Rapport Descoings : quel rôle pour le lycée dans l’insertion professionnelle des jeunes ?

08
06
9

Réforme du lycée et amélioration de la situation de l’emploi en France : voilà deux chantiers indissociables. J’en ai toujours eu la conviction, et la lecture du rapport de Richard Descoings, remis la semaine dernière au Président de la République, me conforte dans cette idée.

Un mot, d’abord, sur la démarche choisie par Richard Descoings pour mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Après les vives tensions qui s’étaient exprimées dans le milieu lycéen fin 2008, le directeur de Sciences Po Paris a compris que son rapport ne pourrait être une énième théorisation un peu pontifiante sur les carences du lycée français. Pour renouer le fil du dialogue et pour comprendre au mieux les aspirations des lycéens, il a choisi de leur donner la parole et de prendre en considération ce qu’ils avaient à dire. Au vu du résultat, le pari me semble plus que réussi : les paroles de lycéens citées dans le rapport ne donnent pas seulement une touche de « vécu » aux débats de fond, elles font émerger des pistes crédibles de réforme, qui témoignent d’une vraie réflexion des jeunes sur leur avenir.

Sur le fond, je dois dire que je ne partage pas les jugements sévères émis ces jours-ci par les commentateurs. On lit un peu partout que ses propositions seraient trop « consensuelles » – toute la presse semble s’être donné le mot ! – et que les sujets les plus sensibles auraient été prudemment évacués. Pour ma part, en tant que chef d’entreprise au cœur des questions d’emploi, j’ai été tout particulièrement intéressée par certains aspects de ce rapport.

Un exemple : Richard Descoings affirme d’emblée que la préparation à l’insertion professionnelle figure parmi les trois objectifs du lycée, avec la transmission des savoirs et la construction de la citoyenneté. Est-ce bien original ? me répondrez-vous. C’est en tout cas un point de départ essentiel pour toute réforme du lycée général et technologique. Certains considèrent encore que la question de l’avenir professionnel, trop directement matérielle, n’aurait pas sa place dans le lieu où se dispenserait exclusivement une culture par nature « désintéressée ». C’est là, me semble-t-il, une grave erreur d’appréciation. Face à cette vision élitiste, il faut inlassablement réaffirmer qu’une insertion réussie dans le marché du travail se construit dès la période lycéenne.

Le rapport Descoings a également le mérite de prendre à bras le corps la question cruciale de l’orientation. En soulignant qu’elle est aujourd’hui trop ponctuelle et trop subie, en préconisant de bâtir une orientation continue et éclairée, le directeur de Sciences Po vise juste. Certaines des mesures concrètes suggérées pour atteindre cet objectif me semblent prometteuses : multiplication des immersions en milieu professionnel, forums métiers au lycée, bilans individualisés de compétences, réorientations éventuelles en cours d’année… Autant de pistes à creuser pour faire que chaque élève puisse choisir, en connaissance de cause, le parcours qui lui convient le mieux et qui lui assure un avenir professionnel adapté.

Enfin, j’ai été sensible à la volonté résolue de Richard Descoings de revaloriser la filière professionnelle et la filière technologique, trop souvent victimes d’une injuste stigmatisation. Plaider, comme le fait le rapport, en faveur d’une rénovation de la filière STI (sciences et technologies industrielles) est une excellente initiative : destinée à former des ingénieurs et des cadres intermédiaires de l’industrie, cette filière technologique peut s’avérer décisive pour l’économie nationale. Rompre avec une hiérarchisation élitiste des filières et construire des parcours orientés vers des métiers socialement utiles : voilà exactement le chemin que doit prendre la future réforme du lycée français.

Réactions
9
  1. Boinjour,
    Je suis de votre avis, ne croyez vous que l’on devrait aller plus loin, cad que nous devrions insister fort auprès de ceux qui orientent les jeunes en France sur le fait que tout devient global surtout les offres d’emplois, cad que des entreprises francaises peuvent embaucher des non-francais quand ils recherchent une compétence, voir la nationalité de CEO en France. Surtout de les préparer à aller travailler dans d’autrezs pays. Mais, pour cela il faudrait que ceux qui donnent les « guidelines » au niveau national devraient avoir une petite experience des offres actuels et futurs au niveau mondial!!!!
    Pour ma part j’explique à mes filles que la meilleure issue/expérience est d’entreprendre, ici ou ailleurs. Je me souviens que B. Gates allait rechercher ses futurs employés au sein d’une association « Startupfailure ».
    Quand croyez vous que nos professeurs de Lycée se mettront à proner l’entreprenariat?

     
     
  2. Valérie

    Bonjour,
    les filières technologiques comportent une deuxième branche, les S.T.L : Sciences & Techniques de Laboratoires, en biologie ou chimie. Ces deux bac permettent d’obtenir ensuite un BTS ou un DUT, suivi d’une licence professionnelle. Mes anciens élèves ne sont pas en mal de trouver du boulot ! Il n’y a pas que les S.T.I !

     
     
  3. Françoise Gri

    Vous avez raison : et si le baccalauréat STL est un bac technologique qui mène généralement vers des études courtes de type DUT/IUT ou BTS, il faut noter que certains bacheliers intègrent des écoles d’ingénieur de qualité dans le domaine de la chimie, de la biologie ou de la physique. Avec des débouchés dans des métiers porteurs (santé, environnement…) ! Mais c’est encore malheureusement un bac trop « confidentiel » : à peine plus de 8200 élèves en première à la rentrée 2006 (dont 55% de filles).

     
     
  4. Faïda et Lamia

    Nous partageons totalement l’idée qu’il est fondamental d’appréhender les aspirations professionnelles des jeunes au lycée en vue de leur proposer une orientation qui sera la plus à même de les satisfaire et que souvent leur choix d’orientation est subi. Cependant, nous regrettons que l’accent n’est pas suffisamment mis sur les questions en matière de besoins de formation et la qualité des apprentissages reçus.
    Il nous semble,qu’il s’agit des sources du problème de l’insertion des jeunes dans la vie professionnelle.

     
     
  5. Dominique Casalta Vaughan

    Pourquoi ne pas adopter l’attitude plus pratique des Pays Anglo-Saxons. Encourager les etudiants a poursuivre des etudes superieures a l’Universite puis les former dans les Entreprises au plus pres des necessites de celles ci. Faire des tetes bien faites mais aussi moins sures de leur superiorite et donc plus a meme d’apprendre et de se remettre en question?
    J’ai moi meme apres une preparation tout a fait litteraire a Normale sup suivi ce chemin et poursuivi une carriere commerciale en Grande Bretagne, apres une formation offerte par ma Societe. Cela aurait ete impossible dans la France des annees 80. Amicalement Dominique Casalta Vaughan

     
     
  6. cecile

    Nous sommes effectivement confrontés à un extrême paradoxe : des jeunes ignorants des possibilités qui s’offrent à eux face à un choix quasi définitif d’orientation en fin de 3eme (à 15 ans!!, des parents appeurés qui « poussent » leurs enfants dans des filières générales convaincus que seules des etudes longues peuvent les préserver; des profs tous puissants qui ont parfois une vision toute personnelle de leur mission d’accompagnement de leurs élèves, et des entreprises qui n’arrivent pas à recruter.

    En tant que mère d’un jeune de 15 ans, je viens de vivre une année remplie de jugements negatifs, de frustration et d’incompréhension. En bout de course, mon fils intègre une filière STI qui semble lui convenir… mais sans l’aide d’aucun de ses professeurs ou des responsables de son etablissement trop soucieux de se débarasser d’un élement potentielement « plombeur » de taux de réussite au bac général ! Mais grâce à un stage de decouverte d’entreprise bien ciblé et particulièrement riche grace à l’investissement des professionnels qui l’ont accueilli.

    En tant que recruteur, je suis confrontée à la pénurie de main d’oeuvre qualifiée.
    On parle de Bac STL qui peut déboucher sur des metiers d’ingénieur. Certes, cependant il existe un terrible pénurie de jeune entrant dans la vie professionnelle après le BAC et bon nombre de postes d’opérateurs de production pharmaceutique restent vacants.
    La situation du BTP semble s’améliorer. Le centre de formation des apprentis de ma région a enregistré plus de 1000 demandes pour 950 places à la rentrée 2009.
    La branche professionnelle a enfin réagit et les efforts paient.
    Il va aussi de la responsabilité des entreprises, par le biais de leur representation, de faire le nécessaire en communication, en formation intitiale ET continue pour assurer l’insertion professionnelle adequate et qui corresponde au marché.

     
     
  7. Dominique Casalta Vaughan

    Tout a fait d’accord, mais on ne peut repousser les entreprises pendant toute la formation de deuxieme et troisieme cycles des jeunes avec un effet ‘Tour d’Ivoire’ puis se reveiller tout a coup et les accuser de ne pas faire de formation suffisante. C’est une question de partenariat. Il me semble que l’Education nationale n’evolue toujours pas avec son temps et par ailleurs n’offre meme plus une Education de qualite intrinseque.

     
     
  8. Nossereau Alain

    Mais aussi les entreprises jouent-elles toujours le jeu de l’emploi de jeunes ? J’enseigne en BTS Assistant de direction (de manager). Dans ma région (Var), j’observe que, beaucoup de mes étudiantes, pourtant diplômées (et ce diplôme n’est pas « donné »), éprouvent la plus grande difficulté lors de leur insertion professionnelle (surqualification par rapport à l’emploi proposé, précarité, faiblesse de la rémunération proposée, absence de perspectives…) à tel point que beaucoup d’entre elles préfèrent continuer des études et différer la recherche d’un emploi.

     
     
  1. thomas rudelle

    Francois gri (manpower france) Rt @versac: Une réaction intéressante au rapport Descoings. http://bit.ly/12YzMx

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>