Japon: le nouveau contrat social reste à construire

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Darryl Green est notre Executive Vice-President en charge de l’Asie et Moyen Orient;  il est aussi Président de Manpower Japon ou il vit depuis de nombreuses années.

Lors de son passage à Paris, nous avons organisé avec lui de nombreuses rencontres avec nos clients présents en Asie. Sa vision sur le Japon m’a paru intéressante à partager en ce qu’elle décrit un changement profond en train de se matérialiser dans l’économie et le marché du travail de ce qui est devenu la troisième puissance économique mondiale, ainsi que les aberrations auxquelles peuvent conduire des politiques dogmatiques de l’emploi dans une économie en mouvement.

Il est sans doute bon de rappeler pour ceux qui auraient en tête une économie du Japon industrielle et exportatrice, que les services représentent 69% du Produit national brut et que le poids du marché intérieur japonais est également proche des 70% – ratio beaucoup plus élevé que dans les autres pays industrialisés. Jusqu’à présent nous observions au Japon, un marché de l’emploi issu de son histoire, dominé par une doctrine de contrat social très fort pour les collaborateurs ayant un contrat permanent, par opposition à tous ceux ayant un contrat à temps partiel ou un contrat de travail temporaire.

C’est sur ces bases qu’étaient bâties les politiques d’emploi des champions industriels qui semblent aujourd’hui les faire évoluer rapidement face aux problèmes de compétitivité qu’ils rencontrent. Nous observons aujourd’hui une croissance des mouvements de personnel entres les Philippines et le Japon dans le domaine des services, et de nombreux projets de délocalisation d’unités de production industrielle vers la Thaïlande largement plus rentables depuis le changement récent de taxation des importations.

Dans ce contexte, on peut évidemment anticiper la disparition de l’emploi industriel au Japon et des conséquences sociales importantes à ces transformations.

Et c’est là que les dogmes sur l’emploi peuvent faire des ravages s’ils dominent l’évolution de la réglementation. Il y a quelques mois, un changement de règle a été décidé modifiant la catégorie des postes pouvant faire l’objet d’un contrat de travail temporaire sans contrainte de durée, ni de renouvellement. L’idée simpliste était que les entreprises allaient embaucher massivement ces collaborateurs qui travaillent depuis longtemps dans leurs équipes, et dont ils ont besoin.

Simpliste, parce qu’évidemment les choses ne se sont pas passées de cette façon : sur les plus de 4000 collaborateurs ‘intérimaires’ de Manpower Japon touchés par cette mesure, seulement 17% ont été embauchés par l’entreprise qui utilisait leur compétences depuis de nombreux mois. L’immense majorité s’est donc retrouvée au chômage, avec une indemnisation très limitée. Alors, bien sûr, on peut continuer dans le dogme et honnir ces entreprises qui n’ont pas ‘assumé’ leurs responsabilités.

La réalité est que les entreprises ont besoin de souplesse et qu’il convient de réinventer, dans ce contexte, le contrat social du Japon.

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