Les jeunes et l’entreprise de 2020 : la quête de sens
Rafraichissons-nous les idées ! J’ai récemment participé à une expérience enthousiasmante qui m’a permis de nourrir ma réflexion sur l’entreprise d’aujourd’hui et de demain. A un moment de crise, financière et morale, dans lequel il est tentant de la réinventer, de jeunes diplômés m’ont livré leur vision de l’entreprise idéale en 2020. Jury du concours lancé par l’Institut de l’entreprise, j’ai découvert dix candidats… et dix visions pertinentes, porteuses de leurs valeurs comme de leur rapport au travail.
Qui sont-ils ? Valentin, Alexandre, Romain, Nicolas, Shappour, Samira, Anne-Laure, Audrey, Laurent, Nicolas… Ils ont entre 22 et 24 ans, poursuivent des cursus de gestion, de journalisme, d’ingénierie ou de sciences politiques et graviront demain les échelons d’une entreprise multinationale, monteront leur entreprise, s’engageront dans une ONG… ou tenteront l’aventure à l’étranger. Je trouve l’initiative excellente : plutôt que d’interroger une batterie d’experts en prospective, management ou économie, on donne la parole à ceux qui en seront demain les principales parties prenantes. Mais leur entreprise rêvée, que dit-elle de l’entreprise d’aujourd’hui ? Quelles solutions, éclairages pour l’avenir pouvons-nous en tirer ?
Ce qui m’a frappé… et rassurée, tout d’abord : leurs aspirations résonnent avec un certain nombre de valeurs et de combats auxquels je crois et pour lesquels je me bats. Quête de sens, de bien être, de reconnaissance de l’individu; participation aux prises de décisions ; valorisation des talents ; exemplarité de l’entreprise et de ses dirigeants… ce constat donne des ailes ! Motivants, riches, parfois idéalistes, j’ai tiré de nos échanges une matière à réflexion que je souhaite vous faire partager en une série de billets thématiques que je vous invite à retrouver chaque semaine sur ce blog.
Premier enseignement, et pas des moindres : vécue comme un véritable « carrefour des possibles » : la crise « morale » et « affective » actuelle (pour Nicolas Loeillet) donne une résonnance particulière à l’entreprise idéale, pour cette génération que je perçois très « morale ». « Détournée de sa place originelle dans la société » (selon Anne-Laure Guermont) et réduite « seulement [à] un chiffre d’affaires et une côte en bourse », l’entreprise de demain aura grand intérêt se réinventer. Comment ? En restaurant tout d’abord le lien affectif entre l’entreprise et les salariés, en redonnant du sens à leur implication, pour sortir de cette image de « (…) monstres froids, distants, mécaniquement programmés pour générer le plus d’argent possible, au mépris de tout le reste » (Laurent Lahmy)… pour redevenir une organisation dans laquelle on travaillerait à nouveau « par conviction ».
L’entreprise n’en est cependant pas perçue comme seule responsable, les modes d’exercice du pouvoir n’étant pas étranger à cette défiance. L’entreprise de 2020 valoriserait donc la responsabilité, l’exemplarité sans faille de l’entreprise et ses dirigeants, capables pour être légitimes, de « savoir écouter, savoir (se) remettre en question, savoir fédérer».
La clé ? Faire de la crise un tournant positif, redonner à l’entreprise sa finalité initiale, grâce à un « humanisme économique » (Shapour Sabah) qui remette l’environnement, l’innovation « utile » et la conviction… et l’homme au cœur de ses activités. Cet impératif est très bien résumé par Romain Limouzin, qui s’interroge sur « un monde où la tendance est de valoriser l’objet quand souvent l’acte et le sens sont les véritables ressorts humains ». Car l’humain, justement, constitue bien une attente cruciale : « une Entreprise c’est une équipe d’hommes, qui rend service à des hommes, pour enrichir des hommes » nous dit Laurent Lahmy… Humaniste, l’entreprise devrait aussi apprendre à se tourner vers le sujet et à davantage reconnaitre la personne au sein du collectif.
Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour en parler. D’ici là, réfléchissons ensemble, vos commentaires et réactions sont les bienvenus !





Commentaires »
UNE EQUIPE
Madame,
la participation à ce jury a du etre un réel moment de plaisir, « un vrai régal ». En effet, nous nous enthousiasmons également à la lecture des réflexions raisonnées et tellement vraies de ces jeunes diplomés.
C’est rassurant, encourageant, prometteur…..Et cela fait du bien, car ces futurs managers apporteront indéniablement à l’Entreprise, non seulement ,leur jeunesse, leur fraicheur, leur talent mais aussi ces valeurs fondamentales qui feront oublier le schéma infernal et tellement réducteur « d’Humains Déshumanisés ».
Donchery
Bonjour,
Ce que ces jeunes-là disent est très exactement ce que les personnes en activité (en majeure partie) désireraient. Que de l’humain soit recentré au sein de l’entreprise, que l’entreprise les valorise en les menant vers un projet et qu’elle les place au centre de ce projet. La valorisation des ressources humaines a toujours été le moteur de l’innovation lorsque tous au sein d’une entreprise sont partie prenante des réflexions concernant leur futur.
Alors oui, recentrons les travailleurs dans l’entreprise et donnons leur l’occasion de s’exprimer sur leur vision de leur futur car si les ingénieurs sont épuisé, peut-être y a-t-il des idées en bas plutôt qu’en haut. Reconnaissons les mérites, reconnaissons le travail et motivons les idées nouvelles. En bref soyons optimistes, ne construisons pas des usines essentiellement pour faire de l’argent (mais aussi pour faire de l’argent), mais aussi pour produire. Avoir la fierté d’avoir conçu un produit fini que le monde s’arrache, avec son nom ou son logo.
C’est ainsi que je vois les choses.
Motivation et optimiste sont les deux meilleurs moteur d’une société, l’argent vient après.
Donchery
« ingénieurs épuisés », pardon.
Petite réflexion d’ailleurs:
- Avons-nous déjà vu l’argent des banque révolutionner une société ?
- Avons-nous déjà vu une machine inventer ou réfléchir à une vie meilleure ?
Preuve est faite que l’humain est seul décideur de sa destinée.
Les deux exemples cités au dessus ne sont que des moyens pour y parvenir, non une finalité en soi.
Bonne ou mauvaise.
Enfin, je citerai deux phrases d’Antoine de Saint Exupéry :
- Être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.
- La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes ; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines.
L'entreprise de 2020 selon Françoise Gri http://tinyurl.com/3xbmm6t
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