Guerre des talents: une trêve en trompe l’oeil

Une expression faisait fureur avant la crise: celle de « guerre des talents ». En avril 2008, nous avions même choisi d’en faire le thème central d’une manifestation organisée avec l’Institut de l’Entreprise. Michel Pébereau, président de BNP Paribas et de l’Institut de l’Entreprise, Karen Ferguson, DRH Monde Schneider Electric, Christian Nibourel, président de Accenture France, Charles-Henri Besseyre des Horts, professeur à HEC: tous s’accordaient alors pour considérer que, face au vieillissement démographique, la capacité à attirer et fidéliser leurs collaborateurs était appelée à devenir, pour les entreprises, un atout stratégique majeur.

Dans la morosité actuelle, ces analyses pourraient sembler d’un autre âge. Je pense à l’inverse qu’elles gardent toute leur pertinence. Dans certains secteurs ou pour certaines fonctions, la pénurie de profils spécialisés entretient toujours une compétition très rude entre les employeurs. Et si dans les autres secteurs, les protagonistes observent une trêve, la reprise qui suivra verra à coup sûr la guerre des talents reprendre de plus belle. Les entreprises qui seront demain les plus performantes sont celles qui préparent dès aujourd’hui les conditions de ce rebond – par exemple en investissant massivement dans la formation de leurs jeunes collaborateurs. Mieux préparés à leur métier, mieux au fait des enjeux de l’entreprise, ils contribueront à faire la différence lorsque sonnera – enfin – l’heure de la reprise.

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Commentaires »

  • marjorie et magaly

    Bonjour,

    Actuellement en licence professionnelle dans les ressources humaines, votre blog nous a interpellé. En effet, nous allons continuer nos études encore pendant deux ans et notre objectif professionnel est d’appartenir sur le long terme à la Direction de l’entreprise. Nous avons conscience de la difficulté du projet. Pouvez-vous nous donner des conseils pour faire face à un monde aussi masculin et où la femme est stéréotypée en ménagère? N’existe-t-il pas une personne qui pourrait contrôler et verser des sanctions pécuniaires aux entreprises qui ne respectent pas les quotas qui seront énoncés par la loi? Peux-t-on parler de discrimination sexuelle? Une telle inégalité ne devrait existée et des sanctions exemplaires devraient être prises pour faire réagir les entreprises. Par ailleurs, comment les entreprises vont-elles s’organiser face à la génération Y ( les jeunes diplômés)hommes et femmes confondus, ont tous un objectif précis qui est de monter en compétences rapidement et dont la discrimination est un motif pour poser sa lettre de démission, un turn-over serait alors trop présent, comment feront-ils? Comment peux-t-on accroître le nombre de femme au sein de la Direction d’une entreprise?
    Nous vous remercions pour vos réactions et réponses éventuelles.

    Cordialement,

    Marjorie & Magaly

    • Françoise Gri

      Merci pour votre commentaire auquel je réponds un peu tardivement, il est vrai. Deux ou trois remarques :

      Concernant votre analyse d’un « monde masculin », j’ai quand même l’impression que les choses avancent – ou disons qu’elles sont « moins pires » qu’elles ne l’ont été. Le stéréotype de la ménagère, comme vous dites, a quand même tendance à s’effriter – et il faut sans doute (malheureusement !) avoir quelques années de plus que vous pour s’en rendre compte ! Je vous renvoie volontiers au très bon rapport de Pierrette Crosemarie sur l’évolution de la situation de la femme ces quarante dernières années (1968-2008) qui prouve qu’en matière de formation, de droit du travail ou de participation à la vie politique, des progrès indéniables ont été réalisés – mais aussi que de nombreux progrès restent à faire.

      Quant aux sanctions infligées aux entreprises qui ne respecteraient pas les quotas, un récent sondage paru fin août me paraît intéressant : selon ce sondage, en effet, plus de 70% des Français se prononcent pour l’instauration d’un quota de 40% de femmes dans les instances dirigeantes des grandes entreprises (pour rappel, actuellement, les femmes sont seulement 8% dans les Conseils d’administration des 500 premières entreprises françaises.). 6% des personnes interrogées seraient hostiles à une telle mesure, ce qui prouve là encore que les choses changent. Regardez aussi le rapport de Brigitte Gresy, inspectrice générale des affaires sociales et ancienne responsable du service des droits des femmes et de l’égalité, remis en juillet et dans lequel elle préconise, pour améliorer l’égalité professionnelle, de mettre en place des sanctions en cas de manquement, soit en jouant sur les allègements de charges, soit en fixant une pénalité « dissuasive » à hauteur de 1% de la masse salariale.

      Et pas plus tard qu’hier, Nadine Morano, la secrétaire d’Etat en charge des droits des femmes, a confié au journal Le Monde qu’en matière de lutte contre l’inégalité salariale, une mesure coercitive ne lui déplairait pas : « On ne peut plus se contenter de bonnes intentions, il faut désormais avoir recours à des mesures contraignantes », explique-t-elle.

      Je dois vous avouer que cette prise de position m’a réjouie…je partage cette analyse même si je sais que les modalités techniques de telles sanctions sont complexes à déterminer pour qu’elles soient objectives…

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