Les jeunes et l’Entreprise: deux mondes qui se cherchent encore

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Déjeuner avec six étudiants grenoblois, en première année d’école d’ingénieurs et de gestion … Objectif de cette rencontre: parler « entreprise », échanger sur ce monde qu’ils appréhendent mais qu’ils désirent connaitre. Et puis aborder ensemble le parcours professionnel…idéal.

Le début de l’entretien fut classique, ce qui est assez compréhensible. Déjeuner avec le Président d’une entreprise, comme première plongée dans le monde professionnel, en aurait bloqué beaucoup : mais ils sont à l’aise, curieux, sincèrement positifs sur l’apport que peut avoir cet échange pour eux. Des regards sérieux, attentifs et des sourires. Je m’en étonnerais presque, je leur dis mon bonheur d’être avec eux car cette confrontation « positive » m’intéresse au plus haut point.

Ce qui me surprend d’abord c’est l’importance qu’ils accordent à leur engagement associatif… Je les vois passionnés, érigeant une belle conviction et un vrai engagement qui ne dément pas ce qui semble caractériser cette génération dite Y.

Et puis ils me disent, qu’au-delà de leur passion, il y a ce qu’il en feront « après » : on leur a beaucoup dit que cet engagement serait un bon point dans leur dossier d’embauche… faisant ainsi un joyeux amalgame entre enthousiasme et réelle expérience professionnelle… Je sens que je les déçois un peu en relativisant l’un par rapport à l’autre…

Ensuite bien sûr ce qui me frappe c’est le mystère qui entoure pour eux « l’entreprise ». Ils le disent: ils ne savent rien sur l’entreprise. Ils ne sont finalement pas sur ce point bien différents des étudiants que nous étions il y a trente ans !

Tous les débats menés en France depuis des années sur les partenariats entre entreprises et écoles, mettant en exergue les initiatives de rapprochement, les partages d’expériences, les stages, tous ces débats ont-ils vraiment atteint leur objectif ? Force est de constater que ces jeunes, qui ont déjà entamé largement leur orientation professionnelle, n’ont fait que quelques semaines de stage et qu’ils ne savent de l’entreprise que ce que leurs parents leur en ont dit, éventuellement…

Nous parlons alors de l’ouverture au monde et ils se posent beaucoup de questions sur ce que les médias racontent de l’entreprise :  » on lit beaucoup sur des transferts de PDG.. est ce que cela se passe comme au foot ?  » , « c’est quoi un conseil d’administration et pourquoi un patron d’une entreprise peut il être dans le conseil d’une autre, ce sont toujours les mêmes noms ? ». Je me rend compte que l’école (la leur est quand même une école de gestion ou d’ingénieurs) ne leur donne pas encore les bases pratiques de la compréhension et du décryptage du fonctionnement de l’entreprise: les parties en présence dans l’entreprise, la gouvernance , la base sur l’entreprise…un sujet pour experts visiblement !

Et puis le web. Sont-ils connectés au monde au travers du web ? Oui mais pour le moment seulement à leur monde à eux… Facebook bien sur, avec leurs copains, le réseau des anciens de l’école… mais pas encore de conscience que le monde professionnel est là, accessible derrière leurs lucarnes… D’ailleurs qui le leur aurait dit et décrypté?

Pour autant ils savent qu’ils ne savent pas, ils le disent avec simplicité, et veulent apprendre au travers de toutes les expériences qu’on pourra leur apporter..

Ils ne craignent pas non plus de dire que l’entreprise leur fait plutôt peur. « Quand on pense à l’avenir on a peur… »

Il faut dire que l’image qu’on leur donne de l’entreprise est plutôt tristounette… Des parents qui ont du mal a équilibrer vie professionnelle et personnelle, et qui ne leur montrent pas que travailler, c’est aussi beaucoup de plaisir et d’accomplissement… (et d’ailleurs qui d’entre nous, rentrant en tard un soir n’a pas trouvé l’excuse d’exagérer sa journée terrible et harassante dont il était impossible de s’extraire plus tôt…alors qu’il a laissé s’allonger sa dernière réunion parce que le sujet était passionnant !) – et puis cette formule hilarante ou terrifiante, c’est selon, prononcée par un de mes jeunes invités : « on nous enseigne qu’être un manager c’est gérer des problèmes.. quand on débute, on a de petits problèmes et quand on est PDG ce sont donc de très gros problèmes.. çà doit être vraiment très dur ! »

Et on reboucle bien là sur le mal français, si souvent décrit : pas assez de pragmatisme et de concret, pas assez de confiance, pas assez d’éducation à l’entreprise, à son fonctionnement, à sa finalité, à sa possibilité d’épanouissement, de progression individuelle.

Un long chemin pour tous ceux qui travaillent sur ces sujets depuis déjà bien longtemps..

Quant à moi, je suis repartie de cet échange comme après avoir inspiré un grand bol d’oxygène. Finalement, cette génération Y, dont on promet qu’elle va révolutionner nos modes de management, ne sera pas si difficile à entrainer, pour peu qu’on lui parle avec transparence, simplicité et enthousiasme !

Réactions
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  1. Gerard E. Stein

    merci de l’avoir fait, et si les leaders des entreprises françaises et surtout les entrepreneurs faisaient de même, cela serait super pour nos jeunes qui sont si loin de l’entreprise.
    Allez Françoise, faites connaitre votre initiative et soyez en l' »évangéliste ». Tous les patrons des grandes comme des petites et des moyennes vont une fois par mois passer une heure dans un café, avec un groupe de 8 jeunes étudiants maximum pour répondre à leurs questions. La mise en place d’un système de ce genre peut se faire sur internet avec un logiciel similaire a la réservation de salles de réunion, donc sans besoin de ressource de la part des lycées,universités ou écoles.

     
     
  2. Laura SAMBIN

    En tant que créateur de solutions pour l’emploi, comment Manpower intervient auprès de cette jeunesse qui n’y connait rien à la vrai vie d’entreprise et qui n’est pas sensibiliser à la culture d’entreprise et toutes ces règles. A l’instar des rencontres élèves/entreprise organisées par de nombreuses écoles d’ingénieurs, un partenariat avec ces dernières, partenariat visant à « apporter la lumière » à ses étudiants perdus ne serait-il pas un bon moyen de désamorcer les choses. Serais-ce un rôle que Manpower pourrais endosser, afin de préparer les futurs acteurs de notre société à la dure et belle réalité qu’est le monde de l’entreprise.

     
     
  3. Stéphanie et Niouma

    Bonjour,
    En tant qu’étudiantes, nous trouvons votre démarche remarquable et intéressante. Comme le souligne, Mme Laura SAMBIN, en général ce genre de rencontre se fait à l’université dans un amphi ou une salle de classe et non en petite communauté. Par conséquent les étudiants comme leur interlocuteur sont pressés par le temps. Cela revient à vous demander s’il s’agissait de votre premier « tête à tête » avec des étudiants en dehors du cadre universitaire ? Avez-vous l’intention de recommencer cette expérience qui fut fructueuse dans les 2 sens ? Nous espérons que oui car nous, étudiants et jeunes de la génération Y, avons besoin d’avoir une vision plus concrète et réelle du monde du travail. Malgré nos expériences professionnelles, nous avons peu d’informations concernant le fonctionnement des entreprises. Et le peu d’information que nous avons à notre possession est parfois erroné. Par ailleurs comme vous l’avez souligné, malgré cette grande ouverture d’esprit à laquelle nous pouvons faire part nous vivons dans « notre monde », nous nous construisons un réseau social tourné sur nous même or qu’a coté il existe beaucoup de chose à découvrir. Peur de l’inconnu, de quitter notre cocon mais envie de découvrir de nouvelle chose, nous, jeunes de la génération Y sommes assez complexe dans le fond. Pensez-vous sérieusement que le monde du travail est prêt à nous accueillir, sachant que nous n’avons pas les mêmes attentes que la génération précédente ?

     
     
    • Françoise Gri

      Je ne pense pas qu’il faille poser le débat sous l’angle du « conflit de génération »: ce serait à la fois excessif, injustifié…et surtout inconstructif ! Néanmoins, vous avez raison quand vous écrivez que vous, jeunes de la génération Y, êtes assez complexes ! Vous appartenez à une génération de l’information, et moins du savoir; vous êtes plus pragmatique et moins idéaliste que vos aînés, plus ambitieux à titre individuel et moins à titre collectif; vous êtes sans doute plus impatient aussi. Toute cette complexité, l’entreprise et son mode de management devront (et doivent déjà) la prendre en compte si elle veut vous attirer et vous fidéliser. Il faudra innover pour vous impliquer davantage, sans doute rompre avec une stricte verticalité des rapports hiérarchiques, et mieux prendre en compte la dimension humaine. Pour tirer le meilleur de votre génération (et savoir vous accueillir comme vous dîtes), il faudra aussi sans doute passer d’un système de manager/censeur à celui de coach. Le coach détient les clés de la réussite pour l’implication et la fidélisation: il supervise, il encourage, il instaure une forme de collaboration dans un cadre d’apprentissage continu, autant de points qui vous sont importants. C’est pourquoi c’est sans doute ce mode de fonctionnement qui s’imposera.
      Et vous, Stéphanie et Niouma, qu’en pensez-vous ?

      Quant à mes rencontres avec des étudiants, elles ne seront jamais assez nombreuses bien sur, car elles constituent toujours des moments passionnants: mais ce blog permet aussi des échanges informels avec toutes les générations, Y ou pas !

       
       
  1. employabilite

    Les jeunes et l’Entreprise: deux mondes qui se cherchent encore http://bit.ly/du2Afz

  2. Essonne

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  3. Aymeric Vincent » Manager » C’est quoi l’entreprise ?

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