Ce que change la crise (1)

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Sur le front de l’emploi, la rupture introduite par la crise depuis septembre 2008 est manifeste, et le spectre du chômage de masse fait son inquiétant retour. Dans une note récente, Patrick Artus en tire les conséquences sur l’évolution des politiques publiques en Europe: « On va donc repasser d’une logique d’économies voisines du plein-emploi à une logique d’économies de chômage élevé. Ceci pourrait entraîner une inversion des politiques du marché du travail par rapport à celles qui se mettaient en place avant la crise, avec peut-être maintenant: l’organisation du temps de travail faible (chômage partiel); le retour des retraites anticipées et la baisse du taux d’emploi des salariés âgés; l’organisation du retour des migrants dans leur pays d’origine. »

Faut-il, pour autant, revoir les réformes introduites sur le marché du travail au cours des dernières années ? Ce serait une erreur: c’est bien cette plus grande flexibilité qui avait permis à des pays comme la France ou l’Allemagne de revenir à des taux de chômage au plus bas depuis le début des années 1980. Toutefois, la crise actuelle, parce qu’elle va au-delà d’un simple retournement cyclique, met cette flexibilité à l’épreuve: des secteurs industriels entiers semblent menacés, comme celui de l’automobile, et ce sont des dizaines de milliers de salariés qualifiés qu’il va falloir reconvertir. Selon le New York Times, les « Big Three » ont supprimé pas moins de 120 000 emplois ces trois dernières années.

Toutefois, il ne s’agit pas de céder à la panique devant ces chiffres. La lecture des journaux tend à donner une vision déformée du marché du travail, parce que les médias ne retiennent que les informations les plus dramatiques et les plus spectaculaires, comme les plans sociaux qui ne concernent pourtant qu’une proportion minoritaire des emplois détruits chaque année. C’était d’ailleurs une des révélations surprenantes du très bon ouvrage de Pierre Cahuc et André Zylberberg  (Le chômage, fatalité ou nécessité, 2004), qui avait d’ailleurs reçu le prix Ressources humaines de l’Institut Manpower pour l’Emploi en 2005. Face à ces emplois détruits, qui concernent pour la plupart des secteurs dont la crise n’aura fait qu’accélérer le déclin, d’autres sont en plein essor, malgré la conjoncture actuelle: sur le seul secteur de la construction « durable », 88 000 personnes devront ainsi être formées aux techniques du développement durable. Le décloisonnement entre corps de métiers va créer de nouvelles fonctions comme celle de « l’énergéticien », un spécialiste de l’énergie dans le bâtiment, ou du poseur de panneaux solaires, qui doit être aussi compétent en matière de couverture que de chauffage, d’électricité ou de plomberie.

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