Chine, législation du travail et gestion des talents

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Chine. Hier, la journée a été largement écornée par le voyage et les formalités. Quittant le Japon, et arrivant à Shangaï, le contraste est frappant. Le bruit, tout d’abord, qui vous saisit dès votre arrivée. Une rudesse manifeste, ensuite, dans les rapports entre individus – rudesse qui se traduit par une qualité de services sans commune mesure avec celle dont la société japonaise s’enorgueillit à juste titre.

Je dîne avec Lucille Wu, Managing Director of Manpower Greater China: en quelques années, elle a su construire une position de leader pour Manpower Professional dans le domaine de la chasse de tête. Dans le cours de la conversation, j’apprends qu’elle tient un blog (en chinois, bien sûr…) sur Netease, « the leading interactive online and wireless community in China ». Jusque récemment, elle y livrait ses expériences et conseils en matière de recrutement et de gestion de carrière des profils rares et « pointus », dans un contexte d’hyper croissance, me raconte-t-elle. Avec un poids important dans le domaine de la finance, le secteur le plus touché aujourd’hui par la crise. Ce qui bien évidemment complique aujourd’hui considérablement son discours…et surtout son business. De façon plus globale, ici comme ailleurs, les effets de la crise sur l’emploi sont sensibles : licenciements, bien sûr et moindre croissance des recrutements, en particulier dans le secteur industriel, quasi gel dans le secteur financier…et dans les multinationales implantées ici.
Du coup les motivations commencent à changer… et les entreprises locales sont regardées d’un autre œil : elles se mettent à rivaliser avec l’attractivité jusqu’ici sans partage des grandes multinationales. Une attractivité puissante, observée ces dernières années, car promesse de formation, d’évolution de carrière et, bien sûr, de meilleurs salaires…et qui donc est fortement ébranlée aujourd’hui.

Le lendemain, grande journée riche à nouveau de rencontres, de découvertes et d’échanges. Manpower China, c’est une longue série de succès : en 2005, les équipes (70 collaborateurs environ) étaient implantées dans cinq villes. Elles sont aujourd’hui présentes dans 19 villes et emploient plus de 550 salariés. Mais aujourd’hui, les collaborateurs sont manifestement sous pression : les résultats de Manpower China ne seront pas comparables en 2009 aux exercices précédents… Néanmoins, ce qui m’a le plus frappé aujourd’hui, chez mes interlocuteurs, c’est la constance et la qualité de leurs discours sur le parcours professionnel… Cette volonté de former, de faire progresser, une véritable fierté d’exercer à ce titre, chez Manpower, un métier bien particulier: autant de valeurs affichées et revendiquées de façon incroyablement mature par une équipe dont la moyenne d’âge est de…28 ans !

Autre constat marquant: les incroyables perspectives et les opportunités innombrables, plus particulièrement pour une marque comme la nôtre. Le véritable challenge consiste à développer l’activité « Travail temporaire » dans un contexte réglementaire qui vient de changer, qui changera sans doute encore… et qui n’est, pour le moment, pas toujours scrupuleusement respecté, loin s’en faut !

Un an avant les Jeux Olympiques de Pékin, l’année 2007 a été proclamée « Année du droit du travail », et après d’innombrables débats, une loi sur le contrat de travail est entrée en vigueur le 1er janvier 2008 (la dernière loi sur le droit du travail remontait à 1994…soit une éternité pour un pays dont on dit que cinq ans équivalent à une génération !). Cette nouvelle loi impose donc un contrat de travail écrit. Mais cet impératif est très diversement apprécié : on estime que seuls 20 à 30% des travailleurs en disposent aujourd’hui car de nombreux secteurs de l’économie s’en privent volontairement (construction, restauration, extraction minière…). Le ministère chinois du Travail souhaite porter de ce taux à 80% et des sanctions financières sont donc prévues pour les entreprises qui ne respectent pas cette obligation nouvelle. Par ailleurs, les embauches se font sur poste précis donc et les licenciements doivent être justifiés. Autre progrès : l’interdiction de licenciement, qui était réservée aux femmes enceintes et aux accidentés du travail, a été étendue aux seniors, aux salariés proches de la retraite ou ayant travaillé plus de quinze ans pour le même employeur. Alors que les syndicats libres n’existent pas (la Chine n’a pas ratifié les conventions de l’OIT sur la liberté d’association), le texte contient néanmoins un volet « social » selon lequel l’unique centrale syndicale (qui n’en est pas vraiment une, au sens occidental du terme…) doit être informée des projets de licenciements. Au passage, les services ‘HR’ sont autorisés et formalisés. Le travail temporaire, lui, est légalisé ; mais la loi prévoit que les collaborateurs intérimaires sont formellement employés dans un cadre contractuel obligatoire et non révisable de… deux ans ! Ce qui, bien évidemment, constitue un gros risque de gestion pour l’entreprise de travail temporaire.

Reste à tout cet arsenal juridique à entrer en vigueur…

Au-delà de ces conditions réglementaires, la mobilité constitue aujourd’hui un problème considérable ; en effet, alors le gouvernement souhaite encourager l’implantation d’entreprises dans des villes intérieures et « secondaires » (par rapport aux 4 métropoles que sont Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen) la mauvaise portabilité des droits sociaux entre provinces entrave les flux migratoires indispensables à ces implantations. Avec pour conséquence qu’environ 50% des travailleurs « migrants » sont de facto dépourvus de couverture sociale.

Je finis la journée par une vidéoconférence avec le team de Hong kong…et alors là encore un tout autre monde ! Ce « zapping » culturel est passionnant mais nécessite pas mal de capacité d’adaptation…et parfois de diplomatie !

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Réactions
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  1. Je souhaiterai remercier Madame GRI pour cet apport enrichissant. Le point de vue est un arrêt sur image d’une femme chef d’entreprise occidentale qui prend soin de capter et de relater une situation dans le monde du travail en Chine. Pour la chute, ce billet est à l’image de votre capacité d’adaptation. Je me suis permis de reprendre certains paragraphes qui viennent compléter ma veille d’informations du monde du travail temporaire et de vous citer sur mon blog.
    Au plaisir de vous lire. Cordialement.

     
     
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