Le péril jeune ?

Quel avenir préparons-nous à notre jeunesse ? Dans un post précédent, j’évoquais, face à la crise, l’hypothèse d’un retour en grâce du « modèle français ». Or, s’il est un domaine dans lequel la France fait bien figure de contre-modèle, c’est bien celui de sa politique envers la jeunesse.

Le diagnostic est connu :

  1. un système éducatif qui fait encore la part trop belle aux parcours élitistes et reste insuffisamment tourné vers l’emploi (contrairement à l’Allemagne) ;
  2. un marché du travail qui fait principalement peser sur les nouveaux entrants le poids des impératifs de flexibilité et de mobilité (contrairement au Royaume-Uni);
  3. un système de protection sociale qui privilégie les aides sur les familles plus que sur les individus, entravant toute autonomie réelle des jeunes (contrairement au Danemark).

Les statistiques, elles-aussi, sont bien connues : 150 000 jeunes français quittent chaque année l’école sans aucun diplôme ; ce chiffre, en lui-même considérable, prend une dimension réellement inquiétante lorsqu’on l’additionne sur plusieurs années. Il explique en très grande partie le taux de chômage à deux chiffres de 15-24 ans, qui depuis les années 1980 reste quasi-inchangé, fluctuant selon la conjoncture entre 20 et 25%. Début 2008, alors même que le niveau de chômage total atteignait son niveau le plus bas depuis 1983 (7,2%), le chômage des 16-25 ans peinait à descendre sous la barre des 17 %. Avec la crise, il est remonté en flèche, et s’établit désormais à 21.1%, deux fois plus qu’en Allemagne (10.3%) et près de quatre fois plus qu’aux Pays-Bas (5.6%).

Le gouvernement s’est attelé la semaine dernière à prendre le problème à bras le corps en annonçant un paquet de mesures. Si celles-ci vont dans le bon sens – extension des contrats d’apprentissage, qui concernent aujourd’hui moitié moins de jeunes Français (350 000) que de jeunes Allemands (600 000), contrats aidés en entreprise plutôt que dans le secteur public – elles ne sauraient faire l’économie de réformes structurelles, tenant compte, au-delà des jeunes non qualifiés, de l’ensemble de la jeunesse française.

Le malaise de cette dernière est en effet bien antérieur à la crise, et parmi ses multiples causes, celle d’une crise de sens n’est pas la moindre. Dans une enquête édifiante réalisée en 2008 par la Fondation pour l’Innovation Politique, les jeunes Français étaient deux fois moins nombreux (25.6%) que leurs homologues américains (54.1%) à estimer leur avenir prometteur. Si les jeunes Français avaient quelques bonnes raisons d’être moins optimistes que leurs homologues d’Outre Atlantique, on aurait tort toutefois de s’arrêter à ce constat de résignation. L’histoire des quarante dernières années a amplement démontré la capacité de révolte de la jeunesse française ; prenons à garde à ce que celle-ci ne soit pas le ferment d’une prochaine crise sociale.

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Filières réputées et aspirations personnelles

Cette hiérarchisation sclérosante, dont je parlais dans mon précédent post, contribue à orienter les “bons” élèves vers les filières réputées plutôt que vers celles qui répondent le mieux à leurs aspirations (j’ai déjà évoqué le parcours d’Eloi Moquet, qui choisit à l’issue de ses études à l’Ecole Polytechnique de s’orienter… vers les métiers de la plomberie). Elle conduit enfin à figer les inégalités sociales, puisqu’on sait bien que ce sont les enfants de familles favorisées qui réussissent le mieux dans la filière générale.
Trop souvent, les jeunes se trouvent ainsi livrés à une orientation par défaut, où le champ des possibles se trouve pour eux déterminé par leur place dans ce vaste entonnoir où s’ordonne leur classe d’âge. La réforme du lycée dont accouchera la consultation en cours devra se donner comme premier objectif de corriger cette situation. Une récente étude de la CCIP préconise “une orientation scolaire intégrée à l’éducation“. Elle s’appuie pour cela sur l’analyse de pratiques en cours en Finlande, en Suisse ou au Canada, qui visent toutes à aller au-delà de l’évaluation traditionnelle pour identifier les aptitudes extra-scolaires.

 Ces aptitudes ne doivent plus être méconnues par l’école : ce sont elles qui, demain, pourraient ouvrir à des millions de jeunes un meilleur accès au marché de l’emploi.

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Réforme du lycée : pour une préparation aux choix professionnels

Période de vacances de Pâques oblige, beaucoup de bruit et de presse autour des “classements des lycées”. Le Figaro, La Tribune, L’Express… Peut-être d’autres ? Chacun y va de sa méthodologie, de ses commentaires et de ses conclusions.

On le constate: ce sujet prend chaque année une importance croissante…et dès la fin du second trimestre, des stratégies s’élaborent dans bien des familles. Il faut souhaiter aux réflexions et consultations en cours sur la réforme du lycée le même intérêt que suscitent ces palmarès.

De l’aveu même de ses initiateurs, l’échec historique de la réforme du lycée renvoie à un défaut de pédagogie : notre pays s’est si souvent querellé sur son enseignement scolaire qu’on ne devrait entreprendre de le réformer qu’avec les plus extrêmes précautions. Il appartient maintenant à Richard Descoings, dans le cadre de la consultation qui lui a été confiée par le Président de la République, de chercher les voies d’un nouveau consensus : c’est un défi considérable, a fortiori dans le contexte social et politique difficile que nous connaissons, mais le directeur de Sciences Po a montré plus d’une fois l’ampleur de ses ressources.

Qu’il me permette néanmoins un conseil amical, issu de mon expérience quotidienne chez Manpower : la question de l’orientation, qui était très présente dans l’esprit de Xavier Darcos et de son conseiller Jean-Paul de Gaudemar lorsqu’ils ont entrepris de jeter les bases d’un lycée réformé, doit rester au centre de la réforme à venir. Le constat est bien connu : l’orientation, en France, se fait par l’échec davantage que par choix. L’enseignement général - et, au sein de celui-ci, la filière scientifique - figurent au sommet d’une hiérarchie qui ne se donne même pas vraiment la peine d’être implicite. Or cette hiérarchie, qu’intègrent les élèves et leurs familles, est dévastatrice : elle conduit, me semble-t-il, à la dévalorisation de la filière professionnelle et parfois même de la filière technologique, alors que celles-ci conduisent souvent à des métiers socialement utiles et financièrement attractifs.

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Crise, reprise et « modèle français »

Depuis quelques jours, les observateurs commentent quelques « rayons de soleil », c’est-à-dire des premiers signes d’éclaircie pour l’économie française. Sont-ils fiables ? Dominique Seux, ce matin, s’amuse: “ les meilleurs indicateurs aujourd’hui, c’est la consommation d’électricité et le moral des patrons … belges qui, on ne sait pourquoi, anticipent bien ce qui va se passer en France !”  Et surtout, sont-ils purement hexagonaux ? Il faudrait pour cela reconnaître la spécificité d’un système économico-social à la française.

A dire vrai, j’ai toujours considéré avec une grande réserve le débat qui oppose les adversaires et les partisans du “modèle français”. Les rapports de force entre les deux camps ont certes beaucoup évolué avec la crise, et dans un sens qui meurtrit moins notre orgueil national: après avoir subi pendant de longues années les railleries des Anglo-saxons, la France reçoit maintenant leurs hommages - jusqu’au magazine américain Time, écrivant en septembre dernier que les Etats-Unis étaient en passe de devenir, au fil des interventions massives de l’Etat fédéral dans l’économie nationale, “une France avec une plus mauvaise nourriture” !

Certains y ont vu l’hommage du vice à la vertu - si longtemps outragée et enfin reconnue. En vérité, il me semble que nous ne méritons “ni cet excès d’honneur, ni cette indignité“. Appliquons-nous à faire la part des choses.

La France souffre-t-elle moins que les autres pays de la crise ? Sans doute.

La récession, en 2009, y sera au moins aussi forte qu’aux Etats-Unis, mais probablement moins forte qu’en Allemagne ou en Espagne. Le régime d’assurance-chômage permet d’amortir le choc de la crise pour ceux qui perdent leur emploi. Les retraites, surtout, sont préservées parce que fondées pour l’essentiel sur la répartition, tandis que les retraités des pays qui s’appuient sur un système par capitalisation vont souffrir durement de la chute des marchés d’actions.

Mais si l’on y regarde de plus près, on voit bien que parler d’une “exception française” n’a, dans ce domaine non plus, pas beaucoup de sens. D’abord parce que l’intégration économique européenne est telle qu’une récession sévère en Allemagne (où les économistes de la Commerzbank parlent maintenant d’une rétraction susceptible d’aller jusqu’à 7 points de PIB en 2009) constitue également une très mauvaise nouvelle pour la France. Ensuite parce que les facteurs qui expliquent que la France soit pour l’heure relativement moins touchée que la plupart de ses partenaires sont ambivalents.

Si l’Allemagne souffre plus que la France, c’est parce que ses PME, en pointe dans l’exportation de biens d’équipement, sont les premières touchées par l’effondrement de la demande mondiale ; elles seront aussi les premières à bénéficier de la reprise. Si le chômage augmente plus vite Etats-Unis qu’en France, c’est parce que le droit du travail y rend possible des ajustements très rapides des effectifs aux évolutions de la conjoncture ; cette différence jouera dans le sens inverse lorsque l’activité redémarrera.

L’apologie du “modèle français” recèle en réalité un vrai risque : celui d’agir comme un anesthésiant sur la volonté de réformer notre pays. De quoi souffrions-nous, avant cette crise ? Du sous-emploi des salariés de plus de 50 ans ; d’un taux de chômage structurel élevé ; d’un ascenseur social de plus en plus grippé ; de prélèvements sociaux et fiscaux élevés, pesant sur l’activité des entreprises, et tournés pour partie vers le financement de déficits publics excessifs. Ces faiblesses, n’attendons pas de la crise qu’elle les transforme en autant de forces ; soyons plutôt lucides, et reconnaissons qu’elles en sortiront probablement aggravées.

Pour autant, la crise révèle aussi que, sur plusieurs points, notre pays a su se préserver des excès dont nos partenaires règlent aujourd’hui la facture : l’endettement des ménages y est resté relativement modéré ; le secteur bancaire a globalement mieux maîtrisé ses risques, si bien que les banques françaises souffrent moins de la crise que leurs homologues américaines, britanniques ou allemandes.

Mais cela nous autorise-t-il à nous ériger en modèle ?

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Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression (suite) ?

Dernières heures à Milwaukee avant mon vol de retour en France.

Le président de la Réserve fédérale de Dallas, Richard Fisher, vient d’annoncer que le taux de chômage aux Etats-Unis pourrait dépasser les 10% d’ici la fin de l’année. Comme je l’indiquais il y a quelques jours,  l’Amérique pourrait donc malheureusement redécouvrir le fléau du chômage de masse.

Faut-il y voir, pour les travailleurs américains, le prélude d’une période qui n’aura rien à envier à celle de la Grande Dépression ? Si l’on est (heureusement) encore loin de la période de détresse illustrée par un Steinbeck ou le photographe Walker Evans, le parallèle ne semble pas moins tentant.

Comme en 1929, la crise actuelle a été précédée d’une période de spéculation boursière et d’un boom immobilier, qui ont suivi une première récession (1921 ; 2001) rapidement résorbée quelques années auparavant. Comme en 1929, ce sont les industries de biens d’équipement (notamment l’automobile) et les emplois correspondants qui sont les plus touchés, même si les autres secteurs ne sont pas épargnés.

Mais le parallèle s’arrête là : si le déclin de la production américaine est aujourd’hui réel (-6,3% en rythme annuel au 4ème trimestre 2008, plus du double en ce qui concerne la production industrielle) et l’accroissement du taux de chômage préoccupant, on est encore loin des chiffres atteints lors de la Grande Dépression. A l’époque, c’est de 25% à 30% que recule le PIB (entre 1929 et 1933), tandis que le chômage frappe près d’un actif sur quatre… La situation de l’emploi est en réalité à l’époque encore plus grave, puisqu’il faut tenir compte que la population active comportait une proportion considérable (près de 20%) d’agriculteurs échappant au chômage (sans être toutefois épargnés par la misère), ce qui fait qu’un taux de 10-15% apparaissait déjà comme considérable. D’autre part, la définition «rétrospective » du chômeur (ie, exclusivement celui qui avait perdu son emploi) ne tenait pas compte des travailleurs potentiels comme les jeunes diplômés ou les femmes cherchant à entrer dans le monde du travail. Enfin – et c’est un point crucial – il ne faut pas oublier qu’à l’époque les travailleurs américains ne bénéficiaient d’aucune protection sociale, puisque celle-ci fut mise en place pendant le New Deal.

Il n’en demeure pas moins que les perspectives liées à la situation actuelle de l’emploi aux Etats-Unis sont préoccupantes, et risquent de mettre à l’épreuve la cohésion sociale du pays.

Premièrement, si l’une des principales explications du dynamisme de l’emploi aux Etats-Unis tenait à la formidable mobilité de ses travailleurs, celle-ci est aujourd’hui mise à mal. Conséquence de la politique d’accession à la propriété menée par l’administration sortante et de l’effondrement du marché immobilier, un nombre de ménages croissant se trouve aujourd’hui « coincé » avec un bien dont la valeur est inférieure à la dette contractée. Résultat, entre 2007 et 2008, seuls 11.9% d’entre eux ont déménagé, soit le chiffre le plus bas depuis les années 1940…

Deuxièmement, si, contrairement aux idées reçues, la protection sociale aux Etats-Unis est réelle, depuis les réformes engagées dans les années 1990, l’aide sociale est le plus souvent attachée à l’occupation d’un emploi ; or l’efficacité du workfare dans la réduction de la pauvreté risque d’être remise en question avec l’apparition du chômage de masse

Enfin, apparaissent dès aujourd’hui des tensions entre des populations hier séparées et désormais en compétition pour les mêmes emplois : immigrants illégaux et travailleurs « wasps » en Californie, jeunes contre vieux ailleurs

Toutefois, je préfère croire en la formidable capacité des américains à rebondir, leur sens de l’initiative et leur créativité, jamais démentie par le passé, pour surmonter l’épreuve actuelle. Qui sait si derrière la multitude de micro-entreprises qui se créent actuellement – dont beaucoup relèvent certes d’un « entreprenariat forcé », ne se cache pas le renouveau de l’économie américaine ?

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Débat du genre

Quelques billets et commentaires sur ce blog ou ailleurs s’étonnent que figure sur la bannière de ce blog l’accroche «Président de Manpower ».

Il me serait trop facile pour répondre de m’appuyer sur la seule position de l’Académie française qui précise que « seul le genre masculin, qui est le genre non marqué (il a en effet la capacité de représenter les éléments relevant de l’un et de l’autre genre), peut traduire la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. Les termes chevalière, officière (de tel ordre), députée, sénatrice, etc., ne doivent pas être employés. » On peut effectivement considérer que féminiser les titres (qui sont neutres) tend à instaurer une distinction entre hommes et femmes, ce qui va à l’encontre du but recherché.

Je pourrais aussi m’en référer au très vivant blog des correcteurs du Monde et à son long fil de discussion consacré au cœur même de ce sujet : pour ou contre Madame le président ?

On le constatera à la lecture des commentaires: les avis sont aussi divers qu’argumentés, généralement grammaticaux, souvent historiques, et parfois drôles ! Ils montrent aussi qu’ils ne sont pas liés au genre de leurs auteurs.

Par ailleurs, ayant fait l’essentiel de ma carrière dans des sociétés internationales, où ces questions de force symbolique de genre grammatical n’existent pas, je n’imaginais pas soulever tant d’interrogations, et parfois même de récriminations…

Cependant, il me semble aujourd’hui plus simple et plus normal d’entendre ce que les uns et les autres me disent : je vais donc modifier ce « Président » en « Présidente ».

Et tant pis pour l’Académie !

Et tant mieux pour la cause des femmes, si cela peut y participer !

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Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression ?

Je serai toute la semaine prochaine aux Etats-Unis, à Milwaukee, dans le Wisconsin où se trouve le siège social de Manpower Inc. Et il se trouve que le Bureau of Labor Statistics doit présenter ce vendredi la situation de l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de mars ; si l’on en croit le consensus des économistes, les destructions d’emplois devraient s’établir à 654 000 postes, ce qui devrait ramener le taux de chômage à 8,5% de la population active. Certains analystes sont même plus alarmistes, comme Nigel Gault d’IHS Global Insight, qui prévoit jusqu’à 750 000 destructions de postes pour le mois de mars – un chiffre inédit depuis 1949 – et un taux de chômage de 8,6%. Les quelques signes de reprise que certains croyaient voir ces derniers jours – redémarrage fébrile de la consommation des ménages et stabilisation du marché immobilier – ne se traduiront donc pas dans les statistiques de l’emploi.

Au cours des trois derniers mois, il faut bien dire que le rythme de destruction des emplois a frappé par son ampleur, déjouant par deux fois – en décembre et en janvier – les prédictions des analystes. Depuis le début de la récession, en décembre 2007, l’économie américaine a perdu au total plus de 4,4 millions d’emplois – les statistiques de vendredi devraient porter ce chiffre à plus de 5 millions – et le nombre de chômeurs atteint désormais 12,5 millions. Si le taux de chômage national s’élevait en février à 8,1%, les disparités sont fortes selon les Etats ; dès janvier, quatre d’entre eux – Californie, Caroline du Sud, Michigan (berceau de l’industrie automobile) et Rhodes Island – présentaient un taux de chômage à deux chiffres.

Il convient d’ajouter que ces statistiques ne présentent qu’une partie de la réalité : si l’on ajoute aux chômeurs « officiels » les personnes qui ont cessé de chercher du travail, on arrive à 9,3% de la population active, voire même 14.8% si l’on tient compte de celles qui ont été contraintes d’accepter un temps partiel. L’Amérique semble ainsi redécouvrir le fléau du chômage de masse, qu’elle croyait réservé à la vieille Europe…

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Vivre la crise en préparant la reprise

Déplacement hier à Reims: quelques heures passées avec une vingtaine de collaborateurs permanents de Manpower (Directeur de secteur, responsables et assistant(e)s d’agence, conseillers en recrutement…) qui travaillent dans une région dont le volume d’emplois temporaires est en recul de près de 50% par rapport à l’année dernière à la même époque. J’écoute une équipe qui tient fermement la barre - et ses performances récentes, dans un marché sinistré, en témoignent.

C’est la raison principale de ma visite: leur témoigner ma reconnaissance pour le travail mené quotidiennement et mettre en lumière, pour l’ensemble des collaborateurs du groupe, des principes commerciaux et organisationnels nouveaux qui permettent de résister tant bien que mal.

Nous déjeunons ensemble, debout, de façon presque informelle, et la qualité de nos échanges s’en ressent: désinhibés, simples et directs, comme je les aime.

Ce qui me frappe à chaque fois que je vais “sur le terrain“, en agences, c’est cette expertise fine des bassins d’emplois locaux, cette proximité de tous les instants avec nos clients qui souffrent et avec lesquels entretenir un lien fort et pérenne est plus que jamais indispensable, quand bien même notre volume d’affaires avec eux serait-il fortement réduit. Ce que je ressens aussi, c’est l’attachement de chacun à notre maison commune, à ses missions, à ses valeurs. C’est ce qui constitue la force d’une marque: rester fidèle à soi-même par tous temps.

Dans le train, de retour vers Paris, je me sens encore plus “d’attaque“, comme “boostée” par ce que j’ai vu et entendu: un management de proximité, une qualité d’accompagnement et des initiatives commerciales astucieuses qui permettent “de tenir” et de préparer très en amont le temps de la croissance retrouvée. Une reprise dont j’ignore le calendrier mais dont je suis persuadée qu’elle sera vive dans le secteur de l’emploi tant les témoignages des uns et des autres me prouvent que, bien souvent, les entreprises se sont mises “à stock zéro” de façon quasi immédiate…

Les raisons de cet empressement ? Très certainement l’anticipation par beaucoup d’entreprises de grandes difficultés de financement. En amont, la chaîne des fournisseurs a donc été immédiatement impactée, créant un « effet domino » avec les effets induits et ravageurs sur l’emploi que l’on connait. C’est une analyse qui a d’ailleurs fait l’objet d’une très intéressante discussion lors d’un dîner avec de “grands DRH” auquel j’assistais il y a quelques jours, et sur lequel je reviendrai.

Mais je serais dès à présent très intéressée à lire vos commentaires ou expériences à ce sujet.

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