Location entre particuliers, quelles sont les limites de la concurrence déloyale ?

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Jestcocke, Uber, blablacar, e-loue… on ne compte plus le nombre d’intermédiaires on line à s’être engouffrés dans la brèche de « l’économie de partage », autrement dit du commerce entre particuliers. Sur le papier, ce sont des modèles innovants et tout le monde y gagne. Qu’il y ait de la destruction de valeur et des perdants parmi les professionnels installés émeut peu, c’est la rançon de l’innovation et le début des bouleversements que va provoquer l’économie numérique.

Loin de me désintéresser du sort de ceux qui n’évoluent pas dans la sphère du tourisme, je suis évidemment beaucoup plus attentive à ce qui se passe dans mon secteur, et plus particulièrement le meublé touristique.

Bien sûr la location entre particuliers ne date pas d’hier (l’association Gîtes de France, pionnière du genre date du début des années 50), mais ce qui est nouveau, c’est le niveau quasi industriel dans lequel elle s’est engagée, depuis le développement d’Internet. Un développement gigantesque et planétaire stimulé par une kyrielle de nouveaux intermédiaires tels holidaylettings, villas.com… et bien sûr AirBnB. Créé il y a seulement 6 ans, par 3 Californiens, le site est désormais valorisé à hauteur de 10 milliards de dollars, soit plus qu’un groupe hôtelier comme Hyatt, par exemple !

Joli succès, c’est certain, sauf qu’en dehors du fait qu’il soit moderne et numérique, il est aussi fondé sur des pratiques à la limite de la légalité dans certaines villes et qui échappent en grande partie à la fiscalité à laquelle sont confrontés les professionnels du tourisme. A Paris, selon AirBnB (Le Parisien du 19 mai) 17% ne se contentent pas de louer leur propre logement à l’occasion, mais en font un véritable business à part entière. Quant à la taxe de séjour, que doivent payer tous les hôteliers, il est fort peu probable que beaucoup de « loueurs du dimanche » s’en acquittent. Et je ne parle pas des normes de sécurité et d’accessibilité auxquels les professionnels sont soumis et qui pèsent très lourd dans le compte d’exploitation.

Comprenez-moi bien, mon propos n’est surement pas de réclamer un frein à de nouveaux modes de consommation et à de nouveaux modèles d’intermédiation. Qu’un particulier décide de louer son appartement à un prix largement inférieur à celui d’un professionnel c’est évidemment son droit, que le client y trouve son compte c’est possible, et il revient aux professionnels de développer et démontrer leur valeur ajoutée. Par contre, si c’est parce que la fiscalité et les règles ne sont pas les mêmes, c’est une autre histoire…

Il me semble donc urgent que le dossier soit pris en main par le gouvernement et les collectivités territoriales pour que l’on trouve les règles qui permettront un certain équilibre entre les particuliers et les professionnels en même temps que les mécanismes qui permettront de les faire appliquer (ce qui va aussi nécessiter un peu d’innovation…)

Nous ne sommes qu’au début des bouleversements que va provoquer le développement de l’économie du partage boosté par le digital. Savoir définir la ligne de démarcation entre l’innovation et la concurrence déloyale sera indispensable pour que cette nouvelle économie crée autant de valeur qu’elle ne va en détruire !

 

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