Pénurie d’emplois, pénurie de compétences

Depuis plusieurs décennies, la France peine à maintenir ses seniors dans l’emploi. Malgré les deux épisodes de baisse marquée du chômage (1998-2001 et 2005-2007) dont notre pays a bénéficié au cours des dix dernières années, la situation ne s’est améliorée qu’à la marge: fin 2007, le taux d’emploi des 55-64 ans en France restait encore inférieur à 40%. Bien loin, donc, des 50% que les pays de l’Union européenne, réunis à Stockholm s’étaient collectivement fixés pour objectif en 2001.

Parmi les facteurs à l’origine de ce mal français, il y a la conviction largement répandue selon laquelle le retrait précoce des seniors du marché du travail constituerait en quelque sorte un moindre  mal: il permettrait de mieux préserver l’emploi des jeunes salariés, tout en permettant de profiter plus tôt de leur retraite, dans des conditions financières souvent relativement favorables.

Cette vision du marché de l’emploi a heureusement été battue en brèche au cours des dernières années: des responsables politiques de tous bords ont dénoncé son inspiration malthusienne; en parallèle, les entreprises ont progressé dans la prise de conscience des effets pervers de ces pratiques, sur la préservation des savoir-faire professionnels comme sur la motivation des salariés en milieu de carrière.

Pourtant, sur ce terrain comme sur d’autres, la crise économique porte en elle  le risque d’un vrai retour en arrière. Les plans sociaux tendent de nouveau à se concentrer sur une population bien ciblée: celle des salariés en fin de carrière, dont on sait qu’ils bénéficieront d’une dispense de recherche d’emploi. Il serait trop facile de blâmer les entreprises qui procèdent ainsi: elles le font généralement parce qu’elles y voient le meilleur moyen – le moins douloureux en tous cas – pour limiter la « casse sociale« . Mais aussi brutale soit-elle, la crise ne doit pas nous faire perdre de vue ce point: dans de nombreux secteurs, les perspectives de croissance à long terme et la structure démographique des effectifs font de la préservation des savoir-faire un enjeu décisif pour les années à venir. 

Autrement dit, la France va souffrir, dans les mois à venir, d’une pénurie d’emplois; les entreprises devront vivre avec ce paradoxe que cette crise de l’emploi ne sera pas nécessairement exclusive d’une pénurie de compétences.

2 Commentaires »

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  • FOURDIN NATHALIE

    J’ai accompagné des seniors demandeurs d’emploi lors de ma précédente expérience professionnelle. Les seniors s’ils sont préparés dans leur recherche de poste ont encore un capital savoir-être et compétences à apporter aux entreprises. Le tout est qu’ils en soient convaincus et qu’ils soient convaincants lors de leur entretien. Avec de la préparation et de la prospection ciblée, on peut arriver à repositionner des seniors en entreprise. Rien n’est impossible avec un peu de bons sens et des actions ciblées !!!!!!

  • sebastien Chardon - SC

    Bonjour. Malgré la date de sa 1ere diffusion et compte tenu d’une récente actualité, permettez moi de rebondir et d’attirer l’attention sur l’intervention de Patrick PLEIN (Directeur du développement et des RH – VINCI).

    Vous en avez eu probablement échos : http://www.dailymotion.com/video/x6vefs_vinci_news.

    Elle illustre bien la nécessité de préserver les savoir-faire, enjeu décisif pour les années à venir. Elle rejoint aussi les préoccupations de certains, comme exprimé sur VIADEO au cours de la « newsgroup > Augmenter le taux d’emploi des seniors »

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