Davos : quelle représentation de la réalité ?
Je rentre de Davos et finalement ce qui m’a le plus frappée (au delà des clivages prévisibles sur le bien fondé de la régulation ou des réactions contrastées au discours de Nicolas Sarkozy), c’est la prédominance du « macro » dans toutes les discussions, à propos de tous les sujets, qu’ils soient économiques, sociétaux ou environnementaux.
Normal, me direz-vous : à Davos, on est censé réfléchir aux grandes tendances, et débattre sur les stratégies à construire en conséquence – et ce de façon globale.
Il me semble néanmoins qu’il y a là un décalage dangereux entre la « réalité réelle » telle que vécue par les individus dans un contexte de chômage massif et d’inquiétudes pour l’avenir, et la « réalité des élites ». Ces dernières m’ont semblé n’aborder le monde qu’au travers les prismes des systèmes de gouvernance et des problématiques génériques. Certes tout ceci est important, mais je voudrais être certaine (et me sentir ainsi rassurée) que lorsqu’on dit Economie, on entende derrière Entreprise dans sa composante la plus humaine ; que lorsqu’on parle de création ou de destruction d’emplois, on se représente les individus qui composent ce marché du travail et qui souffrent de ses disfonctionnements ; que lorsqu’on se soucie d’environnement on pense sincèrement à la vie de nos petits enfants.
De haut, et plus encore si on est myope, le monde peut sembler « flat », alors qu’en bas il est aujourd’hui chaotique et plein d’aspérités… Certains le perçoivent et le disent : Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos, dans son discours d’introduction a par exemple mis en garde sur les risques de crise sociale en 2010… D’accord, pas d’accord, peu importe à la limite si on se pose la question sérieusement, mais a-t il seulement été entendu par la majorité des présents ?
Je voudrais bien en être sûre! Parce que je suis convaincue que parler du sens, de finalité, de responsabilité, de façon concrète et humanisée, ce n’est ni ringard ni populiste.




3 commentaires »
H Tréguer, le 2 février 2010 à 14h30 :
Votre papier me conduit à vous , à me poser la question suivante:le management de proximité permet de conduire les affaires au plus près des objectifs et des besoins et droits des salariés.Mais il faut aussi donner du sens au travail, donc fournir aux salariés quelque soit sa place dans l’entreprise , les axes stratégiques(le macro).Quel est à votre avis le bon niveau de communication (de transparence) pour être concret tout en regardant l’horizon. Chaque entreprise devrait créer des Davos avec ses salariés .
CB, Paris, le 3 février 2010 à 17h04 :
Votre éclairage est très intéressant car il propose un point de vue différent de tous les commentaires que nous avons pu lire ou entendre sur le dernier Forum de Davos. Le vôtre parle d’humain dans l’entreprise, là où nous n’entendons que marché et régulation..Comment faire que ce que vous évoquez soit partagé et surtout relayé par un plus grand nombre pour que le sujet soit remis au centre des discussions, sans pour autant être récupéré par des démagogues?
Françoise Gri, le 8 février 2010 à 09h27 :
Je reviens un instant sur ces commentaires: donner du sens et de la perspective à chacun dans l’entreprise est indispensable à l’unité et à l’efficacité de cette dernière. Le « bon niveau de transparence ou de communication pour être concret tout en regardant l’horizon », comme vous l’écrivez H Tréguer, je pense l’avoir à nouveau expérimenté en septembre dernier: en effet, comme en décembre 2008, j’ai fait le tour de France de nos directions régionales, à la rencontre des collaborateurs. Lors de ces dernières rencontres, j’ai souhaité que tous les métiers de notre réseau soient représentés et que chacun soit en mesure de me poser des questions sur la stratégie de notre entreprise ou de m’interpeller très directement sur tel ou tel sujet. J’ai ainsi échangé avec près de six cents collaborateurs en seulement quelques jours, dans des petites salles, les yeux dans les yeux. Au-delà du plaisir et de l’intérêt que m’apportent ces rencontres avec ces femmes et ces hommes qui quotidiennement portent nos couleurs et nos convictions, je suis convaincue qu’un manager se doit de comprendre et de sentir, sur le terrain, dans la vraie vie, les effets induits de ce qu’il a décidé ou cru bon pour l’entreprise qu’il dirige. Et cela passe par ces moments forts (et parfois directs !) auxquels les dirigeants français, assez traditionnels dans un management descendant, ne sont pas forcément très habitués…
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