Le « skill matching challenge (*) », plus pressant et concret que jamais

Cela fait quelques semaines qu’entre mes différents voyages, je n’ai pas pu prendre le temps d’écrire quelques lignes pour mon blog.

Aussi variées qu’aient pu être mes occasions d’échanges ces dernières temps je suis frappée de la récurrence du thème de l’écart entre les compétences demandées par les entreprises et celles disponibles sur les marches du travail.

A Vienne au World Economic Forum, la table-ronde consacrée à l’efficacité des marchés de l’emploi m’a donnée l’occasion de constater la difficulté des politiques confrontés à ce paradoxe et aux tensions sociales qu’il engendre.

A Barcelone, alors que l’on entendait les cris des étudiants manifestant sous nos fenêtres, on m’expliquait les freins, voir les refus, de propositions d’emploi nécessitant une mobilité géographique.

Aux Etats-Unis, j’ai constaté que des branches entières de l’industrie informatique ne pouvaient répondre à leurs clients en raison de la difficulté nouvelle rencontrée par les ingénieurs indiens à obtenir un visa…

A Nantes enfin, hier soir, j’écoutais les solutions mises en œuvre par nos agences pour former des agents de production polyvalents, des soudeurs, des informaticiens, des opérateurs de saisie, « comme en 2007 », alors que les chiffres du chômage augmentent à nouveau en mai.

Comment comprendre – et tolérer même – que la plupart des employeurs selon la dernière enquête de ManpowerGroup, déclarent rencontrer des difficultés de recrutement dans des pays fortement affectés par le chômage ? En France, d’après l’enquête « Besoins en Main d’œuvre 2011 » de Pôle Emploi, ce sont près de 40% des employeurs qui anticipent de tels problèmes pour l’année à venir…alors même que le dernier baromètre Manpower des perspectives d’emploi pour le 3ème trimestre 2011 révèle leur optimisme, avec un solde net d’emploi à son plus haut niveau depuis trois ans !

Comment rapprocher des données qui semblent inconciliables ? Ne peut-on trouver, parmi les 2,6 millions de chômeurs de catégorie A et les 1,4 millions de salariés qui n’exercent qu’une activité réduite (catégorie B et C), les compétences recherchées ?

A la lecture de ces chiffres – qui, à l’instar de tous les chiffres de l’emploi, sont toujours suspects a priori d’être biaisés –, certains accusent les employeurs de créer en réalité une pénurie artificielle en offrant des conditions de travail et de rémunération qui décourageraient leurs potentielles recrues. Le patronat de son côté insiste plutôt sur l’inadéquation entre le savoir-faire et le savoir-être des candidats, d’un côté, et les attentes de l’entreprise, de l’autre, dans un contexte d’intenses pressions sur les marges et de concurrence internationale accrue.

Comme souvent dans ces polémiques, chacun a sa part de vérité.
Dans le monde d’aujourd’hui, qui se remet difficilement d’une crise aigüe, les entreprises n’ont effectivement pas d’autre choix que d’apprendre à « faire plus avec moins ». D’où l’enjeu numéro un qui est désormais de trouver la bonne personne, au bon endroit et au bon moment. Les Talents sont rares, et ils le seront toujours davantage à mesure que la crise démographique s’amplifiera. C’est aussi le cas dans les emplois improprement et injustement appelés « non » ou « peu qualifiés » : dans une économie plus largement orientée « services », les compétences transverses de savoir-être sont indispensables.

Vienne, Barcelone, Milwaukee, Nantes : en quelques semaines, bien des conversations et des échanges au cœur desquels les thématiques développées par notre Groupe autour de « l’Ere des talents » se sont révélées plus prégnantes que jamais.

J’y vois autant le signe de la justesse de notre analyse que celui de sa pérennité.

(*) Le titre de ce billet est emprunté au Centre européen pour le développement de la formation professionnelle, qui, l’an dernier, a publié une passionnante (et inquiétante !) étude sur les disparités entre compétences et emplois disponibles sur le marché du travail européen.

L’innovation, arme anti-crise

Je viens d’arriver à Vienne, où est organisée la réunion annuelle du World Economic Forum, consacré à l’Europe et à l’Asie. Sans doute moins médiatisée que la rencontre de Davos, qui a lieu chaque année en janvier, il s’agit néanmoins d’un événement considérable, qui rassemble des dizaines de chefs d’entreprises, managers, journalistes, chercheurs, etc. C’est pour cette raison que ManpowerGroup en est un des principaux partenaires.

Je devine que beaucoup d’entre vous imaginent – inquiétude légitime ! – qu’il s’agit encore d’un lieu où les « grands de ce monde » se retrouvent pour bien manger, dans de beaux endroits, en échangeant des propos polis.

Il s’agit, fort heureusement, de tout autre chose.

La rencontre de cette année est intitulée : « Expanding the frontiers of innovation », mot d’ordre qui s’applique bien aux pays dont je m’occupe aujourd’hui au sein de ManpowerGroup. N’est-ce pas par l’innovation, l’audace que sortiront définitivement de la crise non seulement la France ou l’Italie, mais plus encore ces pays terriblement impactés que sont la Grèce, le Portugal ou l’Espagne ?

C’est en tous les cas le message, faits et chiffres à l’appui, que je tenterai de défendre au cours d’une table-ronde intitulée « Making Labour Market Work », à laquelle je participe. Signe que le World Economic Forum est bien plus ouvert qu’on ne peut l’imaginer, je vais confronter mon point de vue avec des personnalités aussi diverses que :

- le président de la République de Slovénie, spécialiste internationalement reconnu des droits de l’homme, à la tête d’un pays très dynamique qui a cependant considérablement souffert de la crise,

- le Secrétaire Général du Trade Union Advisory Committee, John Evans, personnalité clé du syndicalisme européen,

- B. G. Srinivas, membre du comité executive du groupe indien Infosys,

- Victor Orban, Premier ministre hongrois.

Le modérateur de la réunion, Daniel Gros, directeur du Center for European Policy Studies, aura sans aucun doute lui aussi de nombreux commentaires pertinents. Il est l’auteur d’un papier tout à fait passionnant sur le déficit des talents à prévoir dans des économies longtemps tirées par le boom de l’immobilier, que je vous invite à lire…et à commenter.