Crise, reprise et « modèle français »
Depuis quelques jours, les observateurs commentent quelques « rayons de soleil », c’est-à-dire des premiers signes d’éclaircie pour l’économie française. Sont-ils fiables ? Dominique Seux, ce matin, s’amuse: « les meilleurs indicateurs aujourd’hui, c’est la consommation d’électricité et le moral des patrons … belges qui, on ne sait pourquoi, anticipent bien ce qui va se passer en France ! » Et surtout, sont-ils purement hexagonaux ? Il faudrait pour cela reconnaître la spécificité d’un système économico-social à la française.
A dire vrai, j’ai toujours considéré avec une grande réserve le débat qui oppose les adversaires et les partisans du « modèle français ». Les rapports de force entre les deux camps ont certes beaucoup évolué avec la crise, et dans un sens qui meurtrit moins notre orgueil national: après avoir subi pendant de longues années les railleries des Anglo-saxons, la France reçoit maintenant leurs hommages – jusqu’au magazine américain Time, écrivant en septembre dernier que les Etats-Unis étaient en passe de devenir, au fil des interventions massives de l’Etat fédéral dans l’économie nationale, « une France avec une plus mauvaise nourriture » !
Certains y ont vu l’hommage du vice à la vertu – si longtemps outragée et enfin reconnue. En vérité, il me semble que nous ne méritons « ni cet excès d’honneur, ni cette indignité« . Appliquons-nous à faire la part des choses.
La France souffre-t-elle moins que les autres pays de la crise ? Sans doute.
La récession, en 2009, y sera au moins aussi forte qu’aux Etats-Unis, mais probablement moins forte qu’en Allemagne ou en Espagne. Le régime d’assurance-chômage permet d’amortir le choc de la crise pour ceux qui perdent leur emploi. Les retraites, surtout, sont préservées parce que fondées pour l’essentiel sur la répartition, tandis que les retraités des pays qui s’appuient sur un système par capitalisation vont souffrir durement de la chute des marchés d’actions.
Mais si l’on y regarde de plus près, on voit bien que parler d’une « exception française » n’a, dans ce domaine non plus, pas beaucoup de sens. D’abord parce que l’intégration économique européenne est telle qu’une récession sévère en Allemagne (où les économistes de la Commerzbank parlent maintenant d’une rétraction susceptible d’aller jusqu’à 7 points de PIB en 2009) constitue également une très mauvaise nouvelle pour la France. Ensuite parce que les facteurs qui expliquent que la France soit pour l’heure relativement moins touchée que la plupart de ses partenaires sont ambivalents.
Si l’Allemagne souffre plus que la France, c’est parce que ses PME, en pointe dans l’exportation de biens d’équipement, sont les premières touchées par l’effondrement de la demande mondiale ; elles seront aussi les premières à bénéficier de la reprise. Si le chômage augmente plus vite Etats-Unis qu’en France, c’est parce que le droit du travail y rend possible des ajustements très rapides des effectifs aux évolutions de la conjoncture ; cette différence jouera dans le sens inverse lorsque l’activité redémarrera.
L’apologie du « modèle français » recèle en réalité un vrai risque : celui d’agir comme un anesthésiant sur la volonté de réformer notre pays. De quoi souffrions-nous, avant cette crise ? Du sous-emploi des salariés de plus de 50 ans ; d’un taux de chômage structurel élevé ; d’un ascenseur social de plus en plus grippé ; de prélèvements sociaux et fiscaux élevés, pesant sur l’activité des entreprises, et tournés pour partie vers le financement de déficits publics excessifs. Ces faiblesses, n’attendons pas de la crise qu’elle les transforme en autant de forces ; soyons plutôt lucides, et reconnaissons qu’elles en sortiront probablement aggravées.
Pour autant, la crise révèle aussi que, sur plusieurs points, notre pays a su se préserver des excès dont nos partenaires règlent aujourd’hui la facture : l’endettement des ménages y est resté relativement modéré ; le secteur bancaire a globalement mieux maîtrisé ses risques, si bien que les banques françaises souffrent moins de la crise que leurs homologues américaines, britanniques ou allemandes.
Mais cela nous autorise-t-il à nous ériger en modèle ?




Commentaires »
Gerard E. Stein
Oui les banques françaises ont moins souffert que les autres, c’est leur frilosité qui en est la principale raison. Si elles restent frileuses, ce qui semble etre le cas, c’est la France entiere qui va souffrir encore plus a la reprise.
Philippe
Un article (en anglais) sur cet américain qui distribue son CV aux automobilistes bloqués sur la bretelle d’accès à l’autoroute:
http://www.portlandtribune.com/news/story.php?story_id=123984496254591400
vonie
Bonjour,
Oui la crise est là et tout le monde en échange, nous avons eu de nombreuses modifications dans le paysage du chômage et de nombreux changements pour accompagner les demandeurs d’emploi dans cette tornade économique, on pouvait espérer des moyens mieux pensés en efficacité, on a développé un carcan administratif qui ne profite pas aux demandeurs d’emploi.
Les petites structures de conseil en ressources humaines qui travaillaient en autonomie sont asphyxiées et pourtant ont expérimenté et accumulées une expérience forte.
Aujourd’hui les structures d’intérim se positionnent pour répondre à ces marchés.
Un échange de retour d’expérience entre nos « petites entreprises » proche du terrain dans l’accompagnement auprès des demandeurs d’emplois et vous qui pouvez apporter de fabuleux moyens ? un rapprochement ?, je serais très intéressée pour vous rencontrer afin d’en échanger.
Peut être est ce le moment les appels d’offre sont en cours .
parier
De quel système économico-social « à la Française » parle-t-on ?
Il est remis en permanence en question, confronté qu’il est aux dures réalités de la globalisation, avec une perte programmée de tous les avantages prétendus acquis ! Arrêtons de rêver.
Théo
Une Argentine en France
Article très intéressant surtout quand on le lit en octobre 2009 et qu’on voit la reprise pointer le bout de son nez en France quand d’autres pays sont encore dans le tunnel.
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