Apprentissage et agences d’emploi: une chance pour les moins qualifiés

 L’apprentissage fait presque consensus.

Presque, parce qu’à mesure qu’on le met en avant et qu’on le promeut, on s’aperçoit qu’il manque une partie importante de sa cible, peut-être la principale. J’ai déjà donné des chiffres ici à ce sujet : les jeunes les moins diplômés ont d’importantes difficultés pour trouver des entreprises prêtes à les accueillir. L’apprentissage progresse, mais d’abord chez les étudiants en BTS, licence pro, et masters…

Il faut écarter une fausse explication : les entreprises ne rechercheraient plus que des jeunes très diplômés, la jeunesse sans diplôme serait perdue pour le marché du travail. C’est une affirmation socialement dangereuse, et fort heureusement, économiquement fausse. La pénurie de bons profils touche tous les métiers, même ceux qu’on appelle à tort « peu qualifiés ». Mais si les entreprises hésitent à prendre davantage de jeunes en apprentissage, c’est que leur expérience leur a montré la complexité, les coûts directs et cachés de l’apprentissage, surtout pour les profils risqués des « décrocheurs ». L’encadrement de ces derniers nécessite plus de temps et d’efforts que celui de jeunes diplômés pratiquement « prêts à l’emploi », autonomes (ou presque !) dès les premiers mois de leur apprentissage. Les apprentis peu diplômés sont aussi plus jeunes, leurs projets professionnels moins aboutis, et leur situation personnelle et familiale manque souvent de stabilité.

 Toutes ces raisons expliquent le fort taux d’échec des apprentissages sur ces niveaux de qualifications (le taux de rupture atteint 22% pour un diplôme de niveau V, 8 % seulement pour les apprentis de l’enseignement supérieur). C’est un risque qu’une grande entreprise peut à la limite assumer, beaucoup moins une PME.

Dans nos métiers, nous connaissons particulièrement bien ces problématiques. Notre population d’intérimaires est composée à près de 60% de jeunes de moins de 30 ans. Près de la moitié d’entre eux sont « non qualifiés » au sens de l’Education nationale. Nous mettons en place pour eux des contrats de professionnalisation. Mais nous souhaitions depuis longtemps pouvoir également proposer des contrats d’apprentissage. La loi du 28 juillet 2011 relative au développement de l’alternance et à la sécurisation des parcours, dite « Cherpion », vient de nous en donner la possibilité. C’est une très bonne nouvelle ! Car je suis convaincue qu’il y a là un formidable levier de développement de l’apprentissage pour ces publics prioritaires. En effet, un apprenti hébergé chez nous pourra fréquenter plusieurs entreprises au cours de son contrat, en passant dans chacune d’elle un minimum de six mois. Parfait pour rebondir en cas d’échec et trouver sa voie… Les apprentis bénéficieront également d’un double tutorat : tutorat métier dans l’entreprise utilisatrice, tutorat RH chez nous. Voilà une réponse optimale au casse-tête administratif et aux coûts cachés de l’apprentissage qui décourageaient nombre de PME. Des PME qui par ailleurs n’ont pas toujours l’expertise ou les moyens nécessaires pour approcher des candidats, tester leur motivation et mesurer leurs compétences. Pour les apprentis, cette solution optimise leurs chances de trouver un emploi à l’issue de leur période d’apprentissage, puisqu’ils auront fait leur preuve chez plusieurs employeurs potentiels. La publication du décret qui doit définitivement permettre un développement inédit de l’apprentissage est imminente.

C’est une très bonne nouvelle pour les jeunes que nous allons ainsi pouvoir accompagner !

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