Sur le terrain, contre le chômage : l’accompagnement individuel

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Depuis le début août (date à laquelle Pôle Emploi nous a signifiés que nous étions retenus dans huit régions françaises pour remettre à l’emploi plus de 70 000 personnes), je me tiens quotidiennement informée de l’état d’avancement des infrastructures et des formations nécessaires à la mise en œuvre de notre mission.

Les délais sont courts et le challenge immense mais je constate avec une très grande satisfaction que nos équipes sont en liaison permanente avec celles de Pôle Emploi. Nous marchons côte à côte, ensemble et au même rythme dans la mise en place de solutions pérennes et efficaces. Au-delà de la relation client-fournisseur traditionnelle, nous sommes au service d’une cause nationale, animé par une conviction commune : l’accompagnement individuel constitue LA réponse au chômage de longue durée.

C’est pour cela que je me réjouis de la publication du rapport du comité d’évaluation des expérimentations d’accompagnement renforcé des chômeurs est . En effet, pour rappel, il s’agissait de comparer l’efficacité de deux expérimentations utilisant des méthodes voisines, mises en place en 2007: le CVE (« Cap vers l’entreprise »), mené par l’ANPE de l’époque, et le suivi des opérateurs privés (pour information, Manpower n’y avait pas participé).

J’ai bien lu, ces derniers temps, que la presse se focalisait sur la performance comparée des opérateurs privés et de l’opérateur public de l’emploi. Il ne s’agit pas de polémiquer, et nous sommes manifestement, une fois encore, Christian Charpy et moi-même, du même avis : « Il faut éviter d’opposer le public et le privé sur le placement des chômeurs », explique le directeur général de Pôle Emploi dans Les Echos il y a quelques jours.

Au-delà de cette comparaison et des moyens qui l’autorisent (et sur lesquelles on pourrait débattre, ou qui pourront être améliorés selon les axes suggérés par les rapporteurs), quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?
• L’accompagnement renforcé assure un taux de sortie vers l’emploi au bout de douze mois d’environ 37% supérieur au suivi classique.
• Les bénéficiaires de cet accompagnement obtiennent des emplois généralement plus durables que le parcours classique

J’ajouterai qu’une collaboration, bien comprise par chacun, améliore les performances des uns et des autres (et c’est aussi une conclusion du rapport). Une saine émulation, donc, au profit donc de l’intérêt général.

Autre point important : le rapport souligne que la motivation et le professionnalisme des équipes dédiées influent sur les performances. Bonne nouvelle : chez Manpower, nos collaborateurs « référents Pôle Emploi » ont été sélectionnés en interne sur la base du volontariat – ce qui traduit leur motivation. Et ils ont été retenus par Pôle Emploi, CV à l’appui, pour leur expérience et leur compétence.

En outre, nous avons acquis ces dernières années une véritable expertise en matière d’accompagnement vers l’emploi des allocataires de minima sociaux, notamment en créant et en filialisant une entité ad hoc: Manpower Egalités des Chances. Une filiale qui a d’ores et déjà accompagné, à la demande de 11 Conseils généraux, plus de 5000 personnes (bénéficiaires du RSA ou chômeurs de longue durée) vers l’emploi durable (c’est-à-dire un contrat de plus de 6 mois).

Enfin, régulièrement, Laurent Wauquiez et Christine Lagarde réunissent tous les acteurs concernés par ce combat d’union nationale. Des outils de suivi rigoureux permettront à chacun de disposer d’une vision fine et claire des marges de progrès.

Nous sommes dans le bon sens de l’histoire, et même si les conservatismes sont encore vivaces (dans les médias aussi…), il est temps de déclarer «insupportable» le chômage de longue durée et de s’unir quand la maison brûle.

Réactions
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  1. André ZYLBERBERG

    Avait-on réellement besoin d’expérimentations (coûteuses) pour juger de l’intérêt de faire intervenir des opérateurs privés dans l’accompagnement renforcé des chômeurs ? Cette pratique est courante, et depuis longtemps, dans de nombreux pays étrangers comme par exemple l’Australie, l’Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni ou encore les Pays-Bas. On peut tirer des expériences étrangères des enseignements qui dépassent largement ceux de l’expérimentation française. Je n’en citerai que deux qui me semblent les plus importants.

    Le premier est que l’efficacité de l’accompagnement résulte principalement de la concurrence qui règne entre les opérateurs privés. Certains sont plus performants que d’autres ou plus adaptés à des publics spécifiques. C’est sur le terrain que se dégagent les opérateurs les plus efficaces et les spécificités de chacun. A cet égard, l’expérimentation française qui compare les performances d’équipes ultra motivées de l’ancienne Anpe – aujourd’hui Pôle Emploi – avec la moyenne des performances de plus d’une dizaine d’opérateurs privés apporte peu d’information. Les opérateurs privés ne sont pas tous semblables, certains ont obtenu de mauvais résultats et d’autres de bons résultats. Ce sont ces derniers qui se seraient progressivement imposés sur le « marché » de l’accompagnement des chômeurs. Il en résulte aussi, qu’une concurrence loyale nécessite des appels d’offres ouverts et transparents.

    Le second enseignement est qu’il faut porter une attention particulière à la structure des rémunérations proposées aux opérateurs privés. Ces derniers réagissent « rationnellement » aux incitations auxquelles ils font face. Comme on aurait pu le prévoir, il est apparu que la part forfaitaire de la rémunération (ce qui est versé à un opérateur au moment de la prise en charge d’un demandeur d’emploi) devait être nettement plus faible que les parts liées aux résultats en termes de placement à court et à long terme. Ce n’est qu’avec le temps et l’accumulation d’expériences réussies ou ratées que les pouvoirs publics peuvent affiner ces structures de rémunération pour qu’elles deviennent de plus en plus performantes.

    André ZYLBERBERG
    Directeur de recherche au CNRS
    CES-EUREQua, MSE, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
    http://eurequa.univ-paris1.fr/membres/azyl/zylberberg.htm

     
     
  2. Ça, c’est le coté facile de la formule « je place les chomeurs de longues durées ».
    Pas la peine que les politiques de tous bords, et sociétés d’intérims, se gargarisent de leurs résultats de placements en hausse de certaines tranches de chômeurs.
    Le problème est en amont non ?
    Ces fameux politiques, allier avec leurs copains des grandes et moyennes entreprises, licencies à tour de bras, bradent des industries et leur savoir faire, et bien sur, éjectent comme de la vulgaire marchandise, les femmes et hommes qui travaillaient pour eux.
    Mais pourquoi ?
    Pour distribuer de plus gros dividendes aux actionnaires, qui sont aussi gros que malsains.
    Pour ne pas avoir le courage de dire non à une société qui ne place plus l’HOMME, au cœur de la vie, il est la victime de l’ultralibéralisme.
    Tous est une question de réflexion de nos sociétés, car s’il y a beaucoup de chômage, elles ne peuvent pas évoluer, les gens ont peur, se referment sur eux, leur petit univers, ne vont pas voir le courage de relever la tête pour aller vers de nouveaux défis.
    Chacun est à sa place, personne ne tient a changer quoique se soit, surtout pas ceux qui sont en haut.
    Le travail doit être partager, comme les profits, ce n’est pas faire du communisme ou autre doctrine qui n’ont pas fait leur preuve, c’est simplement de la logique basique.
    Ce n’est pas on plus affamer « l’autre » aux antipodes, qui à pris le travail de l’européen, non, c’est partager.
    Oui, mais partager, très peu de gens, qu’ils soient en haut ou en bas de « l’affiche », sont prêts à franchir le pas.
    Alors, qu’ils arrêtent avec leur langue de bois, depuis 25 ans ont entend les même discours, preuve encore que le système n’est pas remis en cause, et la direction prise ces dernières années, n’engendrent pas à euphorie.
    Chère Françoise, je comprend bien ta position, mais il est trop facile de lire entre les lignes….
    A bientôt…. j’espère
    le mic

     
     
  3. S. Chardon

    Monsieur ZYLBERBERG. J’ai eu l’occasion de lire et d’apprécier il y a quelques années votre livre « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » Une fois de plus je partage avec vous que l’efficacité de l’accompagnement résulte (…) de la « concurrence » qui règne entre les opérateurs privés.

    J’ai par ailleurs déjà fait état qu’implication rime avec intéressement. Qu’il soit sonnant trébuchant ou de responsabilité publique, il ne peut pas être dissocié d’un acte responsable et sensible à cette cause. C’est pourquoi être volontaire et engagé est une pierre importante à l’édifice. L’association Privé/Public est nécessaire (voir incontournable, tellement la taches est rude) pour réellement mettre en oeuvre une action (pro)active.

    Votre livre a été publié en 2004 et il était déjà question dans ses premières lignes (page 11) d’une …France souffrant d’un chômage endémique depuis plus de trois décennies… L’association public/privé est nécessaire et je rejoins le fait « qu’il faut éviter d’opposer le public et le privé sur le placement des chômeurs » Notre partenariat doit être un stimulus positif pour être créateur de solutions pour l’emploi.

    Ma conclusion je la trouve en page 193 de votre livre… ce livre apporte une mauvaise et une bonne nouvelle. La mauvaise est que le marché du travail ne fonctionne pas comme nous l’aurions rêvé… (c’est d’autant plus vrai avec la crise) La bonne nouvelle est que nous connaissons…un peu mieux qu’hier les grandes lignes…pour diminuer le chômage (et créer des emplois) elles ne sont pas facile à mettre en oeuvre…mais il est urgent de… se donner les moyens de lutter efficacement contre le chômage.

     
     

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