Apprentissage: ne nous trompons pas de cible !
Je serai vendredi à Marseille pour débattre avec Julie Coudry, fondatrice et présidente de La Manu, et les économistes Stéphane Carcillo et Anne Sonnet dans le cadre des Rencontres Capitales. Sujet du débat : « Emploi des jeunes, quelles solutions pour demain ? » Vaste programme, hélas. Je souhaite vivement que nos échanges soient pragmatiques, qu’ils ouvrent des pistes de solutions tangibles, en réponse à la dureté statistique des constats.
« La machine à trier », le livre que vient de publier la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi nous interpelle vivement. Pourquoi, par exemple, le nombre d’apprentis diplômés du supérieur a-t-il augmenté de 125% depuis une dizaine d’années, alors que cette hausse n’a été que de 2% pour les autres ? L’effort est-il justement réparti ? Je ne le pense pas.
Oui, 95% des employeurs interrogés dans le cadre d’une enquête récente de l’AGEFOS estiment que l’alternance est un excellent moyen pour les jeunes de trouver un emploi, 85% que c’est la meilleure manière de développer l’autonomie des jeunes. Et du côté des jeunes, même constat : leur insertion bénéficie très nettement d’un passage par l’apprentissage, notamment pour les moins diplômés, qui connaissent un taux d’emploi de près de 10 points supérieur lorsqu’ils ont suivi une voie d’apprentissage… Mais c’est là qu’intervient le problème : l’apprentissage, fer de lance de la politique gouvernementale sur l’emploi des jeunes, plébiscitée par l’ensemble des parties prenantes, profite de plus en plus … à ceux qui en ont le moins besoin !
C’est pourquoi je me réjouis que notre Fondation agisse concrètement; le partenariat qu’elle a signé la semaine dernière avec les Apprentis d’Auteuil corrige, à son modeste niveau, cet écart. Les Apprentis d’Auteuil, association caritative dont la lutte contre l’exclusion des jeunes est la raison d’être depuis plus d’un siècle, encourage les jeunes les moins qualifiés à rentrer dans la logique de l’apprentissage. Son programme sera sérieusement évalué dans le cadre du Fonds d’Expérimentation de la Jeunesse et, s’il tient ces promesses, il est destiné à être largement essaimé…
Les candidats à l’élection présidentiels, potentiels ou futurs, font et feront de l’emploi des jeunes un des thèmes principaux de leur campagne: c’est indispensable ! Mais femme de terrain, confrontée tous les jours au défi de l’insertion de toutes les jeunesses, la plus comme la moins diplômée, je ne peux que les appeler à ne pas laisser de côté la partie la plus fragilisée de celle-ci: la France de demain aura besoin de tous ses jeunes talents; sa compétitivité et la cohésion sociale sont à ce prix…





Commentaires »
Gerard E. Stein
Bonjour Françoise,
A mon humble avis « on » règlerait une partie du problème si on « expliquait » à tous les professeurs des collèges et lycées français que pour l’avenir de leurs élèves = leurs faire faire un stage dans une PME/PMI est très souvent beaucoup plus engageant/motivant pour leur avenir que de le faire dans un grand groupe ou dans une administration.
Mais bon, si des journalistes compétents/influents (ayant des enfants dans un Lycée ou collège) voudraient/sauraient traiter ce sujet, je pense que cela motiveraient les « politiques » à ne pas tout de suite justifier ce qu’ils font, mais prendre ce sujet en main.
C’est a dire réunir en une 1/2 journée, par région françaises, TOUS les chefs d’établissement et les motiver suffisamment pour qu’eux mêmes sachent motiver leurs professeurs. (un rapport cout/résultats sans précédent pour l’avenir de nos enfants)
Pour cela faire venir a cette réunion >trois patrons/fondateurs heureux et performants de la région (au moins une femme) pour transmettre a ces chefs d’établissements leurs « gnac » afin de faire bouger ce pessimisme et cette « idée » que ce sont les politiques qui vont régler le problème.
La RAGE de CREER = comme chacun sait, ce sont les PME/PMI qui emploient plus de salaries que les grands groupes (même en France, ou malheureusement pour nos jeunes, il y a trop peu de PME/PMI).
La RAGE d’EXPORTER = comme chacun sait, exporter c’est augmenter sa rentabilité de l’entreprise donc cela génère automatiquement de l’embauche.
bonne journée
Gerard
« When the wise man points at the moon, the idiot looks at the finger » (Confucius)
Pascal Logerot
Bonjour Madame Françoise Gri,
Vous qui êtes une professionnelle des ressources humaines en prise directe avec le marché de l’emploi et qui connaissez les vrais problématiques, pouvez-vous interpeller les politiques afin qu’ils arrêtent les promesses et trouvent des solutions pragmatiques ?
Quand pôle-emploi aura t’il les moyens de faire son travail à savoir allez chercher des postes directement dans les PME et les TPE ?
Pascal.
Françoise Gri
Pascal, bonjour. 100% d’accord avec vous sur l’urgence à trouver des solutions pragmatiques. Espérons que les quelques mois qui nous séparent de l’élection présidentielle seront propices pour les faire émerger. Quant à l’importance des PME, vous avez raison: les PME de moins de 50 salariés représentent 99 % des entreprises et 55 % des emplois. Elles sont donc un instrument majeur de la politique de l’emploi de notre pays.
Michelet Jean-louis
Bonjour Madame Gri.
Je me permets de reprendre vos commentaires .
« Pourquoi, par exemple, le nombre d’apprentis diplômés du supérieur a-t-il augmenté de 125% depuis une dizaine d’années, alors que cette hausse n’a été que de 2% pour les autres ? »
Oui et c’est tant mieux et je ne crois pas que la tendance s’inversera – A titre personnel ,je ne suis pas du tout surpris de cette information et si cela crée une surprise pour certains , c’est assez inquiétant….
L’effort est-il justement réparti ? Je ne le pense pas.
Question : De quel effort s’agit-il ? l’effort de qui ?
« l’apprentissage, fer de lance de la politique gouvernementale sur l’emploi des jeunes, plébiscitée par l’ensemble des parties prenantes, profite de plus en plus … à ceux qui en ont le moins besoin ! »
Remarque : Faut-il considérer implicitement dans votre réponse que ceux et celles qui font le choix volontaire auraient des niveaux de formation initiale trop élevés pour entrer en apprentissage et feraient mieux de continuer par la voie classique ?
Je n’irai pas jusqu’à penser qu’on est encore au stade où la formation par l’apprentissage est réservée en priorité à des jeunes en situation d’échec scolaire ….
Combien d’entreprises ne recrutent pas d’apprentis à cause d’un niveau beaucoup trop faible en formation initiale !
Vos commentaires sont très surprenants .
En conclusion , ce n’est pas pour demain que l’apprentissage en France aura ses lettres de noblesse.
Connaissant la situation professionnelle de certains , je reste néanmoins très optimiste.
Bien amicalement
Françoise Gri
Votre remarque est intéressante mais elle me semble partielle pour deux raisons.
La première est d’ordre politique et globale : vous semblez considérer implicitement que les jeunes non qualifiés sont et devraient être laissés de côté… Je vous invite à parcourir le livre La Machine à trier dont je rendais compte dans un précédent billet : cette fracture entre deux jeunesses, deux France est extrêmement dangereuse, et on ne peut pas, quelles qu’en soient les raisons, abandonner nos jeunes les plus fragiles !
Il est clair qu’il est plus difficile de prendre des jeunes peu qualifiés en apprentissage que des jeunes étudiants en grandes écoles de commerce ; d’où les évolutions chiffrées récentes. Mais l’impact de l’apprentissage sur le taux d’emploi des peu diplômés est très positif : pourquoi se priver de ce levier ? Et donc pourquoi ne pas saluer et soutenir l’action d’associations comme Les Apprentis d’Auteuil ??
Mais surtout, je pense que vous sous-estimez le potentiel de développement de ces emplois qu’on nomme à tort « peu qualifiés » : on connaît aussi une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs qui exigent une qualification initiale peu élevée, mais une vraie connaissance du métier, de l’expérience, ou des « soft skills » (je pense à tous les métiers de la relation client ou du ‘care’). L’apprentissage, si on en gomme les imperfections actuelles (lourdeur administrative, difficulté à dégager du temps pour les maîtres de stage, etc.) a un vrai potentiel pour permettre la rencontre de ces jeunes demandeurs d’emploi et de ces entreprises qui ont du mal à recruter! D’ailleurs, des CFA qui marchent pour les moins diplômés, il en existe un nombre considérable, dans le secteur du bâtiment, de l’industrie notamment, et je l’espère demain aussi dans les services.
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