Marchés du travail en mouvement : et la France ?

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Lors de nos Executive Meetings, je suis toujours frappée de constater combien les angles de vue et les analyses des marchés du travail sont hétérogènes selon les quatre grandes régions du monde dans lesquelles Manpower est implanté.

Décalée, la situation dans la zone EMEA, c’est-à-dire l’Europe (France exceptée), le Moyen-Orient et l’Afrique. Ce qui est frappant, c’est la forte croissance de l’Allemagne qui s’accompagne d’un niveau élevé de confiance dans la reprise de l’économie. En Grande-Bretagne, le plan d’austérité sans précédent de David Cameron, qui va réduire jusqu’à 40% le budget de certains ministères, se fait déjà sentir : notre activité subit une décroissance brutale, l’administration arrêtant les contrats de ses ‘contractors’ et lançant des plans de licenciements de ses personnels permanents.

Inquiétant, le phénomène d’ « industrialisation » du marché du travail aux Etats-Unis, sous la pression des services Achats qui « poussent à la roue ». Des intermédiaires se positionnent aujourd’hui sur l’optimisation de l’achat de travail temporaire et encouragent la mise en place de processus déshumanisés où les coûts imposés et l’exigence de rapidité dans la proposition de CV excluent toute interaction interpersonnelle avec les candidats.

Passionnante, l’évolution de l’Asie en quelques mois. J’y avais fait un voyage assez complet en mai 2009 et rien n’y est vraiment pareil aujourd’hui ! Ce sentiment est d’ailleurs partagé par nos clients présents en Asie, comme nous le confiait Darryl Green, de passage à Paris la semaine dernière et en charge de cette région pour le groupe. Différence d’abord dans l’impact de la crise : si Taiwan, Singapour et le Japon ont été durement touchés, le Vietnam et la Thaïlande ne l’ont pas été du tout. Le Vietnam, par exemple, poursuit son mouvement d’ouverture aux marchés (qui ne s’accompagne malheureusement pas d’une libéralisation politique…) et de diversification tous azimuts. Ce pays est en passe de devenir une plate-forme de délocalisation incontournable, y compris au sein de la zone Asie, en raison d’une main d’œuvre disponible…et bien meilleur marché que celle de la Chine, son principal et historique partenaire économique…

Car, finalement, l’impact de la crise en Inde et en Chine a été très temporaire, ne faisant qu’accentuer les facteurs d’évolution de leurs économies respectives.

Plus que jamais le moteur de l’économie chinoise repose sur sa demande intérieure, le gouvernement chinois gérant fermement (euphémisme ?) son organisation. Son objectif : redistribuer les implantations industrielles vers les villes du centre et désengorger les villes de la côte. Et il ne s’agit pas d’un plan à 10 ans : non, c’est maintenant…donc (très) fermement ! Très intéressants, d’ailleurs, les regards croisés de journalistes commentant les grèves récentes qui ont entrainé des augmentations de salaires spectaculaires dans certains centres industriels et le regard de nos équipes qui travaillent au quotidien et qui vivent le ce grand tournant du « Made in China ». Gentiment, nous dirons que nous oublions trop souvent que nous sommes dans un pays dont l’économie est dirigée et diablement pragmatique et réaliste!

Et puis il y a cette incroyable évolution des mentalités en Chine, ce sentiment de fierté extraordinaire de faire enfin partie du « club » des plus grandes économies mondiales, qui a réussi à dépasser le Japon le trimestre dernier. Sentiment de fierté et élan patriotique mêlés, qui font qu’aujourd’hui les jeunes diplômés, les talents que nous côtoyons tous les jours, nous disent qu’ils souhaitent en premier choix travailler pour une entreprise chinoise alors qu’il y a un an, ils ne rêvaient que de rejoindre les rangs d’une grande marque américaine ! Et cela se voit : il y a trois ans, 90% de l’activité de Manpower en Chine se faisait avec des groupes internationaux, aujourd’hui c’est 50% de notre activité qui se fait avec des entreprises chinoises…

Quant à l’Inde, elle est plus que jamais l’agrégat de régions aux cultures, lois, tensions différentes – dont la maitrise est essentielle pour avoir accès à ce fantastique « réservoir de ressources », dont l’objectif est d’accéder à de nouveaux standards de vie et de consommation.

Retour en France. La revue de presse me chagrine un peu : le monde bouge à coté de nous, à toute vitesse, et nous, nous donnons le sentiment d’être prisonniers de nos éternels débats, qui freinent l’indispensable sens de l’action.

Sommes-nous vraiment à ce point nostalgique d’un passé dont nous n’arrivons pas admettre qu’il est définitivement derrière nous ?

Réactions
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  1. Axyome

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? | Le blog de Françoise Gri, http://ow.ly/2RFPo

  2. Paul Gaspais

    RT @Axyome – Marchés du travail en mouvement : et la France ? | Le
    blog de Françoise Gri – #v, http://ow.ly/2RFPo

  3. Pierre Denier

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? | Le blog de Françoise Gri, présidente de Manpower http://fb.me/IIjwzRVt

  4. Jerome Blanc

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? (Blog de Françoise Giri, Presidente Manpower France) http://goo.gl/l40r #emploi

  5. Julien Dargaisse

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? par F. GRI, Présidente Manpower France => http://bit.ly/9xHBxW

  6. olivier gelis

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? http://lnkd.in/aGudUP

  7. olivier gelis

    Marchés du travail en mouvement : et la France ? http://lnkd.in/aGudUP

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