La formation des « éco-salariés », défi du BTP

Parmi les secteurs touchés de plein fouet par la crise, le BTP figure en bonne place. Tristes chiffres, en effet, que ceux annoncés cette semaine par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable : en raison d’une conjoncture morose, la chute d’activité dans le BTP est prévue aux alentours de 5 % en 2009, ce qui laisse craindre la destruction d’environ 47 000 emplois.

Comment, dans ce contexte si difficile, favoriser la reprise ? Pour le BTP, la réponse me semble claire : c’est dans la « croissance verte » que résident le gisement d’activités, et donc le gisement d’emplois. Le BTP est l’un des secteurs les plus concernés par la problématique du développement durable. Il se situe au cœur des grands enjeux du Grenelle Environnement : la baisse de la consommation énergétique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Des chantiers immenses sont à mener pour répondre à ces deux défis, à la fois dans la construction des bâtiments neufs et dans la rénovation des bâtiments existants. Et le champ à couvrir est vaste : logement privé, bâtiments publics, parc immobilier des entreprises, ou encore logement social.

Les perspectives ouvertes par ces « éco-chantiers » sont donc, on le voit, considérables. Une étude du « Boston Consulting Group », remise la semaine dernière à Jean-Louis Borloo, montre d’ailleurs que les mesures du Grenelle devraient permettre de créer environ 600 000 emplois par an en moyenne de 2009 à 2020, dont près de la moitié dans le secteur du BTP. Mais pour réaliser tous ces chantiers, encore faut-il pouvoir disposer d’« éco-salariés ». Voilà pourquoi l’un des enjeux décisifs pour ce secteur est aujourd’hui celui de la formation : je suis convaincue que le BTP ne pourra exploiter toutes les potentialités qui s’offrent à lui qu’à la condition d’inscrire le développement durable au centre de la formation de ses salariés.

En tant que créateur de solutions pour l’emploi, Manpower ne pouvait pas laisser ce domaine inexploré. Manpower se devait d’être en pointe et d’apporter des réponses innovantes. C’est ce que nous avons fait, à travers notre filiale Manpower Nouvelles Compétences, qui vient de mettre en place une offre de formation spécifiquement consacrée au développement durable dans le bâtiment et les travaux publics. Le principe en est simple : proposer de courts modules de formation (2 jours), destinés à familiariser les employés du BTP avec les enjeux du développement durable dans leur métier.

Sur le terrain, le projet prend forme : nous avons engagé un partenariat avec la Fédération Régionale des Travaux Publics (FRTP) de Midi-Pyrénées, qui va permettre dès la rentrée de septembre d’intégrer ces modules « développement durable » dans les parcours de formation du BTP en Midi-Pyrénées, aussi bien dans les contrats de professionnalisation que dans la formation continue des employés permanents. Et parce que les besoins du jeune ouvrier débutant ne sont pas les mêmes que ceux du chef de chantier expérimenté, les modules proposés sont adaptés en fonction des publics.

Pour moi, ce type d’action concrète correspond exactement à la vocation d’une entreprise comme Manpower : concevoir une solution pour l’emploi, qui serve à la fois les entreprises, les salariés et la collectivité. La crise actuelle rend encore plus nécessaire de faire preuve d’inventivité et de vision : à cet égard, souvenons-nous que le développement durable n’est pas un luxe que la crise nous interdirait de nous offrir ; c’est au contraire, dans le BTP comme dans bien d’autres secteurs, un vecteur puissant d’accélération de la reprise.

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Rapport Descoings : quel rôle pour le lycée dans l’insertion professionnelle des jeunes ?

Réforme du lycée et amélioration de la situation de l’emploi en France : voilà deux chantiers indissociables. J’en ai toujours eu la conviction, et la lecture du rapport de Richard Descoings, remis la semaine dernière au Président de la République, me conforte dans cette idée.

Un mot, d’abord, sur la démarche choisie par Richard Descoings pour mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Après les vives tensions qui s’étaient exprimées dans le milieu lycéen fin 2008, le directeur de Sciences Po Paris a compris que son rapport ne pourrait être une énième théorisation un peu pontifiante sur les carences du lycée français. Pour renouer le fil du dialogue et pour comprendre au mieux les aspirations des lycéens, il a choisi de leur donner la parole et de prendre en considération ce qu’ils avaient à dire. Au vu du résultat, le pari me semble plus que réussi : les paroles de lycéens citées dans le rapport ne donnent pas seulement une touche de « vécu » aux débats de fond, elles font émerger des pistes crédibles de réforme, qui témoignent d’une vraie réflexion des jeunes sur leur avenir.

Sur le fond, je dois dire que je ne partage pas les jugements sévères émis ces jours-ci par les commentateurs. On lit un peu partout que ses propositions seraient trop « consensuelles » – toute la presse semble s’être donné le mot ! – et que les sujets les plus sensibles auraient été prudemment évacués. Pour ma part, en tant que chef d’entreprise au cœur des questions d’emploi, j’ai été tout particulièrement intéressée par certains aspects de ce rapport.

Un exemple : Richard Descoings affirme d’emblée que la préparation à l’insertion professionnelle figure parmi les trois objectifs du lycée, avec la transmission des savoirs et la construction de la citoyenneté. Est-ce bien original ? me répondrez-vous. C’est en tout cas un point de départ essentiel pour toute réforme du lycée général et technologique. Certains considèrent encore que la question de l’avenir professionnel, trop directement matérielle, n’aurait pas sa place dans le lieu où se dispenserait exclusivement une culture par nature « désintéressée ». C’est là, me semble-t-il, une grave erreur d’appréciation. Face à cette vision élitiste, il faut inlassablement réaffirmer qu’une insertion réussie dans le marché du travail se construit dès la période lycéenne.

Le rapport Descoings a également le mérite de prendre à bras le corps la question cruciale de l’orientation. En soulignant qu’elle est aujourd’hui trop ponctuelle et trop subie, en préconisant de bâtir une orientation continue et éclairée, le directeur de Sciences Po vise juste. Certaines des mesures concrètes suggérées pour atteindre cet objectif me semblent prometteuses : multiplication des immersions en milieu professionnel, forums métiers au lycée, bilans individualisés de compétences, réorientations éventuelles en cours d’année… Autant de pistes à creuser pour faire que chaque élève puisse choisir, en connaissance de cause, le parcours qui lui convient le mieux et qui lui assure un avenir professionnel adapté.

Enfin, j’ai été sensible à la volonté résolue de Richard Descoings de revaloriser la filière professionnelle et la filière technologique, trop souvent victimes d’une injuste stigmatisation. Plaider, comme le fait le rapport, en faveur d’une rénovation de la filière STI (sciences et technologies industrielles) est une excellente initiative : destinée à former des ingénieurs et des cadres intermédiaires de l’industrie, cette filière technologique peut s’avérer décisive pour l’économie nationale. Rompre avec une hiérarchisation élitiste des filières et construire des parcours orientés vers des métiers socialement utiles : voilà exactement le chemin que doit prendre la future réforme du lycée français.

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