« Human age » au Sénégal…

Une ballade touristique au Sénégal m’a donnée l’occasion de visiter une unité de transformation de noix de cajou. La promesse était la découverte d’un arbre, d’une pomme, d’une graine dont j’ignorais tout, à part son intérêt gustatif et calorique.

Ce que j’ai visité était beaucoup plus familier: l’entreprise d’une personne qui choisit d’aider les autres en les faisant travailler, entreprise qui n’a pas d’autre option que d’être rentable puisqu’ici aucune aide gouvernementale n’est imaginable.
Joseph a sans doute autour de 60 ans, il a été instituteur, mais a décidé de se tourner vers l’agriculture pour exploiter la terre plantée d’anarcadiers qu’il a hérité de sa famille. Il nous explique les huit étapes du processus de production de la noix de cajou: séparer les pommes de leur graine, cuire à la vapeur, sécher au soleil, casser la coque, griller la noix, enlever la dernière peau, assaisoner, ensacher…
J’avoue ma stupéfaction lorsque je réalise que chaque noix est cassée à la main à l’aide d’une espèce de trancheuse venue d’Inde, de même que c’est une par une qu’on lui enleve sa derniere petite peau !
Processus de production très artisanal, donc à forte consommation de main d’oeuvre, en tous les cas au Senegal quand on ne dispose ni d’eau courante, ni d’electricité…
Joseph, lui, a decidé de n’employer que des personnes handicapées et des jeunes filles-mères.  Parce qu’elles sont plus motivées et que, rejetées par les autres, elles apprécient ce travail communautaire qui ne motive pas les hommes en bonne santé. Mais surtout, bien sur, parce que c’est son choix de vie, un engagement personnel: agir contre les ravages de la poliomyélite qui pourrait être prévenue, et soutenir ces jeunes filles, dont la crédulité d’hier les prive aujourd’hui du soutien de leur famille.
Nouvel étonnement: la totalité de la production de l’unité de transformation de Joseph (deux tonnes et demi de noix de cajou), est vendue uniquement grêce à son réseau qui lui amène les touristes qui achètent, promettent leur support et le plus souvent tiennent parole… Béquilles, chaises roulantes, quelques chèques aussi bien sur pour soutenir les projets de developpement de Joseph: 30% de production en plus l’année prochaine, une crèche pour les bébés de ses employées, un silo en dur pour réduire les pertes de noix qu’il ne peut pour le moment mettre a l’abri des prédateurs…

Quand on y rajoute un souci constant d’écologie, par le recyclage de tous les déchets, la recherche de saveurs raffinées pour séduire des clients exigeants, cela donne une histoire à la fois très traditionnelle et très moderne…

Joseph n’est pas sur Internet, encore que maintenant…mais il cultive son réseau, la preuve ! On trouvera cependant sa trace sur le web, de façon très sérieuse ici, sous un angle plus touristique , et très documenté  là encore.

Je vous donne aussi son adresse:
Joseph Diamacoune
Unité de transformation de noix de cajou senghalene
Seghalene Oussouye
Sénégal

Emploi des jeunes: entre prise de conscience et difficile dialogue

Le sujet générationnel a été un thème récurrent lors de mes rencontres ces dernières semaines, que ce soit à l’occasion d’une visite au Portugal, lors d’auditions sur l’état de la France au Conseil économique, social et environnemental, à l’occasion d’une réunion du Conseil d’orientation de la Fondation Manpower ou lors de discussions informelles avec des patrons…

Premier constat, première surprise : l’immense difficulté qu’éprouvent les jeunes à accéder à l’emploi n’est pas nouvelle, loin de là ; depuis la fin des années 70, le taux de chômage des jeunes demeure 2 fois plus élevé que celui de l’ensemble de la population, voire davantage en période de crise. Ce taux n’est jamais descendu en-dessous de 15% depuis 1982…et l’âge moyen pour un premier CDI est de 27 ans. A celà, ajoutons, comme le souligne le récent rapport du COE sur l’emploi des jeunes, combien « le pilotage des politiques d’emploi et de formation souffre d’une gouvernance complexe ».

Néanmoins, on dirait que la prise de conscience de cette réalité par les « élites » au pouvoir ne se fait que maintenant.

Est-ce parce que la crise a touché également et ponctuellement des jeunes pourtant privilégiés de leur entourage ? Ou parce que les revendications des jeunes lors de la reforme des retraites ont rendu inaudibles leurs véritables problèmes ? Est ce que parce que, après crise, nous nous posons plus de questions sur l’avenir ? En tous les cas, j’ai vu ces derniers jours des patrons, des responsables syndicaux prendre conscience du problème – ce qui est le début des solutions…

Deuxième constat: le difficile dialogue. Qu’il faille que l’on auditionne des jeunes au Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour qu’ils expliquent leur situation est en soi bien dérangeant (sans compter que les jeunes membres du Cese, formatés comme il se doit, ressemblent plus a leurs aînés qu’à la majorité de leur génération !). Mais ensuite, quelle difficile écoute de la part des « baby boomers » autour de la table ! Et même si on pardonne les immédiates références à leur propre jeunesse, et les poncifs du genre « jeunes, de toutes manières, ça ne dure pas », dans toutes ces discussions, j’ai observé une grande difficulté pour les « séniors » à réaliser que les référentiels des jeunes ne sont pas les leurs – et donc à établir une base de dialogue constructive. Illustration caricaturale donnée par Dominique Reynié, directeur de Fondapol: Nicolas Sarkozy veut apprendre aux élèves à se lever quand le professeur entre en classe, alors qu’il faudrait leur apprendre à s’assoir… et à rester assis !

Troisième constat: le décalage entre l’envie et le possible. Quand on aborde les solutions, le décalage me parait également frappant. Nos jeunes militants voient dans la mise en place d’un « statut » la solution a tous les problèmes. Droit à un revenu minimum, droit au logement : à défaut de régler les problèmes, faisons de nos jeunes des assistés ! Les jeunes Portugais, eux, ne veulent pas renoncer à l’illusion créée ces dernières années par la mauvaise utilisation des fonds européens. Rien de mieux que d’être fonctionnaire : c’est la garantie d’être payé 20 à 25% plus que dans le privé, et qu’il n’y ait pas d’argent dans les caisses n’est en aucun cas un argument pour renoncer à « leurs droits »… Quant aux jeunes Français, interrogés dans l’excellente étude de Fondapol, ils se projettent dans la famille et leur univers personnel. Entre résignation et fuite, explique Dominique Reynié.

On le savait, mais on a un sacré « blem » devant nous !