Globalisation, réalignement et turbulences

Rapporté de Davos, j’ai terminé ce week-end la lecture de « The end of the free market », le dernier livre de Ian Bremmer, le président d’Eurasia Group, un des cabinets leader en conseil et analyse de risque.

Sa théorie, brillamment argumentée, est la suivante : la crise a renforcé le « capitalisme d’Etat » (dont la Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite sont les prototypes) au détriment de l’économie de libre échange dont les Etats-Unis sont les champions, aujourd’hui affaiblis, faute d’avoir été capable de la réguler.

Ces Etats utilisent l’économie de marché pour créer croissance et prospérité pour leurs populations et maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir les élites en place.
C’était bien sûr déjà vrai avant la crise, mais que ce soit parce qu’ils en sont sortis plus rapidement que les autres ou parce que l’axiome du too big to fail accepté par les Etats occidentaux les a confortés dans leur principes, la crise les a renforcés.

Leurs règles de jeu sont à la fois les mêmes – mais elles sont aussi différentes ; le contrôle des secteurs stratégiques de l’économie se fait au travers d’entreprises privées mais ces Etats jouent également largement de la régulation pour maximiser ou accélérer leurs gains: protectionnisme, conditions de partage de technologies en contre partie d’accès aux marchés publics, etc.

L’analyse de l’auteur sur leurs pouvoirs face aux Etats-Unis et à l’Europe en convalescence de croissance et d’emploi semble laisser peu de doute sur leur poids, au moins dans les prochaines années. Que Ian Bremmer ait raison ou non lorsqu’il parie sur la victoire à terme du modèle du libre échange n’est pas ce que je retiendrais de ce livre, mais plutôt la complexité du nouveau terrain de jeu de la globalisation : si nous disons que 80% de la croissance des prochaines années viendra des pays émergents dont la majorité jouent avec les règles de ce capitalisme d’état, parions que la route sera chaotique pour beaucoup de nos entreprises…