Emploi aux Etats-Unis : le retour de la grande dépression ?

Je serai toute la semaine prochaine aux Etats-Unis, à Milwaukee, dans le Wisconsin où se trouve le siège social de Manpower Inc. Et il se trouve que le Bureau of Labor Statistics doit présenter ce vendredi la situation de l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de mars ; si l’on en croit le consensus des économistes, les destructions d’emplois devraient s’établir à 654 000 postes, ce qui devrait ramener le taux de chômage à 8,5% de la population active. Certains analystes sont même plus alarmistes, comme Nigel Gault d’IHS Global Insight, qui prévoit jusqu’à 750 000 destructions de postes pour le mois de mars – un chiffre inédit depuis 1949 – et un taux de chômage de 8,6%. Les quelques signes de reprise que certains croyaient voir ces derniers jours – redémarrage fébrile de la consommation des ménages et stabilisation du marché immobilier – ne se traduiront donc pas dans les statistiques de l’emploi.

Au cours des trois derniers mois, il faut bien dire que le rythme de destruction des emplois a frappé par son ampleur, déjouant par deux fois – en décembre et en janvier – les prédictions des analystes. Depuis le début de la récession, en décembre 2007, l’économie américaine a perdu au total plus de 4,4 millions d’emplois – les statistiques de vendredi devraient porter ce chiffre à plus de 5 millions – et le nombre de chômeurs atteint désormais 12,5 millions. Si le taux de chômage national s’élevait en février à 8,1%, les disparités sont fortes selon les Etats ; dès janvier, quatre d’entre eux – Californie, Caroline du Sud, Michigan (berceau de l’industrie automobile) et Rhodes Island – présentaient un taux de chômage à deux chiffres.

Il convient d’ajouter que ces statistiques ne présentent qu’une partie de la réalité : si l’on ajoute aux chômeurs « officiels » les personnes qui ont cessé de chercher du travail, on arrive à 9,3% de la population active, voire même 14.8% si l’on tient compte de celles qui ont été contraintes d’accepter un temps partiel. L’Amérique semble ainsi redécouvrir le fléau du chômage de masse, qu’elle croyait réservé à la vieille Europe…

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Commentaires »

  • Laurent

    Madame GRI,

    Ne sommes nous pas à l’aube de l’inversion des shémas directeurs de l’économie ?
    Effectivement, c’est la non intervention de l’état américain pour sauver Lehman Brothers qui a plongé le monde dans la crise.
    C’est l’intervention des états qui a sauvé le systéme financier mondial.
    Ce sont les nationalisations partielles des multinationales qui tentent de garantir la confiance.
    Et dans ses bouleversements, nous entendons aujourd’hui notre Premier Ministre élogieux sur notre système de protection social.
    Pensez vous que, comme pour sauver l’économie, la réponse du chômage de masse passe par le réinvestissement de l’état dans les structures nationales de recherche d’emploi ?

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