Globalisation, réalignement et turbulences

Rapporté de Davos, j’ai terminé ce week-end la lecture de « The end of the free market », le dernier livre de Ian Bremmer, le président d’Eurasia Group, un des cabinets leader en conseil et analyse de risque.

Sa théorie, brillamment argumentée, est la suivante : la crise a renforcé le « capitalisme d’Etat » (dont la Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite sont les prototypes) au détriment de l’économie de libre échange dont les Etats-Unis sont les champions, aujourd’hui affaiblis, faute d’avoir été capable de la réguler.

Ces Etats utilisent l’économie de marché pour créer croissance et prospérité pour leurs populations et maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir les élites en place.
C’était bien sûr déjà vrai avant la crise, mais que ce soit parce qu’ils en sont sortis plus rapidement que les autres ou parce que l’axiome du too big to fail accepté par les Etats occidentaux les a confortés dans leur principes, la crise les a renforcés.

Leurs règles de jeu sont à la fois les mêmes – mais elles sont aussi différentes ; le contrôle des secteurs stratégiques de l’économie se fait au travers d’entreprises privées mais ces Etats jouent également largement de la régulation pour maximiser ou accélérer leurs gains: protectionnisme, conditions de partage de technologies en contre partie d’accès aux marchés publics, etc.

L’analyse de l’auteur sur leurs pouvoirs face aux Etats-Unis et à l’Europe en convalescence de croissance et d’emploi semble laisser peu de doute sur leur poids, au moins dans les prochaines années. Que Ian Bremmer ait raison ou non lorsqu’il parie sur la victoire à terme du modèle du libre échange n’est pas ce que je retiendrais de ce livre, mais plutôt la complexité du nouveau terrain de jeu de la globalisation : si nous disons que 80% de la croissance des prochaines années viendra des pays émergents dont la majorité jouent avec les règles de ce capitalisme d’état, parions que la route sera chaotique pour beaucoup de nos entreprises…

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Commentaires »

  • Azoulay Franck

    Madame Françoise Gri bonjour,

    Je lis avec intérêt les articles de votre blog.

    Ce dernier me laisse sur la « Faim » dire que « La route sera chaotique pour beaucoup de nos entreprises » ne nous éclaire pas.

    Quelles entreprises? PME, PMI, multi-nationales, côtés en bourse?

    Et l’emploi dans tout cela?

    Ce qui serait intérressant ce n’est pas seulement de constater, mais si ce Monsieur Ian Bremmer a raison. Quel est le plan A ou le Plan B pour éviter la « Route Chaotique ».

    Ou si ces plans ne sont pas élaborer pourquoi ne pas y travailler?

    Merci d’avance
    Franck AZOULAY

    • Françoise Gri

      D’évidence, la route est déjà complexe pour les entreprises qui ont une stratégie de développement dans les pays émergents, et dont les projets et ambitions peuvent être gelés du jour au lendemain. Il n’est pas nécessaire de remonter au Canal de Suez en 1956 : il y a quelques mois, par exemple, le groupe français Casino a été accusé par le gouvernement vénézuélien d’avoir trop augmenté ses prix : sa filiale a été nationalisée ! En Bolivie, en mai 2010, c’est GDF-Suez qui a subi le même sort… Il y a quelques semaines, ce sont des banques françaises en Côte d’Ivoire qui ont été « réquisitionnées »…et depuis quelques jours, on évoque une nationalisation partielle d’Orange en Tunisie. Voilà quelques exemples, médiatisés, récents et français qui concernent des multinationales. Mais j’imagine bien qu’ils sont de nature à freiner les ambitions internationales d’un patron de PME innovante, qui souffre déjà de la complexité des aides à l’exportation !

      De façon plus globale, nous sommes peut-être entrés dans un jeu à somme nulle entre libre échange et capitalisme d’Etat : « les pays du G7 croient à l’efficacité de l’économie de marché pour parvenir à une prospérité durable et à l’importance de la démocratie pour la stabilité politique et la justice sociale. Le G20 par contre inclut des dirigeants autocratiques qui ont un autre point de vue sur le rôle économique de l’Etat, le respect de la loi, le droit de propriété, la transparence et la liberté d’expression. » C’est un extrait de la dernière et peu rassurante mais passionnante étude co-signée par Ian Bremmer, que je vous invite à lire ici.

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