2010 : année de l’emploi responsable ?

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La Tribune titre ce matin « 2010, la bonne surprise ». Invitée à juger de la réalité et de la vigueur de cette reprise tant espérée, j’ai fais part au journaliste de ma prudence. Tout d’abord parce que la visibilité est insuffisante et qu’en conséquence, la confiance reste fragile.

Néanmoins, c’est vrai, les stocks se reconstituent, et nous devrions passer à la phase d’investissement. Contrairement à la crise de 1993, les entreprises ont conservé une grande partie de leurs compétences clés, ce qui favorisera une reprise rapide dès que les conditions seront réunies. Et cela n’a été possible que parce que leur niveau d’emploi flexible (CDD, travail temporaire, sous-traitants) était important.

C’est une prise de conscience forte qu’a permis cette crise et c’est un avant-gout de l’après crise : les entreprises auront de plus en plus besoin de s’ajuster aux mouvements de l’économie tout en conservant leurs compétences. Elles auront besoin d’être plus agiles et d’être constamment en phase avec les mutations de leur marché dont elles ne sont plus maître. Cette réalité qui s’impose aux entreprises va permettre de rompre avec le dogme qui considère que les « véritables emplois » sont permanents et « à vie ». Une conception qui nie de fait tous les autres emplois – et exclue ainsi des milliers de personnes qui les exercent. Une conception qui permet de ne pas s’occuper de cette population, de ne pas la défendre, de ne pas la considérer. Pire : de l’ignorer.

Cependant cette réalité d’entreprise implique plus que jamais un devoir : celui de la responsabilité. En d’autres termes, il est indispensable d’instaurer un emploi responsable pour tous les contrats courts.

Parce que la flexibilité ne doit plus signifier précarité ou sous-emploi.

Parce qu’elle est nécessaire à la marche d’une entreprise, cette fléxibilité oblige à une protection, à une sécurisation des parcours professionnels (surtout s’ils sont effectués dans plusieurs établissements), à une portabilité des droits, et au respect du poste, de la mission et de l’individu.

2010 devra ré-ouvrir le sujet de la flexisécurité pour aborder d’urgence le sujet de la sécurité. Car 2010 repartira avec des contrats courts qui devront être (re)considérés comme autant de « facteurs humains » qui contribuent à la richesse de l’entreprise et à sa pérennité.

Réactions
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  1. LANDON

    Je ne sais que partager votre regard sur l’emploi non pérenne. Combien de fois ai-je incité les gens à privilégier un CDD « bien géré » sur un CDI « confortable ».

    Il reste que, comme le disait un certain J.M. KEYNES,  » La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. » le principal problème n’est donc pas la pertinence du propos mais « l’adhésion » des acteurs. Et là ce n’est pas gagné, les « réticences » sont très palpables.

    Un peu comme si, sur l’ensemble des gens n’ayant pas d’activité officielle / déclarée, il y avait beaucoup plus de demandeurs de salaires que de demandeurs d’emploi. Un peu comme si le vieux fantasme français issu des « trente » glorieuses (Un CDI, à plein temps, dans la fonction publique) était resté très « motivant ».

    Alors avant de s’interroger sur l’avenir, essayons de le rendre possible, soit. Et les pratiques entrepreneuriales doivent évoluer, sans aucun doute. Mais il faudra aussi que salarié(e)s et demandeurs d’emploi pensent à faire évoluer le regard qu’ils/elles portent sur le Travail. Sinon, il n’y aura que la moitié du chemin de parcouru.

     
     

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