Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace

04
10
13

Alors que s’ouvre ce matin une négociation majeure entre patronat et syndicats sur la « sécurisation de l’emploi », voici la tribune que j’ai publiée hier dans Le Figaro:

« La sécurisation des parcours, des personnes plutôt que des emplois, est enfin au cœur de l’agenda social. Dans le document d’orientation envoyé par le ministre du travail aux partenaires sociaux, la souplesse, la capacité d’adaptation – peu importe l’alternative recherchée au mot flexibilité qui fâche – est ainsi reconnue comme « nécessaire » ou « intrinsèque à certaines activités ». De fait, les entreprises ont de manière croissante besoin de réagir vite, presque en temps réel, aux fluctuations de la demande.

Face à ces évolutions, la sécurisation des salariés, contrepartie nécessaire à ces mutations du marché du travail, est aujourd’hui largement insuffisante. Elle constitue à juste titre l’autre préoccupation majeure des partenaires sociaux. Elle est enfin envisagée de manière globale, en y incluant l’ensemble des salariés, peu importe leur entreprise et leur statut. Certes, il est toujours excessivement question, dans les débats publics, de ces plans sociaux qui n’expliquent que 4% des inscriptions à Pôle Emploi… Mais nous avons désormais conscience que l’essentiel se joue ailleurs, dans le « compromis de flexibilité » à la française, qui fait peser sur une partie limitée de la population salariée les besoins d’ajustement des entreprises…

Le bon employeur est celui qui vous aide à en changer…

De ce double constat se dégage l’enjeu majeur des réformes et négociations à venir : concilier les besoins de flexibilité des entreprises avec la sécurisation des parcours de l’ensemble des salariés, surtout des plus vulnérables. Comme l’indique un rapport récent de l’Institut de l’Entreprise, la flexibilité existe, pas d’autre choix que de la rendre responsable !

Dans un univers économique dont l’instabilité est chronique, la sécurité doit être celle des individus et non celle des emplois. Protecteur à court et moyen terme, le CDI apparaît à long terme comme une véritable ligne Maginot, si cette sécurité juridique n’est pas accompagnée d’actions de formation, d’une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences. La catégorie d’âge qui a le plus souffert de la crise n’est-elle pas celle des séniors, tandis que l’immense majorité d’entre eux disposaient d’un emploi stable, en CDI ?

Ce qui doit ainsi être au cœur du débat, avant même le contrat, c’est l’entretien de l’employabilité. Un salarié doit avoir l’assurance qu’il va pouvoir faire évoluer ses compétences au rythme où le marché du travail l’exige, peu importe son contrat. Le bon employeur de demain, c’est celui qui vous aidera à en changer en vous préparant à l’étape d’après…

Taxer les contrats courts : une fausse bonne idée

L’idée d’une sur-taxation des contrats courts tient aujourd’hui la corde, partant du principe que, sous la contrainte, les entreprises n’auront pas d’autre choix que d’embaucher en CDI. Mais au-delà du caractère problématique d’une telle mesure pour des secteurs soumis par nature, et non par choix, à de fortes variations d’activité (tourisme, hôtellerie-restauration, etc.), le renchérissement du coût du travail dans un contexte économique difficile risque d’aggraver encore le chômage des moins qualifiés, déjà dramatiquement élevé.
Quant à ces prélèvements supplémentaires, rien ne dit comment ils contribueraient à la sécurisation des parcours des salariés les plus fragiles.

Pour autant, le statu quo n’est pas envisageable : nous sommes aujourd’hui arrivés au bout d’un système injuste et inefficace.

Il faut pour le changer instaurer de véritables contreparties aux formes incontournables de flexibilité. Nous devons, branche par branche, dans le cadre d’un dialogue social innovant et rénové, négocier des accords pour apporter aux salariés concernés des garanties supplémentaires : développement des compétences, action sociale (accès au logement notamment), négociations sur le rythme et les conditions de travail, etc.

Ces évolutions auront peut-être aussi un coût. Mais nous serons alors sûrs qu’elles profiteront aux salariés comme aux entreprises. »

Réactions
13
  1.  
     
  2. Chére Françoise, une autre réflexion =
    Tout le monde s’accorde à dire que les mines d’emploi ce sont les PMEs, mais alors pourquoi les PMEs françaises sont en panne de stratégie d’export ?
    Je pense que tous les organismes publics d’appui comme les 4300 conseillers du commerce extérieur (bénévoles) se tournent plus volontiers vers les grandes entreprises que vers les petites moins « armées » ……. mais les grandes ont elles vraiment besoin d’appuis ?
    Lire l’article ci dessous qui est le résultat s’une étude lancée par l’ETHIC
    ———————————————————-
    Les PME en panne de stratégie à l’export =
    Sept entreprises sur dix se contentent de participer à des salons, d’après une étude Salvéo/Ethic.

    Trop opportunistes, les exportateurs français préfèrent la méthode du coup par coup à une stratégie définie privilégiant le long terme. C’est la conclusion d’une étude réalisée auprès de 800 entreprises par le cabinet conseil en développement international Salvéo pour le compte de l’association d’entrepreneurs ETHIC.

    Preuve qu’il n’y a pas assez de réflexion stratégique, « les zones proches géographiquement sont privilégiés aux marchés en forte croissance ». L’enquête fait d’ailleurs apparaître que beaucoup d’exportateurs n’ont pas de démarches véritablement ciblées, 67 % d’entre eux « se contentant de saisir des opportunités en participant à des salons ou en répondant aux contacts entrants ».
    Quand elles prospectent sur des marchés étrangers, le tiers des entreprises le font depuis la France. Les VIE (Volontariat International en Entreprise) sont « sous-utilisés » (15 % de répondants) alors qu’ils pourraient constituer un bon moyen d’appréhender sur place un pays. Résultat, une entreprise sur deux reconnaît éprouver des difficultés à trouver un partenaire local.
    Entre les multiples dispositifs d’appui public (Ubifrance, OSEO…) et les services proposés par les cabinets privés, les PME sont souvent perdues, incapables de mettre en œuvre un plan d’attaque cohérent. Trop isolées, 40 % rencontrent des problèmes de collectes d’information sur les marchés (environnement juridique, fiscalité locale, contraintes logistiques…).

    Pour pénétrer un marché, près de la moitié des exportateurs choisissent un distributeur. L’option de créer une structure sur place ne concerne que 18 % des entreprises interrogées. Il faut dire que ces dernières ne mobilisent pas assez de moyens pour rendre leur approche efficace. 91 % engagent leurs fonds propres pour aller à l’export. Seules 34 % mettent en place une assurance prospection Coface et 10 % s’appuient sur le soutien d’OSEO.
    Bruno Askenazi

     
     
  3. Françoise Gri pour la 9 ième année dans les 50 femmes d’affaires les plus puissantes du monde (Fortune)
    Cela me permet de rebondir sur un discours que vient de faire le Président de Mongolie aux Nations Unis
    extrait: “Have you ever heard of a woman bloody dictator or tyrant? I think not.  »
    « If there were more women in power, I think we would have more harmony, more engagement and less suffering and less conflict,”
    http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=43071#.UHTk0459_MU

     
     
  1. Relations-Textuelles

    Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/SrNeP7iD #Help #Solution

  2. Agnes

    L'idée est la bonne, mais je vois déjà les failles pour transformer ça facilement en travail précaire http://t.co/XYpNTOrz cc @fgri @_PYves_

  3. Christian Bonnafont

    Marché du travaiil: en finir avec un système injuste et inefficace. Le blog de Françoise Gri http://t.co/TIrbKK4v via @fgri

  4. Thomas CHARDIN

    Marché du #travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/rdwEmm10 par @fgri sur son blog (article du Figaro) #Emploi

  5. Thomas CHARDIN

    Marché du #travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/wthkgg9V par @fgri sur son blog (article du Figaro) #Emploi

  6. Magazine des cadres

    Marché du #travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/wthkgg9V par @fgri sur son blog (article du Figaro) #Emploi

  7. Denis MOREAU

    Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/vT6jveZg

  8. Denis MOREAU

    Pour ce faire, Tous responsable ! Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/vT6jveZg via @fgri

  9. Denis MOREAU

    Pour ce faire, Tous responsables !! Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/vT6jveZg via @fgri

  10. Emmanuelle Huss

    France – Marché du travail : en finir avec un système injuste et inefficace http://t.co/mAdPSxoT…http://t.co/9yNdSGwd

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>