Quand Sparte devient la référence d’Athènes

09
09
3

Vingt-quatre heures à Athènes avec l’équipe locale de ManpowerGroup pour discuter de la façon dont nous pourrions contribuer à bâtir des solutions pour l’emploi dans ce pays, dont le marché du travail est bien malade et depuis bien longtemps.

De mes échanges avec l’équipe et les responsables d’entreprises que j’ai pu rencontrer, ce qui frappe d’abord c’est la détermination de tous à rejeter les scénarios catastrophes et la volonté d’exorciser l’inquiétude par un fourmillement d’idées qui permettraient de construire un avenir plus riant.

McKinsey vient d’ailleurs de publier un rapport qui liste les secteurs à fort potentiel et qui conforte ainsi cette attitude combative: le secteur du tourisme, bien sur, qui représente aujourd’hui 22% du PIB mais qui est cependant moins bien positionné que celui du voisin turc ; l’agriculture, encore artisanale et gérée « à l’ancienne » par des coopératives archaïques (3% du PIB et 12% de la population active…) ; le secteur des énergies alternatives qui pourrait exploiter les ressources naturelles de ce pays magnifique…

Bien compliqué toutefois d’identifier qui et comment tout ceci pourrait être lancé et construit: la confiance à l’égard des politiques et du système administratif est nulle, les partenariats public-privé sont inexistants et il parait bien difficile de pouvoir attirer les investissements étrangers à court terme. Du coup c’est vers « les technocrates de la communauté européenne » (sic) que l’on imagine se tourner – et je note au passage qu’ici, en Grèce, technocrate est un mot dont le sens est tout à fait positif quand on l’oppose au mot politique !

Cette fracture entre la sphère publique et le monde privé est effrayante dans un pays qui aurait tant besoin d’une unité nationale pour faire face à l’étendue de ses problèmes. Le débat politique est vécu comme un gigantesque bargain avec l’opinion publique et les syndicats. Mais au quotidien il s’agit bien pour les entreprises et les individus de survivre. Les ingénieurs s’exportent, les cellules familiales se regroupent, les petits boulots au noir se multiplient, les entreprises se mettent en mode lean. Etre agile, faire beaucoup plus avec beaucoup moins…voilà le ‘new normal’ des entreprises en Grèce. Et l’Histoire est là pour rassurer. La cité souveraine de Sparte n’a t elle pas assis sa domination sur le monde hellénistique, trois siècles durant, par sa rigueur et son austérité ?

Aujourd’hui, Sparte, c’est le nom donné à quelques plans d’économies ou de conquête commerciale…et ce n’est pas un hasard !

Réactions
3
  1. Le tourisme!
    Bravo, on ne peut qu’approuver ces mots sur le tourisme. Ce secteur possède un potentiel de création d’emplois considérable, en Grèce, en Inde (pays sur lequel j’ai écrit un billet d’humeur sur les tigres et l’emploi, http://www.boostzone.fr/how-many-jobs-can-a-tiger-create-2/ ) et … en France où c’est l’une de nos principales sources de richesse (et l’un de nos premiers secteurs économiques). Je suis toujours triste et surpris de voir à quel point on ne valorise pas assez ses carrières, son potentiel, les besoins énormes de formation qu’il y a, le potentiel d’intégration des exclus qu’il représente (c’est un secteur où un grand nombre des emplois sont à faibles qualifications et où de nombreuses qualifications peuvent être acquises rapidement), bref c’est une industrie du rebond!

     
     
  2. Bravo d’abord pour cette démarche volontaire de Manpower pour s’intéresser au « trou noir » grec pour y apporter des solutions sans attendre que le pays retrouve une solvabilité intéressante…Cette démarche est une expression de responsabilité qui s’intègre dans les recommandations des stratégies RSE de « bas de la pyramide », d’autant que la réorganisation du marché du travail est un enjeu public qui dépasse largement le rapprochement de l’offre et de la demande de travail…
    Dans cet esprit, nous militons depuis longtemps pour que le monde entrepreneurial, français mais aussi européen, s’intéresse aux enjeux publics dans le cadre de démarches collectives. Il y aurait une initiative à prendre pour ne pas limiter la Grèce à un débiteur financier ou une destination facile mais à un partenaire que nos entreprises pourraient co-développer dans le cadre de démarches de filière, appuyées par les autorités européennes.
    Deuxième idée, plus ambitieuse et à plus long terme mais tout aussi décisive: si on veut que les entreprises aient envie de s’investir dans des démarches de prise en compte des enjeux publics (pour la Grèce c’est d’abord le respect de la bonne gouvernance, de la légalité, de la fiscalité mais aussi de la transparence et des pratiques sociales et environnementales etc.), il faudra bien inciter les plus volontaires à montrer la voie; l’idée d’un « delta RSE » dans le cadre de l’impôt sur les sociétés, au profit des entreprises les plus collaboratives, est un effet de levier auquel beaucoup réfléchissent. Le Maroc a pris cette voie de la collaboration public privé, à l’initiative du patronat. Comme quoi, le salut de nos pays n’est pas seulement à attendre des gouvernements et il repose de plus en plus sur la coopération public privé. La Grèce pourrait bénéficier d’un redémarrage collaboratif de ce type. Je souhaite que l’initiative de Manpower ouvre la voix.
    Ci-joint l’appel qui sera rendu public cette semaine sur ce sujet: http://www.appeldeparis-rse.org

     
     
  1. Thomas CHARDIN

    "Quand Sparte devient la référence d’Athènes" (Blog de F. GRI) http://t.co/OHtpQfp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>