Optimiste ou Décliniste ?

Dans l’avion pour Milan je tombe sur un article du Monde intitulé « les optimistes lancent l’offensive contre les declinistes« …

Il couvre l’initiative Tousoptimistes.com de Jean-Hervé Lorenzi qui souhaite redonner une perspective positive aux discussions sur l’avenir de la France.

La veille, lors de la plénière du Conseil Economique Social et environnemental , j’avais assisté à la présentation par Jean-Paul Delevoye de son dernier rapport en tant que médiateur de la République, description d’une France à la peine, dysfonctionnante et en rupture de solidarité.

Dans les deux cas, les tournures, les formules sont brillantes, on fait assaut de citations…on débat, brillamment, … à la française !

Je ne peux pas m’empêcher de me demander dans quel autre pays du monde on aborde son avenir avec tant de lyrisme.

Comme je suis optimiste, je vais décider d’ignorer cette petite voix qui me dit que, pendant ce temps, les autres, eux, avancent  – et conclure que cela doit être une manifestation du génie français qui va porter le futur de notre pays.

« Human Age »: le potentiel révélé des femmes Ultra-orthodoxes de El’Ad

J’ai commencé ma semaine par une visite en Israël des équipes de Manpower. Nos activités y sont multiples, l’équipe ayant depuis longtemps développé des solutions de gestion d’équipes externalisées à partir de nos savoir-faire habituels de staffing et recrutement; c’est donc la distribution du courrier, l’organisation des examens, du merchandising, des maisons de retraite que nous gérons là-bas.
Autant de problématiques de recrutement, de rétention auxquelles les équipes répondent avec ingéniosité à partir de leur connaissance pratique des profils et des comportements.
Mais c’est ma visite au call center que nous gérons à El’Ad qui m’a le plus marquée.
Ici que des femmes, pour la plupart très jeunes mères de famille déjà nombreuse, toutes appartenant à la communauté ultra orthodoxe qui habite entièrement cette cité proche de Tel Aviv (les ultra orthodoxes représentent 8% du pays aujourd’hui et seront 16% dans 10 ans compte tenu de leur natalité, et avec les Arabes et les Éthiopiens ils représenteront à ce moment-là près de 50% du total de la population) .
Toutes ces femmes ont un immense besoin de travailler puisqu’elles sont seules à pouvoir apporter des ressources à la famille, leurs maris se consacrant pour l’immense majorité à l’étude de la Thora.
Mais toutes sont aussi entravées par les contraintes de leur vie de famille et par le respect de leurs croyances et de leurs traditions, sans parler de leur ignorance du reste du monde : chez elles pas de TV ,ni internet , ni ordinateurs ni portables…
Autant dire que malgré les incitations et aides du gouvernement, leur intégration dans le monde du travail est problématique !
Et pourtant après avoir beaucoup travaillé à leur placement et avoir observé leur sérieux, leur volonté d’apprendre et leur engagement, les équipes de Manpower Israël ont décidé de prendre un pari en misant sur leur potentiel en créant un call center sur place, rien qu’avec elles ; l’objectif étant d’apporter un service différenciant par son niveau de qualité en s’appuyant sur un turn-over réduit des téléopératrices.
Pari gagné après un an d’efforts tout azimut que le manageur nous raconte avec beaucoup d’émotion et d’humour :
- La première vague de recrutements : 700 interviews pour 70 embauches parce que le client n’arrivait pas à se résoudre à adopter d’autres standards de tests;
- Les rabbins qu’il a fallu convaincre pour qu’ils donnent leurs autorisations, y compris celui qui argumentait sur l’engagement demandé puisqu’il ne pouvait y en avoir qu’un seul vis-à-vis du mari;
- L’organisation du travail complexe pour respecter les temps de sortie d’école et de vacances scolaires;
- L’accompagnement adapté à ces femmes promptes à culpabiliser avec des récompenses choisies dans un catalogue d’équipement pour bébé;
- L’attitude au quotidien : ne pas juger, ne pas vouloir transformer mais écouter, inciter, encourager, adapter…
Donc au final le grand bonheur d’avoir réussi à fournir un service concurrentiel reconnu par les clients qui en redemandent et des collaboratrices épanouies qui alimentent la rumeur positive.
Et non ce n’est pas un projet, me reprend Orna, responsable de Manpower en Israël: c’est un vrai business et d’ailleurs à Nazareth c’est un centre de développement software near-shore que nous sommes en train de créer avec des ingénieurs…arabes !

Journée de la Femme : des convictions communes et des échanges variés

Cela faisait quelques jours que les interviews se multipliaient en prévision de la journée de la femme.

A la question rituelle (« qu’est ce qui fait que l’on y arrive ? »), j’apporte des réponses constantes: d’un point de vue individuel, la curiosité et l’envie assumée d’aller au bout de son potentiel sont des qualités essentielles. Du côté de l’entreprise, la volonté d’ouvrir le jeu en matière de leadership doit se traduire en programmes concrets : je pense à la gestion du « pipeline des talents », à l’attention particulière qui doit être portée aux femmes de retour de congés maternité, ou à une organisation du travail plus flexible… A cela, ajoutons un message plus personnel, tout simple et sincère: la certitude que l’on n’a pas besoin d’être une « superwomen » pour y arriver !

Et puis, j’ai vécu hier deux événements particuliers à l’occasion de cette journée de la Femme: d’abord un déjeuner avec vingt collaboratrices pour parler de Manpower, des femmes dans l’entreprise et de leur promotion ; ensuite, une réunion organisée autour de Nicolas Sarkozy avec onze autres femmes d’entreprise.

Deux événements qui étaient évidemment de nature très différente, mais qui ont présenté bien des similitudes :

Des occasions de sourire au détour des discussions, tout d’abord :

- comment attirer plus d’hommes dans les métiers du recrutement, totalement « dominés » par les femmes (80% chez Manpower, à l’image des métiers HR…) ?

- ou l’injustice faite à la femme du Président de la République quand on la pousse à renoncer à sa carrière a cause de celle de son mari, ou qu’on exige sa présence aux sommets internationaux alors qu’on absout le mari de la chancelière allemande de cette obligation !

Des débats passionnés :

- les femmes sont-elles vraiment plus réticentes à l’utilisation des nouvelles technologies ? Et, si c’est le cas, est-ce en raison d’un étrange atavisme ou d’une façon différente d’apprendre ?

Des convictions partagées :

- l’envie de créer et de s’engager de la part de toutes et en particulier des plus jeunes femmes les moins diplômées, la volonté de lutter contre les représentations et comportements issus du passé en utilisant les symboles, les « role models », les quotas…

Et bien oui, le Président m’a semble être un vrai supporter de la cause et de la place des femmes dans la société, comme dans l’entreprise. Un supporter engagé dans l’action concrète pour faire bouger les lignes sur ce sujet. Reste à le convaincre que femme rime souvent, dans l’économie française, avec secteur des services et que ce secteur est le futur de notre économie… Ce Président là aime les usines et s’étonne d’y croiser tant de femmes ! Aïe ! Voilà bien un référentiel du passé qui ressort !

Allez, c’est certain, il va falloir en faire encore quelques unes, des journées de la femme pour qu’on puisse totalement baisser la garde !

Passage de témoin au Groupement des Professions de Services

Gilles Pelisson remplace Georges Drouin et devient Président, Christian Nibourel et moi-même Vice-présidents en charge respectivement de l’innovation et des questions de l’emploi…

Passage de témoin chaleureux qui a donné aux représentants des fédérations professionnelles et des entreprises membres du GPS rassemblés, l’occasion de partager quelques souvenirs de batailles passées et gagnées: l’élection de Laurence Parisot en particulier. Occasion aussi de se redire l’ampleur de l’enjeu pour ce secteur (qui représente plus de 45% de la richesse nationale et plus de 8 millions d’emplois), afin qu’il soit reconnu à la hauteur de sa contribution et soit mieux pris en compte dans les politiques publiques.

Pourquoi oppose-t-on encore en France le développement de l’industrie et celui des services?

Croit on vraiment qu’Apple publierait ses résultats records sans son modèle de distribution d’applications? Que seraient les bénéfices des constructeurs automobiles français sans leurs activités de financement? Pourquoi ne mesure-t-on pas le poids de ces secteurs des services qui n’ont même pas besoin d’un produit ou d’une industrie pour exister : le tourisme, le « care »…

Sans doute y a-t-il cette culture française qui dévalorise l’idée de « servir », mais il y a aussi la difficulté à percevoir où nous en sommes vraiment dans la progression de nos sociétés et de ses usages que les métiers des services savent anticiper pour y répondre.

C’est ce que résume d’un joli mot Jean-Paul Betbèze quand il nous a dit ce soir:  « la culture des services c’est celle du ne pas subir… »

A l’heure où tout le monde a peur de l’avenir, c’est à nous de faire reconnaitre le formidable potentiel des services pour nourrir la croissance dont la France a tant besoin!