Casse-tête chinois

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Le pays le plus peuplé du monde fait beaucoup parler de lui et le nombre croissant de ses touristes en Europe ne cesse d’alimenter des sentiments contradictoires. D’un côté, il y a les rêves de manne financière et, de l’autre, la réalité d’un accueil qui n’est pas à la hauteur de cette clientèle difficile. Comme les ressortissants du Golfe et les Russes avant eux, les touristes chinois sont souvent perçus comme des envahisseurs par nos concitoyens. C’est oublier que nous pouvons aussi à l’occasion être des touristes « envahisseurs ».

Ma réflexion est que la France ne pourra pas accueillir correctement un flux croissant de touristes chinois sans mettre en place une politique d’accueil efficace. En un sens, il s’agit d’un côté d’accueillir des étrangers de la meilleure façon possible et, de l’autre, de les aider à s’équiper en infrastructures touristiques afin qu’ils restent dans leur pays… pour y prendre des vacances. L’un n’étant pas incompatible avec l’autre, bien au contraire. L’un et l’autre étant profitables à notre industrie touristique.

Depuis 2012, la Chine est le premier pays contributeur à l’économie touristique mondiale. On s’attend à ce que le nombre de touristes chinois à l’étranger dépasse 100 millions en 2014 et 200 en 2020. Quand on sait que la France, première nation touristique mondiale, attire chaque année 83 millions de touristes, on constate qu’il y a là un formidable réservoir de croissance si nous savons attirer une part de ces nouveaux touristes.

La croissance exponentielle du tourisme chinois est une chance que nous avons su saisir. Les limites sont liées à la qualité de l’accueil que nous pouvons leur offrir et à la sécurité que nous devons leur garantir. Et pour appeler un chat un chat, nous ne sommes pas prêts à répondre correctement à ces deux exigences si le flux de touristes chinois venait à croître durablement et rapidement.

Les touristes chinois voyagent avec de fortes sommes en liquide sur eux et sont donc des proies tentantes pour les voleurs et agresseurs en tous genres qui sapent en quelques minutes des décennies d’efforts pour améliorer l’accueil en France. Il en va de notre image, de notre crédibilité et de nos revenus.

Accueillir beaucoup de Chinois ne coule pas de source. Cette clientèle n’est pas facile et quelques cas d’inconduite médiatisés ont conduit les autorités chinoises à rédiger un guide des bonnes manières pour leurs compatriotes à l’étranger. Toutefois, les études montrent aussi que les touristes chinois se plaignent régulièrement de l’accueil qu’ils reçoivent en France, qu’ils jugent pas à la hauteur des prix pratiqué. La traduction des informations en mandarin ou l’acceptation des cartes de paiement chinois sont par exemple deux points concrets sur lesquels nous pouvons progresser.

La croissance du tourisme chinois a un autre intérêt pour les entreprises françaises : exporter le savoir-faire français pour y développer le tourisme intérieur. Une ville moyenne en Chine fait la même taille que Paris. Une vingtaine de villes dépassent les 2 millions d’habitants et une centaine dépassent le million. On visualise bien le potentiel d’un tourisme de proximité démocratisé car accessible financièrement. Si 70 % des Chinois partaient un jour en vacances en Chine, il leur faudrait des hôtels, des campings… et des résidences de tourisme. Quelques fleurons du tourisme hexagonal (Accor, Club Med…) se sont implantés en Chine. D’autres groupes sont en lice car notre savoir-faire a fait ses preuves en France et dans le monde.Aujourd’hui, la contribution du tourisme étranger à l’excédent de la balance des services est de 11,3 milliards. Vive les vacances…en Chine aussi !

 

 

 

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