Après-crise : avons-nous perdu la mémoire ?

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C’est une affaire entendue : la crise que nous vivons depuis 2008, et dont nous sortons à peine, est d’abord une crise financière. Et c’est d’abord là qu’il était essentiel d’intervenir, comme le font aujourd’hui à des degrés divers, les autorités publiques, pour réguler les marchés et éviter une nouvelle déflagration.

Mais, à l’évidence les leçons à tirer de cette crise globale, qui n’a pas été seulement financière mais économique et sociale, ne sauraient se limiter à la seule sphère financière. Et ce travail là reste encore largement devant nous.

C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’emploi. Le regard des équipes de Manpower et les témoignages recueillis auprès d’une trentaine de chefs d’entreprise dans toute la France, convergent : la crise a été un accélérateur de mutations à l’œuvre depuis plusieurs années sur le marché du travail, des mutations qui nous imposent aujourd’hui un devoir de lucidité et en appellent à notre responsabilité collective.

Une France du travail a deux vitesses.

Si elle a provoqué une hausse brutale et durable du chômage, frappant en priorité les intérimaires, les CDD et les stagiaires, tous ceux qu’on appelle avec condescendance « les précaires », cette crise a mis sous les yeux de tous la réalité d’une France à deux vitesses. Une France du travail profondément injuste, une France du travail qui a fait du CDI à la fois l’objet de tous les fantasmes et un mur infranchissable pour les jeunes qui cherchent un emploi.

C’est vrai, les personnes qui les exercent devraient avoir droit au même respect, à la même considération et donc aux mêmes possibilités d’intégration et de progression professionnelle. Force est de constater qu’on en est encore loin et que les emplois courts sont toujours perçus et traités aujourd’hui comme des sous-emplois!

Ne perdons pas la mémoire, cette crise nous a démontré clairement que les entreprises ont impérativement besoin de souplesse pour pouvoir s’adapter face aux violents retournements de l’économie et que pour ce faire, elles ont besoin, à la fois, d’emplois longs et d’emplois courts.

La sécurisation des parcours professionnels, grande oubliée.

La sécurisation des parcours professionnels a été jusqu’à présent une des grandes oubliées du modèle social français. La crise a fait bouger les choses avec la création l’an dernier d’un fonds de sécurisation. Cette sécurisation ne doit pas, ne peut plus se limiter aujourd’hui aux seuls salariés en CDI, laissant sur le bord de la route une partie de la population active. L’extension du contrat de transition professionnelle aux contrats courts (CDD et intérim) est un premier pas. D’autres doivent suivre…vite !
La sécurisation des parcours professionnels passe aussi à l’intérieur même des entreprises par un vrai démarrage de la validation des acquis de la connaissance, qui peut ouvrir à beaucoup de salariés non diplômés de vraies perspectives professionnelles. N’oublions pas enfin que la définition et la mise en place de parcours professionnels à l’intérieur d’une entreprise ou sur le marché du travail deviendra l’obligation pour naviguer à travers les soubresauts d’une économie imprévisible et dont les transformations s’accélèrent.

La France devrait faire son aggiornamento dans son rapport au Travail.

C’est pourquoi, à l’instar justement des retraites, la France devrait faire son aggiornamento dans son rapport au Travail. Les témoignages que j’ai recueillis dans ce livre montrent que nombre de dirigeants estiment que les entreprises ont aujourd’hui dans ce domaine un devoir d’exemplarité. Là aussi, les lignes ont commencé à bouger. Elles bougent aussi sur le terrain de la lutte contre les conformismes et les discriminations qui caractérisent encore notre marché de l’emploi.

Les patrons rencontrés n’hésitent pas à ouvrir les portes de leurs entreprises à des profils atypiques, délaissés par le clonage des politiques de recrutement, à revendiquer la diversité des origines et des parcours personnels comme un atout supplémentaire pour leur entreprise et à s’organiser pour accueillir les publics les plus éloignés de l’emploi (jeunes issus de banlieues difficiles, jeunes sans formation, travailleurs handicapés…)

La reprise que nous vivons enfin ne doit pas nous faire oublier les réflexions, les déclarations et les engagements que nous avons tous pris quand nous étions au creux de la vague : ne disions-nous pas qu’à la sortie de cette crise plus rien ne serait comme avant ? Alors faisons-le !

Ce billet est aussi publié aujourd’hui dans Les Echos.

Réactions
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  1. Gerard E. Stein

    Bonsoir,
    Il n’y a qu’une seule solution pour creer de l’emploi c’est que les PME francaises se mettent a exporter.
    Mais notre gros probleme en France c’est que les « leaders », les « medias » et les …. ecoutent, regardent et ….. les grandes entreprises et comme chacun sait, en dehors de celles ds le luxe tres peu d’entre elles creent de l’emploi.
    Et en plus les Greves a repetions, quelles qu’en soient les raisons qui certainement sont justifiees, font que les grandes entreprises trouvent et vont trouver des moyens pour ne pas trop subir, devinez comment ….
    Mais alors les PME, elles, que peuvent elles faire, parceque si on veut exporter il faut du monde et si il y a une greve, on ne produit pas et que font les clients etrangers, ben ils vont voir la concurrence dans un autre pays et notre PME, elle …

    Je connais des entrepreneurs en herbe ou meme experimentés qui ont la gnac et qui vont entreprendre ailleurs pour peut etre exporter en France, un comble. Que ceux qui auraient envie de les critiquer se mettent rapidement a entreprndre en France pour creer de l’emploi.

    Quand vont « ILS » faire du « benchmarking » au lieu de se reunir entre eux, pour voir comment d’autres pays font pour que leurs PME exportent et puissent embaucher en CDI.

    Ah La france… me disait un ami chinois qui venait visiter Paris avec sa famille, il etait entrain de filmer des grevistes pour montrer a ses amis, c’est la nouvelle attraction en ce moment me disait il en envoyant un texto certainement a un autre touriste pour lui indiquer l’emplacement, je l’ai entrainer ailleurs et la il m’a dit, tu as raison je regarderai la tele a l’hotel.

    Il faut exporter, c’est le seul moyen d’apporter de l’argent et pouvoir embaucher…..Mais c’est vrai je le disais deja il y a plus de 10ans, sorry je me sauve ;-)

     
     
  2. Le 17 novembre sortira justement le film « Inside Job » sur la crise de 2008 (http://www.insidejob.com/)… La crise n’a pas été seulement ressentie dans les hautes sphères financières, mais elle l’a été très concrètement par des milliers de personnes qui ont perdu leur emploi et leur maison, en d’autres termes, tout ce qu’ils avaient. Il est bon de le rappeler effectivement…

     
     

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