Emploi des jeunes: entre prise de conscience et difficile dialogue

Le sujet générationnel a été un thème récurrent lors de mes rencontres ces dernières semaines, que ce soit à l’occasion d’une visite au Portugal, lors d’auditions sur l’état de la France au Conseil économique, social et environnemental, à l’occasion d’une réunion du Conseil d’orientation de la Fondation Manpower ou lors de discussions informelles avec des patrons…

Premier constat, première surprise : l’immense difficulté qu’éprouvent les jeunes à accéder à l’emploi n’est pas nouvelle, loin de là ; depuis la fin des années 70, le taux de chômage des jeunes demeure 2 fois plus élevé que celui de l’ensemble de la population, voire davantage en période de crise. Ce taux n’est jamais descendu en-dessous de 15% depuis 1982…et l’âge moyen pour un premier CDI est de 27 ans. A celà, ajoutons, comme le souligne le récent rapport du COE sur l’emploi des jeunes, combien « le pilotage des politiques d’emploi et de formation souffre d’une gouvernance complexe ».

Néanmoins, on dirait que la prise de conscience de cette réalité par les « élites » au pouvoir ne se fait que maintenant.

Est-ce parce que la crise a touché également et ponctuellement des jeunes pourtant privilégiés de leur entourage ? Ou parce que les revendications des jeunes lors de la reforme des retraites ont rendu inaudibles leurs véritables problèmes ? Est ce que parce que, après crise, nous nous posons plus de questions sur l’avenir ? En tous les cas, j’ai vu ces derniers jours des patrons, des responsables syndicaux prendre conscience du problème – ce qui est le début des solutions…

Deuxième constat: le difficile dialogue. Qu’il faille que l’on auditionne des jeunes au Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour qu’ils expliquent leur situation est en soi bien dérangeant (sans compter que les jeunes membres du Cese, formatés comme il se doit, ressemblent plus a leurs aînés qu’à la majorité de leur génération !). Mais ensuite, quelle difficile écoute de la part des « baby boomers » autour de la table ! Et même si on pardonne les immédiates références à leur propre jeunesse, et les poncifs du genre « jeunes, de toutes manières, ça ne dure pas », dans toutes ces discussions, j’ai observé une grande difficulté pour les « séniors » à réaliser que les référentiels des jeunes ne sont pas les leurs – et donc à établir une base de dialogue constructive. Illustration caricaturale donnée par Dominique Reynié, directeur de Fondapol: Nicolas Sarkozy veut apprendre aux élèves à se lever quand le professeur entre en classe, alors qu’il faudrait leur apprendre à s’assoir… et à rester assis !

Troisième constat: le décalage entre l’envie et le possible. Quand on aborde les solutions, le décalage me parait également frappant. Nos jeunes militants voient dans la mise en place d’un « statut » la solution a tous les problèmes. Droit à un revenu minimum, droit au logement : à défaut de régler les problèmes, faisons de nos jeunes des assistés ! Les jeunes Portugais, eux, ne veulent pas renoncer à l’illusion créée ces dernières années par la mauvaise utilisation des fonds européens. Rien de mieux que d’être fonctionnaire : c’est la garantie d’être payé 20 à 25% plus que dans le privé, et qu’il n’y ait pas d’argent dans les caisses n’est en aucun cas un argument pour renoncer à « leurs droits »… Quant aux jeunes Français, interrogés dans l’excellente étude de Fondapol, ils se projettent dans la famille et leur univers personnel. Entre résignation et fuite, explique Dominique Reynié.

On le savait, mais on a un sacré « blem » devant nous !

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Commentaires »

  • Elisabete

    Votre billet sur l’emploi des jeunes est intéressant et résume bien la situation d’une grande partie de la jeunesse française (et pas seulement, au vu de ce qui se passe chez certains de nos voisins européens) à l’heure actuelle. Force est de constater que les mesures concernant l’emploi des jeunes se révèlent insuffisantes.Il semblerait que la crise financière et économique de 2008 a mis la problématique de l’emploi des jeunes en exergue.

  • souad

    En effet, cet article explique bien la situation actuelle dans laquelle se trouve les jeunes face au marché de l’emploi. la « crise économique de 2008″ n’a fait que d’aggraver cette situation.
    Le gouvernement n’a pas réellement pris de mesure depuis quelque temps pour remédier à ce problème. Jusqu’en 2003, des contrat emplois jeunes avaient étaient mis en place. . Il s’agissait de contrat d’une durée de 5 ans à l’issu duquel les bénéficiaires pouvaient suivre une formation professionnelle rémunérée. Ces contrats étaient une réelle opportunité pour ces derniers.

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