L’intérim, annonciateur de reprise ?

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Les chiffres publiés par l’Insee vendredi témoignent d’un coup d’arrêt des destructions de postes au troisième trimestre, ce qui constitue une nouvelle aussi heureuse que surprenante, pour bien des raisons sur lesquelles on pourra revenir.

Dans l’immédiat, il apparait que cette quasi-stabilisation est due en grande partie à l’emploi intérimaire, dont la hausse, pendant cette même période, a été de 8,6%. Peut-on pour autant parler de reprise, ou de rebond comme je le lis déjà ici ou là ? Je pense qu’il convient d’être très prudent dans les termes et qu’il faut remettre quelques éléments en perspective. Un préambule tout d’abord : pour interpréter convenablement les chiffres de vendredi, il faut savoir que les intérimaires sont comptabilisés par l’Insee dans le secteur tertiaire, quelles que soient la nature et la destination de leurs missions. De facto, c’est donc le secteur tertiaire qui profite statistiquement de ce rebond de l’emploi intérimaire – et sa croissance ne serait que de 0,1% hors intérim. Quant à la construction et à l’industrie, ces deux secteurs ont encore perdu des emplois au 3ème trimestre…

 
Il y a donc 474 000 emplois dans l’intérim aujourd’hui. C’est « juste » 200 000 de moins qu’au premier trimestre 2008, avant la crise. Il est vrai qu’au deuxième trimestre de cette année, l’emploi intérimaire s’est stabilisé après un an de repli (et le terme de « repli » est un euphémisme, puisque le nombre de salariés intérimaires a baissé de 29 % en un an – et de plus de 40% dans l’industrie). Avec 436 600 salariés (soit 2,3% des salariés de l’ensemble des secteurs concurrentiels), l’emploi intérimaire s’est donc retrouvé fin juin à un niveau comparable à celui de la fin de 1998, effaçant ainsi dix années consécutives de hausse. Pouvait-on descendre plus bas ? Autrement dit, l’effondrement a été tel qu’on ne pouvait que remonter…un peu.

 
Et puis il y a un autre indicateur qu’il faut prendre en compte si l’on veut juger de la « vitalité » de ce rebond : c’est la durée des missions. Au deuxième trimestre, par exemple, si le nombre de missions dans l’industrie a effectivement légèrement progressé, leur durée a malheureusement continué à baisser, entrainé par la part croissante de missions de moins d’une semaine au détriment des missions d’au moins quatre semaines. Dans la construction ou le tertiaire, les durées moyennes des missions étaient elles aussi en baisse…
Bref, pour reprendre l’avertissement de l’Insee dans son « Portrait social 2009 », je considère effectivement qu’il « faudra un certain temps au système statistique pour appréhender l’ensemble des conséquences sociales de la crise économique et pour les mesurer avec les enquêtes structurelles ».

Réactions
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  1. L’intérim, annonciateur de la reprise ?
    Pour reprendre le titre de votre mot du jour, j’approuve votre analyse de la situation qui est en fait assez « grave ».
    Avec les chiffres que vous alignez, on ne peut que comprendre qu’il y a un grand malaise, qui ne sera pas résolu du jour au lendemain.
    Bien sur, c’est bon pour l’intérim, même si nous sommes revenu au niveau de 1998, car la précarité va être de mise dans énormément de secteur de l’industrie, et donc le recours à des intérimaires en masse.
    Mais là où le système se casse la gueule, par la faute à une société non visionnaire, réactionnaire, et qui ne place pas l’individu au cœur de la vie, c’est qu’un intérimaire qui ne trouve que quelques heures de travail par semaine, devient rapidement un SDF en puissance.
    Hier, j’étais convoqué à l’institut BVA sur une enquête concernant le travail temporaire, et j’ai constaté une dégradation gigantesque de l’intérim.
    Comme vous le dites, les missions sont en fait de plus en plus courtes, j’ai des témoignages de personnes attendant, dans des pièces sans vitres, une matinée pour travailler 2h00 !!! et encore, c’est royal.
    Où est le temps où la mission la plus courte durait une semaine, et avec les excuses de la société qui nous employait de ne pouvoir nous garder plus longtemps !!.
    Je ne peux que me féliciter d’être encore à Manpower, car même si chez nous aussi, beaucoup de choses ne vont pas, nous sommes de loin les mieux loties en tant qu’ intérimaire.
    Le problème est que les sociétés « tirent » vers le bas, au détriment bien sur, de nous….
    A bientôt
    michel

     
     
  2. Thierry Barnavon

    Vous avez raison, Madame Gri, de conclure votre message prudemment en vous référant à une conclusion du « Portrait social 2009″.

    Les « conséquences sociales de la crise économique » ne sont en effet pas encore complètement mesurables, en particulier, pour l’emploi intérimaire.

    Je travaille actuellement dans un Grand Groupe industriel (Management de transition en CDD). Comme beaucoup d’autres Groupes, sur l’année écoulée, les volumes de ventes ont baissé de 20 à 30% et donc les volumes de production associés. Les perspectives marchés semblent stationnaires maintenant avec peut-être une légère reprise en 2010.

    Compte tenu de cette situation, ces Groupes ont besoin d’engager de nouveaux plans de compétitivité. La réduction des frais fixes avec la variable d’ajustement des effectifs s’avère parfois nécessaire. Il peut s’agir aussi de re-internaliser des activités sous-traitées. Dans ce cas, ce sont les entreprises sous-traitantes qui risquent de réduire leur personnel, souvent d’origine intérimaire, au moment de la renégociation des contrats qui n’auront peut-être lieu qu’en 2010.

    Ainsi, y a-t-il peut-être de l’ordre de quelques % de baisse d’activité intérimaire, indirectement liée à l’activité des Grands Groupes industriels, qui se répercuteront en 2010.

    Il est à souhaiter que la multitudes de petites entreprises susceptibles d’embaucher des intérimaires pourront compenser cet effet s’il s’avère « mesurable » prochainement.

    Respectueusement,

    Thierry Barnavon

    Hors commentaire ci-dessus :
    Message personnel à Françoise,

    Françoise, je me permets de t’adresser toutes mes félicitations et mon admiration pour ta réussite professionnelle et ton engagement ‘sociétal » que j’ai découverts il y a un an.
    Cordialement,

    Thierry (A. Borne – 1èreC – 1973/74)

     
     
  3. Martine ZANAROLI

    Madame Françoise Gri,

    Votre article sur le dernier Management a retenu toute mon attention, car vos valeurs de « Patron » sont celles que j’ai appliquées dans mon rôle de Gouvernante Générale pour les équipes, l’entreprise et nos clients dans plusieurs palaces parisiens ; et qui ont fait ma réussite pour le bien de tous les participants….
    Depuis 2005, j’ai concentré mes efforts sur la formation à travers des interventions en Ecole Hôtelière, au sein d’une Entreprise de Formation pour les Hôteliers Propriétaires Privés et d’une autre spécificité : la Sous Traitance de l’Housekeeping dans les chaînes internationales
    Après la lecture de votre article , je serais séduite et fière de compter parmi vos collaboratrices : dans votre branche importante hôtelière, il y a tous ces besoins pour l’emploi, pour les candidats qu’il nous faut savoir rapprocher grâce à la formation, le leadership féminin qui apporte de si belles solutions.
    Permettez moi d’espérer avoir su attirer votre attention, je suis à votre disposition au mail ci-joint .
    Bien à vous
    Martine Zanaroli

     
     
  1. Adecco» Blog Archive » Madame Gri ne voit pas la vie en rose

    […] Françoise Gri Cette actualité a été postée le Vendredi 20 novembre 2009 à 12 h 47 min dans la catégorie Non classé. Vous pouvez laisser un commentaire, ou un trackback de votre propre site. […]

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