Guerre des Talents: pourquoi les femmes ont une carte particulière à jouer

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Winning the War for Talent in Emerging Markets”. C’est le titre d’un essai décoiffant publié il y a quelques jours par la Harvard Business Review, et dans lequel je retrouve avec une certaine jubilation bien des points relevés dans l’analyse de l’Ere des Talents, que ManpowerGroup a exposée à Davos en janvier dernier.

Au premier rang de ceux-ci, figure le constat que les multinationales placent aujourd’hui leurs espoirs de croissance future sur les marchés en développement. Les quatre plus grands pays (Brésil, Russie, Inde et Chine, ou BRIC), ensemble, représentent 40% de la population mondiale et ont pesé pour 45% de la croissance mondiale depuis 2007, (à comparer aux 20% du G7 !). L’importance grandissante sur la scène mondiale de ces quatre pays est en train de remodeler la façon dont fonctionne le monde des affaires car ils constituent en fait le socle de la reprise mondiale. Il y a pourtant un obstacle fondamental à leur expansion continue: la pénurie de Talents.

Pour y répondre, les multinationales ont longtemps opté pour la même solution: l’envoi de cadres « maison » à l’étranger, très majoritairement masculins et formés dans des universités nord-américaines et européennes. Cette solution n’est plus satisfaisante. Confrontées à la croissance rapide et soutenue de ces nouveaux marchés, les entreprises savent qu’elles doivent sortir des sentiers battus pour trouver et développer les compétences dont elles ont besoin. Mais jusqu’ici, elles n’ont pas su où chercher, avancent les auteurs. Et c’est là que la thèse de la Harvard Business Review me séduit tout à fait, à la fois en tant que chef d’entreprise et en tant que femme.

En effet, ses auteurs font le pari que le visage du Talent dans les économies émergentes sera très probablement féminin.

Plusieurs raisons à cela : le nombre sans cesse croissant de femmes dans l’enseignement supérieur tout d’abord ; mais surtout leur caractère (ou leur genre ?) : ces femmes sont ambitieuses et veulent profiter au maximum de leurs pouvoirs ; ainsi, plus de 80% des femmes instruites au Brésil et en Inde aspirent à des emplois dits supérieurs; en Chine, c’est plus de 75%. En comparaison, seules 52% des femmes hautement qualifiées aux Etats-Unis ont la même volonté.

Cette analyse, étayée par une méthodologie qui me paraît tout à fait sérieuse, va à l’encontre de bien des préjugés occidentaux selon lesquels les femmes du tiers-monde sont vus de façon quasi-systématique comme des victimes ou des opprimées, dont le potentiel serait occulté par la pauvreté et la présence reléguée à la marge par une culture dominée par les hommes.

Or, tout comme aux Etats-Unis et dans d’autres économies développées, les femmes dans les marchés émergents sont diplômées d’universités et d’écoles supérieures à un niveau équivalent et souvent supérieur à celui des hommes – et entrent en masse sur le marché du travail !

Attention, cependant : même si ces femmes hautement qualifiées ne sont globalement ni victimes d’oppression, ni des caricatures culturelles, les entreprises auraient tort d’imaginer qu’elles sont des clones de leurs homologues des pays industrialisés avancés. En fait, leur dynamique de carrière est plus complexe et mélange à la fois opportunités et défis – qui sont fondamentalement différents.

Je ne citerai pas tous ces défis, mais je retiens le sentiment de « culpabilité filiale », qui est un peu le pendant de la « culpabilité maternelle » occidentale, et qui oblige les femmes à freiner ou abandonner leur carrière pour s’occuper des parents âgés de la famille élargie ; ou encore le lieu de travail : dans de nombreux pays émergents, il y a une telle désapprobation sociale à l’égard des femmes voyageant seules (parfois justifiée par des dangers objectifs), que celles-ci évitent souvent les secteurs de l’industrie qui exigent des déplacements importants…

Ainsi, avance cette étude, alors que les entreprises renforcent chaque jour leur présence sur les marchés émergents, elles ont là une occasion unique pour réussir : il s’agit pour elles d’établir des systèmes et des procédures de gestion des Talents qui permettent aux femmes hautement qualifiées de s’épanouir et de contribuer à la croissance du système aussi pleinement que leurs pairs masculins, dans ces pays.

Je serais tentée d’ajouter que cette exigence devrait être universelle, non ?

Réactions
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  1. Gerard E. Stein

    Bonsoir,
    Bravo Francoise, encore une intervention reussie ce matin a l’universite d’ete du Medef, au milieu d’un tres bel echantillon de femmes « role models ». ( + un grand article dans Challenges)
    On a enormement besoin de femmes role models en France, en effet, tous les grands penseurs repetent qu’il faut changer, et nous savons tous que les femmes, à haut potentiel, sont les architectes du changement.
    Deux reflexions a soumettre a ceux qui causent beaucoup, ….trop
    1/ les pays qui caracolent entete comme la Chine, Le Bresil, … ont plus de 30% de leurs cadres dirigeants en entreprise qui sont des femmes et en France seulement 7%, chercher l’erreur
    2/ Einstein avait dit, si je me souviens bien, que ceux qui peuvent resoudre les problemes ne peuvent pas etre ceux qui les ont cree, alors qu’attend on pour augmenter vite le nombre de femmes cadres dirigeants et membres de CA pour que la France retrouve sa superbe economique et que nous soyons les champions de l’emploi.

     
     
  2. Merci Madame Gri pour cet article formidable et plein d’espoirs.J’organise le 8 novembre prochain au Pavillon Baltard de Nogent/Marne la convention d’affaires Meet Innov dédiée aux acteurs de l’innovation. Une des conférences s’intitule « Innover au féminin » et je serais très heureuse que vous y apportiez votre témoignage.
    merci de me contacter,
    Dominique Parganin, Directrice de projet Innovation.

     
     
  3. Très bon article merci. En France on a ressenti une politique tendant vers le retour au foyer ces dernières années, mais il est évident que la place des femmes dans les postes à hautes responsabilité va croitre. très intéressant cette comparaison des pays du monde.

     
     
  1. ManpowerGroup France

    Françoise Gri : "Guerre des #Talents: pourquoi les #femmes ont une carte particulière à jouer " dans les pays émergents http://t.co/bRHZdoL

  2. Frédéric Lesaulnier

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  3. Jean-Marc Mickeler

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  4. mercredi_c_papa

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  5. Thomas CHARDIN

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  6. Vincent ROSTAING

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  7. Espace Compétences

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  8. Véronique Genty

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  9. Carole BLANCOT

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  11. madeleinebleue

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  12. Carole BLANCOT

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  13. Aurélie DELAUNAY

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  14. victor waknine

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  15. Stephanie Herrmann

    RT @caroleblancot Guerre des Talents : pourquoi les femmes ont une carte particulière à jouer (blog de Françoise GRI) http://t.co/ZQAR4Rb

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