L’entreprise et ses cadres: ne pas commettre les mêmes erreurs qu’en 1993

Précieuse mise en garde de François Dupuy dans le dernier numéro d’ Enjeux Les Echos : l’auteur de « La fatigue des élites«  rappelle l’impact qu’a eu la crise de 1993 sur l’engagement ultérieur des cadres vis-à-vis de l’entreprise. En se retrouvant pour la première fois affectés de la même manière que les autres salariés par les réductions d’effectifs, ceux-ci ont nourri par la suite une méfiance durable vis-à-vis des promesses managériales. Méfiance que la crise de 2001 n’a fait qu’attiser, d’où la prolifération, ces dernières années, de discours sur le « malaise des cadres« .

Aujourd’hui le parallèle avec la récession de 1993 est aisé. Nombreuses sont les entreprises prêtes à « sacrifier » une partie de leurs collaborateurs, y compris les plus qualifiés, si c’est la condition nécessaire pour redresser leur situation financière à court terme. Les crises précédentes ont pourtant montré tout le préjudice subi à moyen terme par des entreprises ayant choisi de faire de leurs collaborateurs une variable d’ajustement, au risque de se retrouver en difficulté lorsqu’il a fallu à nouveau renforcer leurs effectifs. Une fois la conjoncture revenue au beau fixe, le mal était fait: leur image auprès de leurs anciens employés – mais aussi de l’opinion, et parfois même de leurs clients – était durablement ternie.

Une piste intéressante pourrait être ici creusée. Plutôt que de se séparer de ses salariés, pourquoi ne pas leur permettre de réaliser pendant un ou deux ans un projet personnel à l’extérieur de l’entreprise, tout en leur offrant l’assurance de réintégrer leur poste par la suite ? Le système existe chez Axa, où est offerte aux collaborateurs la possibilité de mener un « projet personnel dans le cadre d’une mission d’intérêt général« , pendant une période de deux ans (qui peut être renouvelée). Durant celle-ci, le salarié conserve divers droits, comme l’accès au système de protection sociale de l’entreprise, et peut retrouver un poste de même statut que celui qu’il avait quitté.

L’entreprise pourrait aussi utiliser le levier du mécénat de compétence, en détachant certains de ses collaborateurs en activité partielle sur des missions « solidaires« .

Je crois sincérement que les entreprises qui sauraient ainsi concilier désir d’engagement de leurs salariés, contraintes économiques et nécessaire contribution à la cohésion sociale seront les grandes gagnantes du monde de l’après-crise.

Est-ce aussi votre sentiment ou votre analyse ?

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