Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression (suite) ?

Dernières heures à Milwaukee avant mon vol de retour en France.

Le président de la Réserve fédérale de Dallas, Richard Fisher, vient d’annoncer que le taux de chômage aux Etats-Unis pourrait dépasser les 10% d’ici la fin de l’année. Comme je l’indiquais il y a quelques jours,  l’Amérique pourrait donc malheureusement redécouvrir le fléau du chômage de masse.

Faut-il y voir, pour les travailleurs américains, le prélude d’une période qui n’aura rien à envier à celle de la Grande Dépression ? Si l’on est (heureusement) encore loin de la période de détresse illustrée par un Steinbeck ou le photographe Walker Evans, le parallèle ne semble pas moins tentant.

Comme en 1929, la crise actuelle a été précédée d’une période de spéculation boursière et d’un boom immobilier, qui ont suivi une première récession (1921 ; 2001) rapidement résorbée quelques années auparavant. Comme en 1929, ce sont les industries de biens d’équipement (notamment l’automobile) et les emplois correspondants qui sont les plus touchés, même si les autres secteurs ne sont pas épargnés.

Mais le parallèle s’arrête là : si le déclin de la production américaine est aujourd’hui réel (-6,3% en rythme annuel au 4ème trimestre 2008, plus du double en ce qui concerne la production industrielle) et l’accroissement du taux de chômage préoccupant, on est encore loin des chiffres atteints lors de la Grande Dépression. A l’époque, c’est de 25% à 30% que recule le PIB (entre 1929 et 1933), tandis que le chômage frappe près d’un actif sur quatre… La situation de l’emploi est en réalité à l’époque encore plus grave, puisqu’il faut tenir compte que la population active comportait une proportion considérable (près de 20%) d’agriculteurs échappant au chômage (sans être toutefois épargnés par la misère), ce qui fait qu’un taux de 10-15% apparaissait déjà comme considérable. D’autre part, la définition «rétrospective » du chômeur (ie, exclusivement celui qui avait perdu son emploi) ne tenait pas compte des travailleurs potentiels comme les jeunes diplômés ou les femmes cherchant à entrer dans le monde du travail. Enfin – et c’est un point crucial – il ne faut pas oublier qu’à l’époque les travailleurs américains ne bénéficiaient d’aucune protection sociale, puisque celle-ci fut mise en place pendant le New Deal.

Il n’en demeure pas moins que les perspectives liées à la situation actuelle de l’emploi aux Etats-Unis sont préoccupantes, et risquent de mettre à l’épreuve la cohésion sociale du pays.

Premièrement, si l’une des principales explications du dynamisme de l’emploi aux Etats-Unis tenait à la formidable mobilité de ses travailleurs, celle-ci est aujourd’hui mise à mal. Conséquence de la politique d’accession à la propriété menée par l’administration sortante et de l’effondrement du marché immobilier, un nombre de ménages croissant se trouve aujourd’hui « coincé » avec un bien dont la valeur est inférieure à la dette contractée. Résultat, entre 2007 et 2008, seuls 11.9% d’entre eux ont déménagé, soit le chiffre le plus bas depuis les années 1940…

Deuxièmement, si, contrairement aux idées reçues, la protection sociale aux Etats-Unis est réelle, depuis les réformes engagées dans les années 1990, l’aide sociale est le plus souvent attachée à l’occupation d’un emploi ; or l’efficacité du workfare dans la réduction de la pauvreté risque d’être remise en question avec l’apparition du chômage de masse

Enfin, apparaissent dès aujourd’hui des tensions entre des populations hier séparées et désormais en compétition pour les mêmes emplois : immigrants illégaux et travailleurs « wasps » en Californie, jeunes contre vieux ailleurs

Toutefois, je préfère croire en la formidable capacité des américains à rebondir, leur sens de l’initiative et leur créativité, jamais démentie par le passé, pour surmonter l’épreuve actuelle. Qui sait si derrière la multitude de micro-entreprises qui se créent actuellement – dont beaucoup relèvent certes d’un « entreprenariat forcé », ne se cache pas le renouveau de l’économie américaine ?

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  • Gerard E. Stein

    Bonjour,
    Je rebondis sur la capacité formidable des ameriains a creer, et pourtant eux ne sont pas du tout aidés financièrement. J’ai suivi leur formation organisée par la SBA à LA, les cours payants (20$) sont donnés bénévolement par des retraités très expérimentés de l’association SCORE et l’ambiance est super motivante, tous les corps de métier que l »entrepreneur devra cotoyer viennent expliquer leur métier et surtout donner des conseils pratiques, comme les inspecteurs des impots qui sont super coopératifs.
    Mais aussi dans de nombreux pays en développement que j’ai eu l’occasion de visiter, ce sont les femmes qui créent un petit business pour faire vivre leur famille. Dans certaines très grandes capitales, le nombre de salarés ne dépasse pail n »y a pas plus que 15% des gens qui sont salariés.

  • Philippe

    C’est vrai que les Américain(e)s sont très entreprenants mais la réalité est sombre pour beaucoup de gens dont tous ceux qui ont perdu leurs retraites. N’oubliez pas non plus le creusement incroyable des inégalités qui est en grande partie responsable de l’appauvrissement de la classe moyenne et des plus pauvres.
    Sans modification des conditions (notamment fiscales) qui causent ces inégalités, la pauvreté continuera d’augmenter.

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