Allons chercher tous les emplois en pénurie

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Lundi, Olivier Ezratty a publié un billet qui prend le contre-pied d’un discours volontiers idéal sur le numérique comme solution à l’emploi, interpellant les angéliques du numérique sur l’impact global en créations d’emplois de cette révolution.

Mercredi, François Hollande a annoncé un plan de formation massif aux « emplois non pourvus », avec un sentiment d’urgence, et un beau chiffre rond de 100 000 personnes formées d’ici à la fin de 2014.

Enfin, il y a une dizaine de jours, lors d’une réunion du conseil d’administration de l’Institut français du Tourisme, nous parlions justement d’emploi et de formation, pointant ces deux tendances : difficulté à recruter d’un côté, impact du numérique sur les métiers de l’autre.

Cela me semble valoir de s’y arrêter un instant : le tourisme est à la croisée de ces tensions sur le front de l’emploi. Et c’est un sujet qui me tient à cœur.

Une double tension

La première tension à laquelle nous devons faire face est celle de la pénurie. Nous constatons effectivement dans le tourisme une vraie problématique d’attraction sur nos métiers. Nous manquons trop souvent de candidats qualifiés et motivés pour nos métiers de terrain, ceux qui sont au cœur de la valeur touristique : les métiers du service, de l’accueil, de l’encadrement opérationnel.

C’est vrai qu’ils sont soumis à une hausse de l’exigence des clients, à des normes de service fortes, à une technicité de plus en plus importante, mais ils proposent aussi des opportunités uniques à des personnes qui ont envie de s’engager et de progresser.

La formation est en cause, l’image de pénibilité de notre secteur également, mais aussi –la mobilité. La bonne échelle pour raisonner sur les emplois non pourvus est en général celle du bassin d’emploi. Quand nous recherchons du personnel parlant allemand pour les Trois Forêts, c’est localement en Moselle qu’il nous faut le trouver et contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est difficile. Il faut former localement, gérer des reconversions, comme je l’expliquais lors de l’ouverture de Bostalsee.

Connaissant la difficulté de ces projets de formation, de réaffectation, je me méfie par nature des solutions miracles, des cagnottes magiques et des plans d’urgence : former, adapter, aujourd’hui, c’est un travail fin, individualisé et qui doit coller aux besoins particuliers des entreprises. Saluons donc l’intention si légitime, mais sachons adapter cet effort à de vrais projets ancrés dans des territoires et restons réalistes : ce n’est pas un sujet de cagnotte magique mais il reste par contre beaucoup de mesures de bon sens à prendre, de décloisonnement des aides et programmes existants qui peuvent changer la donne 50 par 50, 100 par 100, projet par projet.

Emplois en mutation par le numérique

L’autre tension à laquelle nous devons faire face est une autre forme de pénurie, tout aussi préoccupante. A l’autre bout de la chaîne de valeur du tourisme, dans les métiers « amont », ceux du marketing, de la distribution, nous faisons face à une mutation sans précédent des métiers. Ici, la difficulté à recruter n’est pas un problème de localisation, de mobilité, mais bien de manque crucial de talents dans des métiers nouveaux.

Nous avons absorbé très tôt dans le tourisme la première vague du e-commerce et nous sommes aujourd’hui dans une deuxième vague, où les métiers à développer sont plus pointus encore et touchent aux sujets clés de cette transformation par le numérique: celle du big data et du social. Nous avons besoin de nouveaux talents, en claire pénurie, sur les métiers des données, du marketing et de la relation numérique, du design et des contenus… métiers à forte valeur ajoutée, on ne les forme pas en nombre suffisant, ni de façon opérationnelle.

Fausse opposition : vrai enjeu de valeur

Derrière l’analyse d’Olivier Ezratty, je retrouve les traces de l’idée que quelques métiers hyper productifs viendraient cannibaliser des emplois à moins forte valeur ajoutée, plus locale.

Dans le tourisme, l’emploi de service n’est pas délocalisable. Il n’est pas soumis à la même pression concurrentielle que celle de la production. Nous ne parlons pas ici de relocalisations. Développer ces filières riches, stables, dans nos bassins d’emplois, c’est crucial pour l’emploi et la contribution du secteur du tourisme au PIB.

Mais ces filières se développeront d’autant mieux si l’on travaille urgemment à la formation de ces autres emplois en pénurie, ceux du numérique. Ces métiers sont absolument essentiels pour la création de valeur du secteur, qui se déplace sur ces nouvelles compétences. Si nous ne développons pas rapidement en France une vraie filière autour de la data, autour du marketing et du commerce numérique, nous allons laisser partir de gros morceaux de valeur aux mains d’entreprises tierces, de plateformes internationales, sur des métiers eux amplement délocalisables. Facebook, Google, Booking, Tripadvisor et consorts concentrent de tels niveaux de compétence et d’agilité sur la donnée que nous prenons le risque de voir filer la valeur chez eux (et leurs taxes s’ils en payent).

C’est notre paradoxe : la délocalisation, dans le tourisme, menace aujourd’hui plus la valeur ajoutée que le volume d’emploi et c’est un problème de compétences et d’entrepreneuriat.

Le sujet est vaste. On parle de formation initiale, mais aussi d’écosystème, autour des grands groupes. Mais avant tout, on parle de métiers, de compétences. Ce développement est clé, pour le tourisme, bien sûr, mais aussi pour tous les secteurs qui sont en train de vivre la transformation numérique. Dans le passé, lors des grandes révolutions industrielles, du textile ou de la sidérurgie, des filières se sont organisées pour former à ces nouveaux métiers : c’est ainsi que sont nées les écoles d’ingénieurs, de commerce.

Le numérique bouillonne d’initiatives de formation, c’est la preuve que le secteur se mobilise, et c’est tant mieux. J’aspire à ce que le tourisme, secteur pionnier, en forte demande, y prenne sa place. Et je dirais pour rebondir sur les propos d’Olivier Ezratty : ne jouons pas les oppositions, mais construisons ces filières essentielles !

Réactions
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  1. Bonjour,
    Il y a autre chose que l’on ne dit pas assez : on peut toujours apprendre sur le tas tout au long de son parcours. Il y a dans les entreprises beaucoup de personnes qui aimeraient évoluer dans leur métier. On leur dit non, vous n’avez pas les compétences, tout ça parce qu’elles n’ont pas le diplôme adéquate qui rassure. Le recruteur, le manager, les entreprises veulent des diplômes pour se sécuriser. Ce qui les empêche de voir que bon nombre de personnes sont très capables d’évoluer dans leurs fonctions ou dans d’autres et ce qui à l’arrivée bloque tout. Ce qui par ailleurs génère un nombre croissant de frustrations, un mal être au travail qui coûte de plus en cher à tout le monde : 13500€ par an par salarié, c’est énorme. (http://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/bien-etre-au-travail/le-mal-etre-au-travail-coute-13-500-euros-par-an-et-par-salarie-8120.php?goback=%252Egde_4520281_member_262576243).
    Il serait intéressant de laisser les gens qui veulent progresser, le faire. Comme il serait intéressant de ne pas juger des compétences des uns et des autres, juste par des diplômes. Les diplômes c’est bien en début de parcours. Mais juger des compétences par les diplômes pour une personne qui a 20 ans d’expériences professionnelles, c’est idiot. Et précisément, ceux qui ont 20 ans d’expériences pro peuvent aussi très bien exercer ces nouveaux métiers, alors qu’on les écarte automatiquement, soit disant parce qu’ils ne sont pas formés. D’ailleurs, lors des recrutements, si l’on mettait les personnes en situation pour les recruter, au lieu de lire en diagonale un CV et surtout de regarder ses diplômes, on s’apercevrait sans doute que beaucoup de monde peut très bien exercer ces métiers dits pénuriques !

     
     
  2. Bonjour,
    je suis totalement d’accord avec le premier commentaire car de fois on apprend plus sur le champ que en formation donc profité de offres en ce moment d’emploi ;)

     
     
  3. cece

    je suis tout a fait d’accord le diplôme ne fait pas le travailleur . Je suis agent de voyages et une des vendeuses les plus récompensée dans mon entreprises
    et je n’ai pas eu de master ni de bts, je n’ai qu’un niveau bac. Et oui on peu apprendre sur le tas j’ai eu des patrons qui eux ont cru en moi et qui ont fait de moi la vendeuse que je suis et qui a pu progresser et j’ai depuis changer d’entreprise ! Mais dans mon poste actuelle, j’aimerai que la force de vente soit bien plus reconnu a son juste niveau ! car ce n’ai pas le cas on est pas assez bien considéré et c est bien moche !

     
     

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