, GDF-Suez, EDF, Sodexo, Carrefour…). Mais ses exportations de service n’ont progressé que de 4% entre 2005 et 2009, contre 9% pour l’Allemagne. Beaucoup d’entreprises de services françaises n’ont pas atteint la taille critique pour se développer, exporter et participer à la consolidation de leur secteur.

Le Centre d’Analyse Stratégique nous dit que 65% des emplois créés à horizon 2025 le seront dans le secteur des services.

Faisons en sorte que l’innovation concerne aussi ces emplois indispensables à la compétitivité de la France.

« geeker » ou changer le monde ?

L’OCDE vient de sortir son gros rapport annuel (500 pages !) sur les caractéristiques et les performances des systèmes éducatifs de ses trente-quatre états membres. C’est bien évidemment une source d’informations (et de commentaires) considérable.

Concernant la France, le constat qui m’accable le plus est la constante incapacité de son système scolaire à corriger les inégalités sociales : depuis des années, le niveau des élèves varie fortement selon leur milieu d’origine. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, il n’y a pas de fatalité dans ce domaine ; cet écart est malheureusement bien français : il est de 30 % supérieur à la moyenne des autres pays.

L’autre information que je retiens de ce rapport est plus complexe et concerne la nature des études supérieures suivies par les femmes dans ces pays. Car si aujourd’hui, globalement, 58% des diplômés sont des femmes (contre 54% il y a une dizaine d’années), il apparait que cette féminisation des diplômes n’est toujours pas homogène, loin s’en faut : 60% des diplômés scientifiques sont des hommes et les femmes sont surreprésentées dans les formations supérieures liées à la santé, au ‘care’, aux humanités ou aux arts… Bref, des formations qui ne sont pas couramment celles dont l’entreprise a besoin.

Plus inquiétant encore, il y a des pans entiers de l’économie où cette dichotomie ne cesse de s’accentuer. Prenons le secteur de l’informatique et des nouvelles technologies : rien qu’en Europe, cette industrie devrait manquer grosso modo de 70 000 spécialistes en 2015 – et en France, les créations nettes d’emplois tournent autour de 10 000 par an. Cependant, on estime que la proportion de femmes dans les écoles d’informatique européennes est passée de plus de 30% dans les années 80… à moins de 15% aujourd’hui. En France cette proportion est inférieure à 10% contre 30 à 40% il y a dix ans.

Que s’est-il passé ? Comment se fait-il que les femmes européennes (car ce n’est pas le cas en Asie) désertent massivement ce secteur de croissance et d’innovation, alors que les conditions salariales y sont sensiblement meilleures que la moyenne des autres métiers scientifiques, et que le taux de chômage y est très inférieur ? C’est une question à laquelle je ne trouve pas de réponse totalement satisfaisante.

Admettons qu’il manque sans doute quelques role model plus réaliste que Lisbeth Salander, l’héroïne de Millenium ! Mais on m’avance souvent la puissance du stéréotype de l’informaticien mâle : techno, cloitré, manquant de sens relationnel (bref, à l’opposé…du stéréotype féminin, auquel ce dernier ne pourrait évidemment s’identifier !) Franchement, je n’ai pas souvenir, dans ma vie professionnelle antérieure, d’avoir côtoyé d’aussi caricaturaux et sinistres individus ! Il ne me semble pas non plus, quand j’observe les adolescent(e)s d’aujourd’hui, que l’usage de l’informatique, au lycée ou dans le cadre familial, soit particulièrement sexué : tous et toutes jonglent avec leur « téléphone couteau-suisse », leur console de jeu ou leur page Facebook avec la même dextérité…

J’irais plutôt chercher un début d’explication du côté du secteur lui-même, ou plutôt du côté des entreprises qui le composent. Bien souvent, je trouve que les termes utilisés pour décrire cette branche, la variété, l’évolution et la richesse de ses métiers sont restrictifs, étroits, abscons. Bref, pas attrayants, pas vendeurs et surtout ne reflétant pas la réalité des enjeux de ces métiers. Or, les technologies de l’information sont au coeur des transformations de l’entreprise et à la source des nouveaux usages observés dans la société toute entière. Voilà la réalité des métiers de la majorité des informaticiens d’aujourd’hui et de demain… Il me semble qu’il y a bien là de quoi motiver nos filles - si on leur expliquait mieux combien ce secteur porte le développement de nos économies…

Il y a presque trente ans, Steve Jobs débauchait John Sculley, alors directeur général de Pepsi, pour prendre la tête d’Apple. Il lui posa la question suivante, restée fameuse : « Voulez-vous passer le reste de votre vie à vendre de l’eau sucrée, ou voulez-vous changer le monde? »

Entreprises et recruteurs feraient bien de s’en inspirer…

Voilà donc une première piste de réflexion, que je laisse à vos commentaires, sur un sujet dont à mon sens on parle trop peu et qui m’intéresse évidemment à plus d’un titre !

Quand Sparte devient la référence d’Athènes

Vingt-quatre heures à Athènes avec l’équipe locale de ManpowerGroup pour discuter de la façon dont nous pourrions contribuer à bâtir des solutions pour l’emploi dans ce pays, dont le marché du travail est bien malade et depuis bien longtemps.

De mes échanges avec l’équipe et les responsables d’entreprises que j’ai pu rencontrer, ce qui frappe d’abord c’est la détermination de tous à rejeter les scénarios catastrophes et la volonté d’exorciser l’inquiétude par un fourmillement d’idées qui permettraient de construire un avenir plus riant.

McKinsey vient d’ailleurs de publier un rapport qui liste les secteurs à fort potentiel et qui conforte ainsi cette attitude combative: le secteur du tourisme, bien sur, qui représente aujourd’hui 22% du PIB mais qui est cependant moins bien positionné que celui du voisin turc ; l’agriculture, encore artisanale et gérée « à l’ancienne » par des coopératives archaïques (3% du PIB et 12% de la population active…) ; le secteur des énergies alternatives qui pourrait exploiter les ressources naturelles de ce pays magnifique…

Bien compliqué toutefois d’identifier qui et comment tout ceci pourrait être lancé et construit: la confiance à l’égard des politiques et du système administratif est nulle, les partenariats public-privé sont inexistants et il parait bien difficile de pouvoir attirer les investissements étrangers à court terme. Du coup c’est vers « les technocrates de la communauté européenne » (sic) que l’on imagine se tourner – et je note au passage qu’ici, en Grèce, technocrate est un mot dont le sens est tout à fait positif quand on l’oppose au mot politique !

Cette fracture entre la sphère publique et le monde privé est effrayante dans un pays qui aurait tant besoin d’une unité nationale pour faire face à l’étendue de ses problèmes. Le débat politique est vécu comme un gigantesque bargain avec l’opinion publique et les syndicats. Mais au quotidien il s’agit bien pour les entreprises et les individus de survivre. Les ingénieurs s’exportent, les cellules familiales se regroupent, les petits boulots au noir se multiplient, les entreprises se mettent en mode lean. Etre agile, faire beaucoup plus avec beaucoup moins…voilà le ‘new normal’ des entreprises en Grèce. Et l’Histoire est là pour rassurer. La cité souveraine de Sparte n’a t elle pas assis sa domination sur le monde hellénistique, trois siècles durant, par sa rigueur et son austérité ?

Aujourd’hui, Sparte, c’est le nom donné à quelques plans d’économies ou de conquête commerciale…et ce n’est pas un hasard !

Mots croisés – Démondialisation: les enjeux de l’emploi méritent mieux qu’une vision binaire

Invitée hier soir sur le plateau de Mots Croisés, l’émission d’Yves Calvi sur France 2. Autour de la table, Xavier Bertrand, Arnaud Montebourg, François Chérèque et Jean Peyrelevade. Sujet du débat annoncé: « Qui va payer la rigueur ? »

Mon parti pris : défendre un point de vue pragmatique de chef d’entreprise, et considérer que si le contexte budgétaire oblige à prendre des mesures immédiates et de saine gestion ( cf le plan Fillon de la fin août), celles-ci ne doivent pas détourner le pays de choix plus fondamentaux et de plus long terme. Quelles pistes pour améliorer la compétitivité du travail de notre pays ? Comment rompre avec cette dualité du marché de l’emploi, à la fois injuste socialement et inefficace économiquement ? Sur quels sujets l’investissement public doit-il se concentrer – ou au contraire s’alléger, dans un cadre budgétaire extrêmement et durablement contraint ?

Au-delà de ma traditionnelle frustration liée au genre de l’exercice (il est très difficile de cantonner une émission de ce type au sujet initial du débat), je suis sortie du studio avec un certain nombre de convictions nouvelles ou confortées.

Tout d’abord, ce qui sera nouveau en 2012, c’est que les grandes formations politiques présenteront des programmes dont le coût budgétaire sera nul, et que le débat sera plutôt de savoir sur quelle(s) catégorie(s) de population elles feront supporter l’effort fiscal ou la baisse des dépenses. Ce qui me semble indispensable, c’est de préserver les forces vives de ce pays. Et ces forces vives, ce sont les gens qui travaillent mais aussi ceux qui aimeraient travailler, et qui ne le peuvent pas parce que la réalité du marché du travail français est structurellement injuste.

Autre conviction : il n’est ni prudent ni raisonnable, en cette période difficile et anxiogène pour les Français, de faire passer pour des solutions ce qui n’est qu’utopie. Le concept de démondialisation, dont Arnaud Montebourg était hier soir l’ardent supporter, ne résiste pas à la réalité de notre économie : nous réalisons les deux tiers de nos échanges avec les pays de l’Union européenne, et c’est bien en Europe que nous perdons des parts de marché – et non dans le reste du monde. Parallèlement, le dumping social des pays émergents est une réalité. Mais reconnaissons aussi que le respect des droits fondamentaux tend à s’améliorer partout dans le monde : égalité hommes/femmes, droit syndical, travail des enfants…beaucoup reste à faire, bien sûr, mais la mondialisation a aussi entraîné un indéniable mouvement de moralisation du travail.

Bref, sortons d’une vision binaire et caricaturale : les enjeux qui sont devant nous valent bien mieux que cela, tout comme l’intelligence collective de nos concitoyens.