Tourisme : ne nous reposons pas sur nos lauriers !

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C’est une tradition : le Salon du Tourisme se tient ce week-end à Paris, Porte de Versailles. Un rendez-vous annuel attendu par tous les acteurs du secteur, qui vont pouvoir y exposer leurs atouts, nouer des contacts, discuter des nouvelles tendances. Un rendez-vous qui, pourtant, est loin de susciter l’écho médiatique du Salon de l’Agriculture, point de passage obligé des politiques de tout bord, qui tous les ans y voient une occasion de porter un diagnostic sur la filière agricole.

Le tourisme est pourtant un atout majeur pour la France, qui mérite qu’on s’y intéresse de plus près. Sa contribution au PIB national est de 7% (9% si on inclut les implications indirectes). Il fournit plus de 2 millions d’emplois. C’est l’un des (rares) secteurs qui contribuent positivement à la balance commerciale du pays.

Et pourtant… on ne parle que très rarement du tourisme et on ne se préoccupe pas du tout des conditions du maintien ou du développement de sa contribution économique à la France. Pourquoi ?

D’abord parce qu’en France, les politiques préfèrent s’inscrire dans la mythologie de l’industrie lourde et des cheminées d’usine que dans le développement des services dont ils ne comprennent toujours pas l’importance dans la dynamique de l’économie mondiale. Et quand il faut caricaturer les enjeux, on déclare qu’on ne va tout de même pas laisser notre pays devenir un musée ou un parc à thèmes pour les classes enrichies des pays émergents…

Parce qu’il y a, aussi, cette croyance bien ancrée que le tourisme est une richesse « naturelle » pour la France : assurance que notre patrimoine hérité d’une riche histoire continuera d’attirer sur sa seule réputation des millions de visiteurs. Illusion que nos paysages et notre gastronomie feront à jamais la différence. Et puis Paris sera toujours Paris, n’est-ce pas…

Et pourtant ces atouts ne sont pas pour autant une rente. Aucune situation n’est acquise. Déjà, on voit poindre des signes de décrochage dans un marché du tourisme mondial qui évolue grandement.

Les commentateurs se focalisent sur les 83 millions de touristes qui passent chaque année par la France, ce qui nous place en haut du podium de ce point de vue. Mais ce chiffre ne dit pas la réalité de notre attractivité pour les touristes internationaux. Déjà en 2000, pour 100 touristes étrangers reçus, la France en accueillait 108, l’Espagne 127 et l’Allemagne 160. En termes de recettes, nous sommes descendus de la première à la troisième place (et en passe d’être rattrapés par la Chine). Et ce n’est pas une question de grande masse : par exemple un touriste en Espagne dépense près de 40 % de plus qu’un touriste en France.

Bien sûr, il est trop tôt pour parler de déclin, encore moins pour décréter que cette tendance est inéluctable. J’en suis convaincue : nous avons toutes les cartes en main pour conserver notre place, à condition de prendre conscience de l’importance du tourisme, pour l’emploi et pour la création de valeur.

Plusieurs challenges me paraissent devoir être relevés, certains d’entre eux nécessitant une prise de conscience des pouvoirs publics et une vraie collaboration public/privé.

J’en vois au moins quatre :

Optimiser les conditions pour que l’expérience touristique soit exceptionnelle. La facilité des transports et des transits, la sécurité, la qualité de l’accueil de la part de tous, l’assouplissement des horaires d’ouverture des lieux de visite et des commerces stratégiques (car oui, le shopping est devenu une activité touristique à part entière) : voilà autant de conditions nécessaires à la réputation et à l’attractivité d’une destination, conditions sur lesquelles nous avons des progrès sérieux à réaliser.

Maintenir une qualité élevée des infrastructures d’hébergement. Notre réseau d’hôtellerie, nos résidences de tourisme créés majoritairement avant les années 2000 doivent continuer à répondre aux attentes des touristes et soutenir la comparaison avec les hébergements de destinations plus récentes. Climatisation, surfaces plus importantes, équipement, autant de sujets qui vont demander un effort significatif d’investissement si la France veut rester compétitive.

Valoriser l’orientation professionnelle vers la filière tourisme. Le tourisme, c’est une chance, génère une multitude d’emplois non délocalisables, dans l’accueil, la restauration, l’entretien. Mais c’est aussi, et de plus en plus, une activité à haute valeur ajoutée, attractive pour qui souhaite innover, qui nécessite des profils de managers, de designers de services, d’experts du marketing rompus à la maîtrise des données. On est loin de l’image d’Epinal du « gentil organisateur » véhiculée par le cinéma !

Conquérir de nouveaux clients, à l’heure du digital. Dernier challenge, et non des moindres : savoir toucher et convaincre une clientèle mondialisée, à qui s’offre désormais une multitude de choix à portée de clic. Le digital, j’y reviens souvent sur ce blog, constitue un défi pour un grand nombre d’acteurs de la profession. Les Booking, Expedia etc.. qui sont nés de la première vague d’impact du numérique ne sont pas français. Il est encore temps pour les acteurs nationaux de se positionner dans la deuxième vague, celle de l’adoption du big data. .

Le fil rouge derrière tous ces chantiers, c’est le passage d’une vision quasi-entièrement centrée sur les infrastructures d’accueil à une approche tournée vers le client. Vers la compréhension et la satisfaction de ses besoins, avant et pendant le séjour. C’est en accomplissant cette mutation que nous pourrons conserver un leadership aujourd’hui menacé.

Réactions
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  1. Françoise Clermont

    Merci Françoise pour cet article auquel j’adhère à 200%. Pour travailler depuis longtemps dans ce secteur , je constate que cette méconnaissance de la valeur et de l’apport économique du tourisme est toujours aussi forte.
    Il y a heureusement sur le terrain des professionnels et des structures touristiques passionnés qui développent de nouvelles offres, de nouveaux modes d’accueil dans l’objectif de faire vivre « une expérience unique à leurs hôtes ».
    A l’heure où les budgets des collectivités se resserrent, il est capital de considérer les enjeux du tourisme comme des véritables enjeux économiques pour notre pays, faute de quoi nous perdrons des parts de marché dans un environnement mondial hyper-concurrentiel.
    Parmi les leviers d’action, susciter et aider l’innovation (produit, services, marketing, digitale…) et soutenir la formation professionnelle continue de tous les acteurs du tourisme me semblent indispensables pour cette mutation.

     
     
  2. GRI

    Nous sommes bien d’accord! merci de votre réaction

     
     
  3. arthuis

    Mme Gri , je partage votre avis également. Remuer les habitudes est comme vous le savez fort difficile. Après un passage comme manager au sein de votre société actuelle et un séjour aux USA, j’essaie de créer un nouveau concept lié au tourisme.. Quelle difficulté ! et que des barrières. mais avec des points de vues comme les vôtres nous devrions parvenir aux changements nécessaire.

     
     
  4. Karl JOLY

    Madame,
    j’adhère complètement à votre analyse et mon quotidien auprès de multiples opérateurs de très très petite taille me conforte dans les idées que vous développez.
    Que de carences en stratégie d’entreprise, marketing, commercialisation, GRC,… que l’on est encore loin de cette expérience globale dont vous parlez à juste titre…
    Mais que penser des formations « tourisme »? Véritables couteaux suisses du tourisme, les jeunes diplômés ne sont pas spécialisés et je ne parle pas de la problématique du management. Les managers coach dont vous parlez dans votre interview aux échos, je n’en ai pas encore croisé ; malheureusement car l’adaptation du « patrimoine humain » des entreprises aux besoins du marché nécessite toujours plus de réactivité et de flexibilité de la part de nos collaborateurs. Il faut l’accompagner au quotidien.
    Vous avez certainement raison, l’origine de ces maux provient en partie de la place qui est donnée à notre activité dans un paysage où l’industrie lourde est passée au rang d’icône, que les start up numériques sont rachetées par les étrangers et que le tourisme est une affaire de touristes… Lorsque sont abordés des thèmes simples de l’entreprise, il n’y a qu’à observer le regard vide de bien des acteurs…quand eux mêmes ne sont pas dans le déni.
    Je reste persuadé que nous pouvons accompagner tous ces petits opérateurs bien au delà des quelques aides à l’investissement encore versées parfois en leur apportant des compétences de haut niveau qu’ils ne sauraient avoir en interne en permanence.

     
     

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